Alors que les températures sont négatives ce mardi à Berlin, 25 000 foyers et 1 200 entreprises du sud-ouest de la capitale allemande sont privés d’électricité, d’après le quotidien allemand Tagesspiegel. Et ça fait quatre jours que ça dure. La panne a démarré samedi matin après qu’un pont du quartier de Zehlendorf, supportant des câbles électriques et situé près de la centrale électrique de Lichterfelde, a été volontairement incendié.

Cinq câbles à haute tension ont été détruits ainsi que plusieurs à moyenne tension, a précisé dimanche la sénatrice berlinoise chargée des Affaires économiques, Franziska Giffey, sur la chaîne RBB. Si une partie des 45 500 habitations et 2 200 entreprises initialement touchées a retrouvé le courant depuis, les autres pourraient ne pas le voir revenir avant jeudi, selon les autorités allemandes.

« Les dégâts sont considérables, très importants », a expliqué la sénatrice pour justifier ces longs délais. La réparation des câbles s’avère en outre ralentie par les températures glaciales qui sévissent actuellement à Berlin, a indiqué de son côté l’opérateur Stromnetz Berlin, en charge du réseau électrique. En parallèle de ces travaux, une solution provisoire de raccordement est en cours, rapporte la chaîne de télévision Ntv sur son site internet. Un chantier qualifié de « complexe » par la sénatrice, qui doit être mené en un temps record alors qu’il dure généralement cinq semaines. 

L’ombre de la Russie

L’acte de sabotage a été revendiqué par le groupe allemand d’extrême gauche appelé Vulkangruppe (« groupe volcan » en français). Dans un long communiqué publié en ligne dimanche, il se félicite que la centrale ait été « sabotée avec succès ». « C’est l’économie des combustibles fossiles qui était visée par cette action, et non les coupures de courant », assure-t-il.

Cette filiation est toutefois en attente de confirmation. Le renseignement intérieur allemand a en effet indiqué lundi qu’il analysait encore l’authenticité de la lettre de revendication, selon une porte-parole du ministère de l’Intérieur. Car l’attaque pourrait bien porter en réalité le sceau de la Russie.

Pour le député conservateur Roderich Kiesewetter, expert des questions de sécurité, cette éventualité n’est pas à écarter. « Une rétrotraduction en russe (de la lettre de revendication du Vulkangruppe) offre une bien meilleure expression que l’allemand bancal qu’on lit, a-t-il expliqué sur la chaîne de télévision Welt TV. Autrement dit, soit l’extrême gauche ne maîtrise pas correctement l’allemand, soit elle se fait dicter quoi dire », estime-t-il, considérant que « rien ne peut être exclu » pour l’heure dans cette affaire.

Plus globalement, Berlin ne cesse ces derniers mois d’accuser Moscou de perpétrer des « attaques hybrides » en Allemagne telles que des sabotages, des cyberattaques ou encore de la désinformation. Un autre incident similaire est ainsi survenu il y a seulement quatre mois. En septembre, un incendie de pylônes électriques avait déjà privé de courant des dizaines de milliers d’habitants de la capitale allemande. S’il avait lui aussi été revendiqué par un groupe allemand, cette fois anarchiste, beaucoup y voyaient déjà la main de la Russie.

Inquiétudes sur les infrastructures allemandes

En attendant d’en savoir davantage sur les commanditaires, une chose est sûre pour le maire de Berlin : cette attaque montre « une fois de plus » que « nos infrastructures critiques sont vulnérables », a reconnu Kai Wegner, lors d’une conférence de presse.

Dans ce contexte, « il est urgent de mettre en place des redondances adéquates et de mieux protéger les lignes électriques existantes contre de tels actes de sabotage », a enjoint dimanche Stephan Weh, président régional du syndicat de police (GdP) de Berlin.

Un avis partagé par Kai Strunz, à la triple casquette de docteur en ingénierie, professeur à l’université technique de Berlin et membre de l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE). Cet acte de sabotage « démontre que la sécurité du réseau électrique doit être renforcée », a-t-il déclaré au quotidien Berliner Zeitung. Si 99 % des câbles électriques de la capitale allemande sont enterrés, ce qui les rend plus difficiles à endommager, la ville compte 400 ponts à câbles aériens comme celui incendié samedi. L’expert recommande d’y installer « des gaines ignifugées et antidéflagrantes » afin de mieux les protéger.

C’est toutefois une approche globale que Kai Strunz préconise. « Outre la protection de l’infrastructure et la création de redondances, la sécurité passe également par la capacité à former des réseaux autonomes », souligne-t-il. Selon lui, des systèmes décentralisés de stockage et de production d’énergie peuvent contribuer temporairement à la stabilité du réseau et ainsi fournir de manière autonome la tension et la puissance électrique. Des mesures qui pourraient réduire considérablement la probabilité d’une coupure de courant à Berlin… sans pleinement assurer le risque zéro. « Une panne générale ne peut être totalement exclue », reconnaît-il.