Le vent glacial dans le centre-ville ne suffit pas à refroidir la ferveur algérienne. Il est 17h, ce mardi 6 janvier, quand une partie de Belsunce et de Noailles (1er) s’arrête. Les cafés du secteur se remplissent, les supporters flanqués de drapeaux vert-blanc-rouge débordent sur les terrasses et les yeux se rivent sur les télés pour le début du huitième de finale entre l’Algérie et la République démocratique du Congo.

À Marseille comme à Rabat, où se déroule ce match couperet, la tension est palpable et les sourires d’avant match laissent vite place à des visages fermés.

« C’est ici, en centre-ville qu’il faut vivre ces matches »

« On est un peu tendu, concède Abdel. Ce jeune supporter algérien de 27 ans se fraye un chemin à l’arrière de la terrasse bondée pour apercevoir un morceau d’écran. Je travaille à Gardanne mais je me suis dépêché pour arriver à l’heure. Les matches de l’Algérie, c’est ici, en centre-ville qu’il faut les vivre. »

Car autant que le résultat, c’est l’expérience d’un engouement collectif que ces fidèles des Fennecs sont venus partager. Et malgré un début de match sans occasion et des Verts timides, un simple débordement d’Amoura ou un sauvetage de Luca Zidane suffisent à déclencher les cris de la foule. Devant le Sultan sur le cours Belsunce, les derboukas et les chants réchauffent encore l’atmosphère. « On ne voit pas trop l’écran et il y a pas mal de stress, livre Nisrine, venue de Salon pour « vivre l’expérience ». J’ai fait le début de la CAN au Maroc mais j’ai été obligée de rentrer pour mes études. L’ambiance est un peu moins chaude ici qu’au Maroc mais la ferveur est là. Même si la RDC est solide, on y croit ! »

« Irrespirable »
Des centaines de Marseillais ont convergé vers le Vieux-Port (piétonisé par la Préfecture pour l'occasion) pour partager leur joie après le match.Des centaines de Marseillais ont convergé vers le Vieux-Port (piétonisé par la Préfecture pour l’occasion) pour partager leur joie après le match. Photo David Rossi

La deuxième période crispe un peu plus les supporters. Mais la possession stérile algérienne n’empêche pas le tir de quelques feux d’artifice sur le cours Belsunce. À Noailles, place du marché, on range les étals avec une oreille sur le match. On s’agglutine à dix autour d’un smartphone.

La fin du temps réglementaire sur le score de 0-0 et la prolongation qui s’ensuit font encore grimper le stress. On se lève sur chaque demi-occasion algérienne, on s’agrippe sur chaque percée congolaise. « C’est irrespirable. Je vais tomber dans les pommes, dit Aymen au comptoir du Coffee time, rue Magenta (1er). Jusqu’à un crochet extérieur et une frappe enroulée sous la barre d’Adil Boulbina qui fait exploser la foule dans une liesse aux allures de délivrance. Dans les derniers instants du match, le jeune ailier offre la victoire aux Verts et les trois coups de sifflets finaux sonnent comme le début de la fête.

Des centaines de Marseillais ont convergé vers le Vieux-Port (piétonisé par la Préfecture pour l'occasion) pour partager leur joie après le match.Des centaines de Marseillais ont convergé vers le Vieux-Port (piétonisé par la Préfecture pour l’occasion) pour partager leur joie après le match. Photo David Rossi

Les supporters exultent, des centaines de feux d’artifice éclairent Belsunce et des milliers de Marseillais convergent vers le Vieux-Port (piétonisé par la préfecture pour l’occasion) pour partager leur joie. « C’est qu’un huitième mais c’est une grande fierté, décrit Rabah, 62 ans. Beaucoup de ces jeunes ne mènent pas des vies faciles le reste de l’année et c’est bien de les voir heureux ensemble, de célébrer. » Les klaxons retentissent partout, les youyous et les chants à « la gloire des Verts » sont repris en chœur et les sourires libérés barrent les visages.

« Cette année, on est une équipe, un bloc soudé, boucle Yassine, jeune Marseillais de 28 ans. La victoire est belle et la célébrer tous ensemble est encore plus beau. Pour les Fennecs, comme pour l’OM, à Marseille, on sait faire la fête. » L’Algérie a désormais rendez-vous avec le Nigeria, samedi à 17 h, pour le quart de finale. En attendant, le Vieux-Port s’endort au son de « One, two, three, viva l’Algérie ».