Cela fait des années que Donald Trump affirme vouloir s’emparer du Groenland, au nom de la “sécurité nationale” des États-Unis – il en parlait déjà durant son premier mandat et a maintes fois réaffirmé ses ambitions depuis son retour à la Maison-Blanche l’an dernier.

Mais “ces dernières semaines, Trump a intensifié sa rhétorique” concernant le territoire autonome danois, “et l’intervention américaine au Venezuela a suscité une inquiétude croissante parmi les dirigeants danois et européens, qui craignent que le président ne cherche à les contraindre par la force”, observe Politico.

“Jusqu’à présent, la résistance européenne” à cette menace, considérée encore récemment comme énième rodomontade trumpienne “s’était manifestée comme à l’accoutumée : des déclarations soigneusement formulées en public et des inquiétudes exprimées en privé”, note The Washington Post.

« Ironie » de la situation

Mais mardi, alors que les Européens étaient réunis à Paris avec les Américains et les Ukrainiens pour discuter des garanties de sécurité à apporter à Kiev en cas d’hypothétique cessez-le-feu dans sa guerre contre la Russie, il y avait “un immense éléphant en forme de Groenland” dans la salle, et les principaux dirigeants européens ont décidé de donner de la voix, selon la BBC.

“Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland”, ont martelé les dirigeants de sept pays – France, Allemagne, Italie, Pologne, Espagne, Royaume-Uni et Danemark –, rappelant que “le Royaume du Danemark – y compris le Groenland – fait partie de l’Otan”.

“La sécurité dans l’Arctique doit donc être assurée collectivement, en coopération avec les alliés de l’Otan, y compris les États-Unis”, ont-ils ajouté dans une déclaration commune.

“Considérez l’ironie de la situation”, analyse le diffuseur britannique. “Plusieurs dirigeants européens et d’autres personnalités, notamment de l’Otan et de l’UE, tentent d’amener l’administration Trump à œuvrer pour la préservation de la souveraineté d’un pays européen (l’Ukraine) face aux ambitions territoriales agressives d’une puissance extérieure (la Russie), alors même que les États-Unis sont intervenus militairement au Venezuela, un pays souverain, en arrêtant son président, tout en continuant de menacer activement la souveraineté d’une autre nation européenne (le Danemark) ”.

« Faiblesse de l’Europe »

Dans ce contexte, le communiqué publié par les Européens “suffisait-il vraiment à contenir les ambitions de Trump ? ”, s’interroge la BBC. “La réponse est arrivée en quelques heures : Non”.

Dans l’après-midi, la Maison Blanche a déclaré que les responsables américains “examinaient un large éventail d’options pour acquérir le Groenland, y compris le recours à l’armée américaine pour s’en emparer par la force”, rapporte CBSNews.

Une position va-t-en-guerre déjà exprimée lundi soir par le chef de cabinet adjoint de Donald Trump, Stephen Miller, dans un entretien à CNN. “Nous vivons dans un monde où l’on peut parler autant qu’on veut de courtoisie internationale et de tout le reste”, déclarait-il. Mais “le monde réel” est régi par “la force, par la puissance, par le pouvoir”, et “personne ne va se battre contre les États-Unis pour l’avenir du Groenland”, ajoutait-il.

De fait, les dirigeants européens “sont conscients de la faiblesse de l’Europe face à son principal allié en matière de sécurité, les États-Unis”, remarque El País. “C’est pourquoi ils tendent la main à Trump et proposent de renforcer la sécurité dans l’Arctique”.

« Manœuvre suicidaire » pour Washington

“Les Européens ne disposent pas des ressources nécessaires pour s’opposer frontalement aux États-Unis dans le cas où ceux-ci souhaiteraient effectivement prendre le contrôle du Groenland” et “il est peu probable que des forces européennes s’interposent à une éventuelle action militaire américaine”, renchérit Florian Vidal, chercheur à l’Université arctique de Tromso (Norvège), dans les colonnes du Temps.

“En réalité, les États européens sont partagés sur la position à adopter, alors que toute l’architecture de sécurité du continent repose sur l’Otan”, ajoute-t-il. “Dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la menace russe, pour de nombreux pays membres, il n’est pas envisageable de se couper des États-Unis”.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a néanmoins averti que toute intervention militaire américaine au Groenland entraînerait immanquablement l’implosion de l’Otan. Une perspective dont Donald Trump n’a peut-être cure, note avance Foreign Policy. “Mais pour ceux qui considèrent les alliés des États-Unis comme leur plus grand atout en cette période de tensions géopolitiques croissantes”, mettre en danger cette alliance serait “une manœuvre suicidaire, sans précédent dans l’histoire moderne”.

Dans l’immédiat, le chef de la diplomatie danoise et son homologue groenlandaise ont demandé à rencontrer dans les plus brefs délais le secrétaire d’État américain Marco Rubio, pour tenter de “dissiper certains malentendus”.