l’essentiel
Pourquoi la France importe-t-elle des fruits qui ont poussé au bout du monde ? L’exemple de la pomme argentine est particulièrement saisissant, au moment où le traité du Mercosur est en passe d’être signé, entre l’Union européenne et cinq pays d’Amérique du Sud.
Alors que, suite au revirement de l’Italie, la signature du traité du Mercosur entre l’Union européenne et cinq pays d’Amérique du Sud semble de plus en plus inévitable, plusieurs questions se posent. Pourquoi la France, qui produit chaque année, près de 1,56 millions de tonnes de pommes et en consomme près de 50 kg par seconde importe-t-elle 1365 tonnes de pommes depuis l’Argentine, d’après France Agrimer ?
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D’après le site du ministère de l’Agriculture, l’Argentine est un géant agricole à fort potentiel, très compétitif, dont l’agriculture est un moteur pour l’économie. Cela grâce à « sa surface agricole cinq fois supérieure à celle de la France » et à ses « conditions climatiques très favorables ».
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Les provinces du Rio Negro, de Neuquén et de Mendoza sont les principales zones de productions agricoles argentines. Là-bas, poussent notamment des pommes et des poires, qui à elles seules, représentent 50 % des exportations de fruits frais argentines. Les variétés Granny Smith et Pink Lady, très appréciées en France, s’y plaisent particulièrement.
Si ces pommes venues d’Amérique du Sud se vendent aussi bien en France, c’est en partie dû à la saisonnalité inversée de l’hémisphère sud. Les pommes françaises arrivent à maturation en automne, alors que les pommes argentines poussent entre février et avril. En importer permet donc de proposer une pomme « fraîchement cueillie » sur les étals européens au moment où les nôtres sortent de six à neuf mois de frigo.
Les pommes se conservent bien, mais cela a un coût, aussi bien économique qu’écologique. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, le bilan carbone d’une pomme argentine n’est pas forcément plus élevé que celui d’une pomme française, qui aurait passé des mois en chambre froide. Carbone4 donne l’exemple de tomates cultivées en hiver en France qui peuvent être plus émissives que des tomates importées d’Espagne, à cause de l’impact de la culture sous serre chauffée.
Même impact carbone qu’une pomme tricolore qui aurait passé des mois en chambre froide ?
Le Parisien s’est également penché sur cette question, il affirme que, « stockée six mois, la pomme française a la même empreinte carbone… que si elle venait du Chili ».
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Toutefois, l’importation de pommes d’Amérique du Sud soulève de nombreuses questions, en matière de souveraineté alimentaire et de soutien à la filière française, déjà en crise. Le ministère de l’Agriculture indique en effet que « les termes des échanges agricoles, agroalimentaires, sylvicoles, de la pêche sont favorables à l’Argentine ». Et ce, avant même la signature du traité du Mercosur.
De plus, la question des normes de production et des produits autorisés dans l’agriculture argentine se pose également. À noter que Sébastien Lecornu vient d’annoncer la « suspension de l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe : mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime ».
Un arrêté sera pris dans les prochains jours, à l’initiative de la Ministre de l’agriculture @AnnieGenevard, pour suspendre l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe : mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime.
Avocats,…
— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) January 4, 2026
Une solution avancée pour ne moins dépedre de l’Argentine pour notre consommation de fruits est celle d’un retour à la consommation de fruits et légumes de saison.