Une seule offre de reprise pour le spécialiste français des SMR (petits réacteurs modulables) est examinée ce mercredi, selon nos informations. Le groupe polonais Eneris (225 millions d’euros de chiffre d’affaires) mise sur les brevets et technologies de pointe que Naarea était en train de développer. Bercy est prêt à donner son feu vert.
Les mini réacteurs nucléaires, un secteur stratégique de pointe dans lequel la start-up française Naarea excellait. Mais faute d’investissements, la société qui avait levée 90 millions d’euros depuis sa création en 2020, a été placée en redressement judiciaire à l’automne dernier et est en passe d’être reprise par le groupe polonais Eneris. Celui-ci va défendre l’unique offre faite au français, devant le tribunal de commerce de Nanterre ce mercredi.
500.000 euros sur la table, et jusqu’à 5 millions d’euros d’apports supplémentaires, pour reprendre 107 salariés, soit 65% de l’effectif de Naarea, selon l’offre consultée par BFM Business. Ce seront principalement les postes d’ingénieurs ainsi que celui du fondateur Jean-Luc Alexandre maintenu à ses fonctions. Naarea n’a pas souhaité commenter.
Une pépite française bientôt polonaise?
Eneris, groupe spécialisé dans la gestion de déchets, souhaite développer sa branche énergie grâce à ce rachat. Le nucléaire est un marché attractif en Pologne: Varsovie investit depuis 35 ans dans ce secteur, autant dans le développement de ses centrales que de ses mini réacteurs. Pour le groupe polonais, Naarea est une mine d’or de brevets et de technologies de pointe, avec par exemple l’objectif de développer d’ici 3 à 5 ans des réacteurs à combustibles liquides à sels fondus ou des turbines miniaturisées.
Dans la proposition d’Eneris, Bercy a aussi eu son mot à dire, au titre des contrôles des investissements étrangers. Selon une source proche du dossier, toutes les conditions suspensives ont été levées. Interrogé, Bercy n’a pas souhaité commenter. Les contrats français de Naarea seront maintenus pour la plupart, notamment ceux avec le CNRS, Framatome et Orano.
Les SMR en perte de vitesse en France
Si la France a fait des SMR un secteur stratégique, elle compte encore 100 fois moins d’apports financiers privés par rapport aux Etats Unis selon un rapport de KPMG publié en septembre dernier. Le flou dans la réglementation française sur la responsabilité en cas d’accident nucléaire est notamment pointé du doigt par les experts. D’autres start up du secteur ont du mal à décoller. La franco-italienne Newcleo, pourtant leader en Europe voit sa trésorerie fondre. Elle tire néanmoins son épingle du jeu grâce à des rachats de sous-traitants du secteur qui lui apporte chaque année plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires.
Emmanuel Macron promettait l’émergence des SMR en France d’ici à 2030, mais quatre ans plus tard, seulement 100 millions d’euros ont été décaissés sur les 500 millions promis dans le cadre de France 2030. Pour son directeur Bruno Bonnell, « l’Etat n’est là que pour encourager le soutien d’investisseurs privés… », c’est donc chose faite avec le groupe Eneris.