Réalisé par Zvezda, ce navire, dont la construction a été perturbée par les sanctions internationales contre la Russie, servira le projet gazier sibérien Arctic LNG 2 de Novatek.
Le chantier naval russe Zvezda a annoncé que son premier méthanier brise-glace du type Arc7, livré le 24 décembre, a pris la mer quelques jours plus tard. Il s’agit du tout premier navire de ce type produit en Russie, même si la coque et une partie des blocs les plus complexes ont été livrés par les chantiers Samsung Heavy Industries (SHI), en Corée du Sud.
L’Aleksey Kosygin, du nom d’un ancien chef de gouvernement de l’Union soviétique (Alexis Kossyguine, en français) ayant joué un rôle important dans la constitution de Sovcomflot, la flotte de transporteurs d’hydrocarbures d’État, a quitté la baie de Bolchoï Kamen, près de Vladivostok, dans l’extrême orient russe. Il a mis cap au nord, pour son voyage inaugural sur la route maritime du nord (RMN), s’arrêtant brièvement au passage pour des essais de transfert de navire à navire (STS) de gaz naturel liquéfié (GNL) avec une unité flottante de stockage (FSU), près de Petropavolsk (Kamtchatka). Ce premier voyage va lui donner l’occasion de mener des essais de navigation dans la glace, probablement accompagné par le brise-glace nucléaire Sibir, dans la partie orientale de la RMN, la plus difficile de cette route arctique. Ce navire hors-norme est destiné à servir le projet de production gazière Arctic LNG 2 de la péninsule de Gydan. Si les essais se déroulent comme prévu, il devrait entrer en service entre le site de production de GNL et une FSU, située dans les eaux libres de la mer de Barents, à proximité de Mourmansk, d’ici février, estiment les observateurs avertis. L’Aleksey Kosygin pourrait ainsi soulager le Christophe de Margerie (construit en Corée du Sud et mis en service en 2017), seul Arc7 à exporter la production du nouveau site gazier. Initialement, 21 Arc7 avaient été commandés pour le projet Arctic LNG 2. Deux des trois trains de liquéfaction (unités assurant le traitement et la liquéfaction du gaz naturel) ont depuis été mis en service, non sans difficultés, mais l’Aleksey Kosygin est le seul méthanier brise-glace dédié à avoir été finalisé, pour le moment.
Ce navire mesure 300 mètres de long et 48.8 mètres de large pour une capacité de transport de 172.600 m3 de gaz naturel liquéfié et un port en lourd de 81.000 tonnes. D’après Sovcomflot, il est équipé de trois propulseurs azimutaux d’une puissance unitaire de 15 MW, lui permettant de franchir, en autonomie, une épaisseur de glace supérieure à 2 mètres pour naviguer sur la RMN « tout au long de l’année ». Ce méthanier battant pavillon russe avec pour port d’attache Saint-Pétersbourg est armé par 29 marins.
L’Aleksey Kosygin est donc le premier méthanier d’une série en cours de construction au chantier naval russe. Une première génération de brise-glaces Arc7 taillés pour l’Arctique et exploités pour le projet Yamal LNG (15 unités) avait été livrée par les chantiers coréens DSME, avec le Christophe de Margerie comme tête de série. Les suivants devaient être construits par la Russie, conformément à une législation russe de 2017 destinée à protéger la construction navale nationale. En novembre 2019, Novatek avait commandé auprès du chantier naval Bolchoï Kamen cinq premiers méthaniers Arc7. Manquant d’expérience dans la construction de ces navires, Zvezda avait passé un accord, désormais abandonné, de transfert de technologie avec les chantiers coréens SHI qui se chargeaient de la conception. Dix navires supplémentaires avaient ensuite été commandés en septembre 2020, portant la future flotte à construire à quinze navires.
Les cinq premiers étaient livrables à partir de 2023, mais leur construction a été sensiblement ralentie par les sanctions interdisant à des entreprises de livrer des composants essentiels. Parmi eux, figure le français GTT, dont les cuves à membranes de stockage du GNL avaient néanmoins été livrées et installées pour l’Aleksey Kosygin et la deuxième unité, le Pyotr Stolypin. Zvezda a donc dû trouver des alternatives. Il cite notamment des hélices fournies par une société russe, Sapphire.
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