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- Sophie Jugie
Photo : École du Louvre - Voir l´image dans sa page
Le département des sculptures au Louvre était, depuis 2014, dirigé par Sophie Jugie, auparavant directrice du Musée des Beaux-Arts de Dijon. Ses compétences sont reconnues de tous, notamment par ses équipes, et il ne faisait pas de doute qu’elle allait être renouvelée à son poste jusqu’à sa retraite, qui était prévue dans moins de deux ans.
Mais Laurence des Cars, la présidente-directrice du Louvre, dont chacun s’accorde à reconnaître qu’elle n’a plus sa place à la tête de ce musée, n’est pas seulement incapable de diriger cet établissement public. Elle ne supporte pas qu’on puisse, à l’occasion, lui tenir tête. C’est pour cette raison qu’elle a choisi, alors qu’elle-même est sur un siège éjectable, de se séparer de celle qui était certainement l’une des meilleures directrices de département du musée.
Cette nouvelle a été annoncée au département des sculptures hier, et c’est la consternation qui y règne depuis, ainsi que plus généralement au Louvre. Nous avons parlé avec plusieurs personnes qui nous ont confirmé combien, à la différence de Laurence des Cars, Sophie Jugie était appréciée pour ses grandes compétences, à la fois scientifiques et humaines. Nous avons d’ailleurs, depuis des années, souligné le bon travail que mène son département.
Ceux qui nous ont parlé ne veulent évidemment pas être cités nommément, ce qui montre l’ambiance qui règne dans ce musée.
Voici un témoignage, parmi d’autres : « C’est une directrice exemplaire sur le plan des qualités humaines, très à l’écoute, et qui n’a pas du tout la langue dans sa poche ». Ce dernier point est évidemment intolérable pour Laurence des Cars. « Certains des programmes muséographiques de Sophie Jugie ont été écartés de manière très autoritaire par Laurence des Cars. Pourtant, elle a le service public attaché au corps, et est d’une intégrité et d’une moralité absolue. Cette nouvelle est très choquante ». Une autre personne du Louvre nous a confié que : « Sophie est très appréciée de ses équipes et de tout le monde sauf de Laurence des Cars [1] ».
Le Louvre ne perd pas de temps, puisque le poste est déjà paru. Et le ton est donné dès l’introduction : « En cohérence avec le projet Nouvelle Renaissance ». Projet pas étudié, pas financé et inutile, contre lequel le personnel du Louvre est actuellement en grève, est donc bien une des raisons de ce changement de direction. Presque tous les directeurs de département ont été nommés par Laurence des Cars. Il restait celui des Arts graphiques [2], et celle des sculptures. Voilà qui est fait, désormais. Le nouveau directeur aura notamment pour tâche de « refon[dre le] parcours visant proposer une lecture plus transversale des collections en associant les différentes écoles nationales ». « Visant proposer », sic : cette annonce, manifestement écrite à la va-vite, a été si mal relue qu’on y trouve des coquilles, mais aussi surtout des morceaux de celle cherchant un nouveau directeur des Arts graphiques. C’est ainsi que le profil voulu n’aura pas besoin de connaître la sculpture, mais devra avoir une « Expertise reconnue dans le domaine des arts graphiques notamment pour les collections conservées par le musée du Louvre » (sic encore), ainsi qu’une « Connaissance de l’environnement international des grandes collections d’arts graphiques » (sic toujours). L’incompétence du Louvre, dans à peu près tous les domaines, même les ressources humaines, va devenir légendaire [3].
L’inaction du ministère de la Culture devient absolument insupportable. Jusqu’à quand la gouvernance désastreuse de Laurence des Cars va-t-elle se poursuivre ? Quand comprendra-t-on enfin que le projet « Nouvelle Renaissance » est une catastrophe pour ce musée ? Espérons que la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, qui commencera ses travaux le 8 janvier prochain, apportera des arguments supplémentaires à la seule décision qui s’impose rapidement : le départ de Laurence des Cars. Comme nous l’avons écrit, celle-ci aura à prêter serment, ce qui devrait rendre plus difficile son travestissement des faits.