Décembre et janvier ont toujours été des mois tendus dans les services hospitaliers, qui doivent faire face aux épidémies hivernales. Depuis quelques jours, la situation s’est sérieusement compliquée, avec la grève des médecins libéraux (80 % de grévistes selon les syndicats) mais aussi la neige et le verglas qui se sont abattus sur la région, entraînant pas mal d’accidents et de chutes. Face à cette situation très tendue, plusieurs hôpitaux ont décidé de déclencher le plan blanc : Vannes, Auray, Ploërmel, Brest, Landerneau, Morlaix, Carhaix, Douarnenez, Saint-Brieuc, Paimpol, Tréguier, Rennes.

Selon les autorités de santé, la situation s’est dégradée ces derniers jours et nécessite une réorganisation temporaire du fonctionnement de ces établissements. Cela passe par une réorganisation des activités non urgentes et un renforcement des équipes où cela est nécessaire. De son côté, l’Agence régionale de santé a activé une cellule régionale de veille. Il est demandé aux patients d’appeler en priorité leur médecin traitant ou celui de garde. Et de composer le 15, s’ils ne réussissent à contacter personne.

À Brest, cet accroissement de l’activité était palpable, ce mardi, près des urgences. Dans la cour, une dizaine d’ambulances attendaient de pouvoir repartir. « Les délais de prise en charge sont assez longs, atteste cette ambulancière, qui admet que l’activité est très soutenue. On a commencé par la grippe et le covid et leurs complications respiratoires. Et maintenant, voilà les chutes dues au verglas. On en a fait plusieurs ces dernières heures. Pour nous, ça ne change rien. Par contre, les parcours de soins peuvent être beaucoup plus longs pour ces traumatismes et ces fractures. »

Depuis quelques jours, on voit de plus en plus de gens venir en consultation dans nos locaux, d’assez loin. On en déduit qu’ils n’ont pas d’autre choix que de venir à Brest

À quelques centaines de mètres de là, au siège de SOS Médecins, on ne chôme pas non plus. « L’activité est très soutenue, explique Medhi Friha, président de la structure qui réunit quatorze praticiens libéraux et deux collaborateurs, et qui pratique 100 000 actes par an. Personne ne fait grève chez nous. On est tous sur le pont et on n’arrête pas une minute. Depuis quelques jours, on voit de plus en plus de gens venir en consultation dans nos locaux, d’assez loin. On en déduit qu’ils n’ont pas d’autre choix que de venir à Brest. »

Même constat à Lorient où le Groupe hospitalier Bretagne Sud a appelé, lundi, à la « responsabilité collective » pour éviter que la situation ne s’aggrave. Selon un ambulancier rencontré sur site, les accidents dus au verglas sont très nombreux. Lundi, entre minuit et 17 h 30, plus de 170 passages aux urgences ont été dénombrés.

Les cinq médecins du Faou font grève

Loin des villes de la région, où l’offre de soin reste assurée par le service public, la situation est bien plus calme. Et pour cause, de nombreux cabinets de médecins libéraux sont fermés. Comme au Faou (29), à 30 km au sud de Brest, les cinq médecins de la maison de santé de l’Aulne maritime font grève. Sur la porte, ils ont affiché les raisons qui les ont poussés à déserter leur cabinet, du 10 au 15 janvier : le budget de la Sécu qu’ils jugent insuffisant, les contrôles accrus des prescriptions d’arrêts de travail et la non-revalorisation de certains actes. Un habitant s’apprête à pousser la porte puis fait demi-tour. « J’avais pris rendez-vous sur Doctolib. Personne ne m’a prévenu que ces médecins faisaient grève. Ça n’est pas trop grave, mon rendez-vous pourra attendre. »

Au Faou, les cinq médecins de la maison de santé de l’Aulne maritime sont en grève jusqu’au 10 janvier.Au Faou, les cinq médecins de la maison de santé de l’Aulne maritime sont en grève jusqu’au 10 janvier. (Photo Didier Déniel/Le Télégramme)

À 500 mètres de là, à l’Ehpad du Faou – 64 résidents – on attend patiemment que la situation revienne à la normale. Ici, on se méfie grandement surtout des virus. Le masque et le lavage des mains au gel hydroalcoolique sont imposés aux visiteurs. « Nous avons été prévenus par les médecins de la maison de santé de leur participation à la grève, explique Myriam Guégan, directrice de l’établissement. Pour l’instant ça se passe bien. Nous avons la chance d’avoir des infirmiers attitrés qui connaissent bien les résidents et qui peuvent prendre soin d’eux. »

Une cabine de téléconsultation très sollicitée

À 40 km de là, à Plonévez-du-Faou (29), la grève des médecins libéraux a de réelles conséquences sur l’activité de la borne de téléconsultation installée, en 2022, à la Pharmacie des Darloups, après le départ à la retraite du dernier médecin de la commune. « Habituellement, quatre ou cinq personnes l’utilisent par jour. À présent, ce sont une vingtaine, explique Jonathan Pochat, le pharmacien. Mais il faut être patient. Certains attendent une heure et demie pour être mis en relation avec un praticien. Apparemment, le service manque aussi de médecins pour faire face à la demande. »