Par
Fabien Binacchi
Publié le
6 janv. 2026 à 19h15
« C’est notre maison pendant 4 mois. » Tout juste arrivés d’un périple de deux jours en voiture, pour relier Nantes à Marseille, Abygaelle, ses deux enfants et Valentin, son compagnon, découvrent la cabine dans laquelle ils passeront tous les quatre ces 119 prochaines nuits. La petite famille a embarqué ce mardi 6 janvier 2026, depuis la cité phocéenne, pour un incroyable tour du monde sur le MSC Magnifica. Une croisière XXL, « le voyage d’une vie », qui leur a demandé « des sacrifices ». Certes. Mais pour de « merveilleux souvenirs ».
À quatre dans 15m2, pendant plus de 4 mois
Alix, 7 ans, et Sacha, 8 ans, ont déjà choisi leur lit. Ces quatre prochains mois, ils dormiront dans des couchettes escamotables, juste au-dessus de leur maman et de leur beau-père. « Wahou », lâche le plus grand, déjà conquis par les 15m2, penderie et salle de bains comprise, de cette cabine « deluxe » mais avec « vue obstruée » (un canot de sauvetage est positionné juste derrière le hublot). Ces prochains mois vont rimer avec promiscuité.
À Marseille, cette famille a embarqué parmi 2500 passagers sur le MSC Magnifica pour un incroyable tour du monde. Une croisière XXL de plus de 4 mois sur les mers du globe et dans 32 pays #cruise #fy #pourtoi #tourdumonde
« Ça va être un challenge mais on a déjà pensé à quelques astuces. Et puis on ne restera pas enfermé là », sourit Abygaelle Boutard, 34 ans, davantage inquiète, pour le moment, de savoir comment faire rentrer « les neuf valises et les quatre sacs » transportés depuis leur maison de Nantes. Pour enfin pouvoir « profiter ».
Un « rêve » à plus de 50000 euros
Ce (très) grand voyage dans lequel ils ont embarqué ce mardi est exceptionnel. La compagnie MSC en organise un seul par an en mobilisant un paquebot de sa flotte pendant plus d’une centaine de nuits. Pour cette édition 2026, le « Maginifica » et ses 2500 (chanceux) passagers vont partir à la découverte de 47 destinations dans 32 pays. Ils traverseront deux fois l’équateur et se rendront dans plus de 25 sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Un « rêve » de 119 nuits sur les mers du monde que cette petite famille s’est payé après des sacrifices. Il a fallu casser la tirelire : « La cabine en formule tout inclus, avec tous les repas, c’est 45000 euros. Auxquels on a déjà ajouté 6500 euros pour les excursions. Sans compter les dépenses sur place et ce qu’on a déjà dépensé pour les vaccins et les visas », énumère le couple. Une gargantuesque facture que ce couple a pu finir de payer à force d’économies.
Du travail et des économies en plus
« On a vendu une voiture, ça faisait déjà une assurance de moins à payer. On avait aussi l’habitude de prendre des vacances l’hiver et l’été. On est parti moins loin, moins cher et moins confortable. On a aussi réduit les dépenses inutiles, les abonnements multimédias, les extras », compte la jeune femme. « On a surtout mangé moins souvent au restaurant chinois, alors que c’est trop bon », souffle Alix.
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« Ça fait deux ans, depuis la réservation, qu’on y travaille, au premier sens du terme », relève aussi Valentin Thomas, maître-nageur salarié d’également 34 ans. « Il y a eu beaucoup de cours de natation en plus », rigole-t-il. D’autant plus que lui, comme sa compagne, ont dû aussi mettre leur emploi en pause, « sans solde ». « Ça va parce qu’on a obtenu une suspension du crédit de notre maison pendant six mois », explique encore le couple.
« Aujourd’hui, on a la santé, on peut prendre le temps »
Mais le jeu en vaut la chandelle. Et il leur fallait « partir maintenant ». « Il y a eu des aléas de la vie qui nous ont décidés », commence Abygaelle, avant de marquer une pause.
Ma mère est décédée d’un cancer du poumon à un âge relativement jeune. Et nous avons rencontrés d’autres problèmes dans la famille avec des enfants qui sont tombés gravement malades. On s’est dit ‘on ne sait pas si on aura une retraite et dans quel état on sera’. Aujourd’hui, on a la santé, on peut prendre le temps et donc pourquoi pas le faire maintenant, plutôt que d’attendre un autre moment.
Abygaelle Boutard
La famille avait déjà l’habitude des croisières. Alix raconte qu’il a même fait ses « premiers pas » sur un paquebot. Mais « à travers le monde, c’est vraiment génial », jurent les deux enfants. « On leur répète qu’ils ont vraiment beaucoup de chance de vivre tout ça », poursuit la jeune femme. « Ils vont faire ce que peu d’enfants ont la chance de faire, ils vont découvrir le monde et apprendre, autrement. »
Un peu d’école entre les excursions
Pendant un peu plus de 4 mois, les bancs de l’école paraîtront bien loin pour Alix et Sacha. Mais pas trop quand même. « Ils retrouveront leur classe une fois rentrée. Et il n’est pas question de perdre le niveau. On s’est arrangé avec leurs enseignants. On a pris des cahiers et des livres pour continuer à travailler », insiste leur maman.
Leur faire rater l’école pendant aussi longtemps, on pensait que ça allait être très compliqué, qu’on allait peut-être nous dire ‘non’. Mais c’est beaucoup plus simple qu’on pense. En France, tant qu’on est sur le territoire, on dépend des lois françaises, et donc on doit instruire nos enfants. Mais dès qu’on est plus sur le territoire, les lois du pays ne s’appliquent plus. On doit juste signaler l’absence et il n’y a plus aucun compte à rendre à l’Éducation nationale.
Abygaelle
« Arrêter de courir dans tous les sens »
En attendant ce retour (auxquels ils ne préfèrent pas penser pour le moment), la famille imagine déjà les jours à venir et tout ce qui est à voir ou à faire. Chacun son rêve, chacun son moment. « Moi, c’est nager avec les dauphins dans les Caraïbes », commence Valentin. « J’attends beaucoup de la Namibie », dit sa conjointe. Pour Alix, c’est « comme Maman » : « j’aimerais voir des lions ». Et Sacha, lui, ne jure que par « la Chine et le Japon ».
Et en tout, une somme de souvenirs à jamais gravés qu’ils partageront en vidéos.
18h, le Magnifica lève l’ancre sur le Grand port de Marseille. Direction Barcelone pour un premier stop avant de traverser l’Atlantique. Les enfants ne tiennent plus en place. Abygaelle et Valentin ont le sourire jusqu’aux oreilles. « On va découvrir le monde, prendre du temps, pour soi et ensemble. Et, enfin, arrêter de courir dans tous les sens. »
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