À Rouen, personne n’a oublié l’incendie meurtrier dans le sous-sol du bar Cuba Libre en 2016. Les souvenirs remontent après le drame de Crans-Montana. Pour obtenir la confiance des clients et des autorités, les gérants de ces établissements connaissent les règles et le prix des mises aux normes. Exemple dans un café-concert de Rouen, le Fury défendu, qui a ouvert en octobre 2025.

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Près du comptoir, c’est un grand boîtier blanc, le SSI ou « système de sécurité incendie » du nouveau bar rouennais, avec salle de concert, le « Fury défendu ».

En haut du tableau, en rouge, la ligne du boîtier qui active l’évacuation générale. Le cogérant, Baptiste, décrit la réaction en chaîne. « Si un feu se déclare, la musique s’arrête, les lumières d’ambiance se remettent en route et une alarme sonore invite les clients à évacuer ».

Le boitier qui pilote de le SSI, système de sécurité incendie, dans l'établissement "le fury défendu" à Rouen. Il est près du bar ,visible des clients.

Le boitier qui pilote de le SSI, système de sécurité incendie, dans l’établissement « le fury défendu » à Rouen. Il est près du bar ,visible des clients.

© B. Belamri/France Télévisions

La visite faite par notre équipe de reportage pour voir tous les éléments de la sécurité incendie prendra du temps. Il y a les conduits et hottes d’extraction de fumée, les clapets « coup de feu » pour que la fumée ne se propage pas, les portes coupe-feu, couloirs d’évacuations, extincteurs différents selon les risques (cuisine, scène de musique, salle), plans d’évacuation…

Les décors fantasmagoriques de l’établissement ont été ignifugés.

La sécurité, c’est aussi le choix des matériaux pour l’isolation du local. Tous les plafonds sont lisses, il n’y a pas de prise au feu.

Baptiste Magnan, co-gérant du « Fury défendu »

Les gérants ont suivi une formation au risque incendie et aux secours d’une semaine. Leur personnel est aussi formé au maniement des extincteurs et à l’évacuation.

Le responsable du centre de formation « Audisée », Emmanuel Freddy le voit souvent, les gens pensent que « les feux, ça n’arrive pas que chez les autres ».

Il poursuit : « Si on n’agit pas au départ, le feu bascule en incendie, et ça devient une combustion incontrôlable. La précaution qu’il faut prendre impérativement, c’est l’évacuation des personnes ».

Les repreneurs de ce lieu ont consacré un an et demi et dépensé 1,5 million d’euros pour la rénovation avec la mise aux normes. Le précédent établissement à cette adresse, sur les quais de Seine, a fermé en 2024. C’était un bar à bière. Avant 2016, il accueillait les clients pour des concerts dans une salle en sous-sol.

L’incendie du bar « Cuba Libre » sur la rive gauche de Rouen en août 2016, dans un bar avec une cave aménagée sans autorisation en salon avec DJ – qui a fait 14 victimes – a déclenché une série d’inspections. L’établissement la taverne de Thor a fermé temporairement et rouvert après des mises aux normes, et la fermeture au public de l’espace en sous-sol.

Les nouveaux gérants ont souhaité faire revivre le café-concert. C’est devenu un établissement de 4e catégorie. (jauge de public inférieure à 300 personnes).

VIDÉO – Reportage de G. Verdier et B. Belamri à Rouen :

durée de la vidéo : 00h01mn28s

Voir la video (1 minutes 28 secondes). 
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A Rouen, ville où a eu lieu l’incendie meurtrier du bar « Cuba Libre » en août 2016 ( bilan : 14 victimes), les propriétaires de bars ou restaurants avec musique sont particulièrement surveillés. Le « Fury défendu » a ouvert en octobre 2025, ses 2 gérants ont consacré plus d’1 million pour la mise au norme de l’établissement qu’ils avaient acheté. Ils ont aussi suivi des formations sur le risque incendie et les gestes de secours.

©G. Verdier/ B. Belamri/ France Télévisions

L’hôtellerie-restauration propose des « expériences » de plus en plus variées. Les bars avec DJ ou piste de danse sont nombreux. Les bars n’appliquent pas les mêmes normes de sécurité que les discothèques.

Les cafés, restaurants, brasseries, débits de boissons sont classés dans la catégorie de type N pour la sécurité incendie. Les discothèques sont en catégorie P et doivent répondre à des normes drastiques et avoir un système de sécurité incendie.

Après le catastrophique bilan de l’incendie de Crans Montana , l’Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie-restauration interpelle l’État. Elle souhaite que les normes évoluent pour les bars et restaurants « dansants ».

Il n’y a pas les mêmes obligations notamment au niveau des matériaux. Il est vrai qu’il y a un « trou dans la raquette ». Il y a des établissements pour lesquels par rapport au nombre de personnes et le fait que ce soit dansant la sécurité peut être mise à mal.

Julien Marchal Guéret – Président de l’Union des Métiers et de l’Industrie de l’Hôtellerie 76

Les gérants du nouvel établissement rouennais « le Fury défendu » ont mis aux normes leur café-concert pour pouvoir accueillir de 200 à 300 personnes en sécurité.

Ils ont travaillé avec un architecte, un bureau d’études, un contrôleur technique, un coordinateur pour le Système d’Incendie et de Secours. Enfin, ils ajoutent avoir demandé des conseils au SDIS 76 (les pompiers).

On se souvient, lors du procès en 2019 des deux gérants du bar « Cuba Libre » que le directeur du SDIS s’était tourné vers les deux accusés. L’officier leur avait demandé pourquoi ils n’avaient pas pensé à demander l’avis des pompiers sur leur funeste projet d’aménagement de cave (20 mètres carrés) en salon de danse.

Ils avaient acheté de la mousse d’isolation phonique sans résistance au feu dans un magasin de bricolage du Mont Riboudet. Lors de l’incendie du sous-sol avec 17 jeunes (dont 14 sont décédés), l’équivalent de la fumée de huit pneus s’était dégagé, avaient expliqué les experts.