L’armée russe expérimente une nouvelle déclinaison de ses drones longue portée Shahed auxquels sont directement intégrés un système sol-air portatif (MANPADS). Après un premier essai avec un missile air-air R-60, Moscou aurait cette fois opté pour le Verba, son plus récent système de défense antiaérienne portable. L’objectif de cette amélioration doit permettre aux appareils boostés de mieux contrer les hélicoptères et avions ukrainiens chargés de les intercepter avant qu’ils n’atteignent leurs cibles.

La destruction d’un de ces drones modifiés a déjà été signalée par l’expert ukrainien Serhiy Beskrestnov, avant que des images ne soient diffusées par les forces ukrainiennes et relayées par le site Defense Express, mardi 6 janvier.

Une référence qui ne trompe pas

Sur les clichés de l’épave, les observateurs noteront la présence d’un lanceur porteur de la référence 9P333 et de marquages indiquant une fabrication en 2025, ce qui vient corroborer l’utilisation d’un Verba de dernière génération. Pour rendre le tir possible et reproduire les gestes d’un opérateur humain, de l’activation du lanceur jusqu’au refroidissement du capteur infrarouge par azote comprimé, en passant par la mise à feu du missile, plusieurs dispositifs supplémentaires ont été ajoutés, comme il est visible sur les photographies.

Câbles apparents, fixations rudimentaires, composants exposés sur la coque… L’aménagement semble être une solution de fortune, improvisée artisanalement par les hommes du Kremlin. Un paradoxe, alors que la Russie dispose déjà de solutions industrielles éprouvées, comme le kit Strelets ou la version héliportée Igla-V. « Ceux qui ont monté le Verba sur le Shahed avaient accès au système, mais pas aux solutions prêtes à l’emploi », ce qui les a contraints à recréer, tant bien que mal, les conditions d’un tir manuel, souligne Serhiy Breskrestnov.

Une certaine vulnérabilité

L’arme en elle-même n’est encore qu’une partie du problème. L’opérateur doit repérer un hélicoptère ou un avion, manœuvrer le Shahed pour permettre au chercheur infrarouge du Verba d’accrocher la cible, le tout dans une fenêtre de refroidissement très limitée. Sans retour vidéo et sans contrôle à distance précis, « l’ensemble du concept devient totalement inefficace », insiste l’analyste.

C’est précisément là qu’interviennent les modems maillés, la technologie actuellement utilisée par Moscou pour assurer ce pilotage à distance. Ces systèmes permettent au drone de rester connecté et manœuvrable sur de longues distances, condition indispensable à l’emploi d’un MANPADS embarqué. En clair, la menace ne réside ici plus seulement dans le missile embarqué, mais dans le canal de communication du Shahed, son véritable point faible.