Longtemps associé à la mobilité étudiante ou aux carrières internationales, le départ à l’étranger devient, pour de nombreux Britanniques, une réponse directe à l’impasse ressentie au Royaume-Uni. Deux articles de la BBC et du Telegraph donnent à voir cette dynamique d’expatriation, des jeunes actifs désabusés aux familles en quête d’un quotidien plus soutenable.
Le site de la BBC décrit une vague de départs chez les moins de 35 ans, alimentée par la flambée des loyers, la pression professionnelle et un horizon économique jugé morose. Selon l’Office for National Statistics, 195 000 Britanniques de moins de 35 ans ont quitté le pays en un an. Ray Amjad, diplômé de Cambridge installé à Tokyo, exprime sans détour ce sentiment de déclassement national :
“D’après mon expérience, le Royaume-Uni perd trop de jeunes talents. Le Japon fait une très bonne affaire : nous arrivons ici entièrement formés, et ils n’ont pas eu à payer notre éducation ni notre système de santé.”
La sécurité et le coût de la vie jouent un rôle décisif. “Ici, à Tokyo, je me sens beaucoup plus en sécurité. Je peux me promener sans craindre qu’on me vole mon téléphone”, explique Ray Amjad, soulignant aussi que “l’appartement [qu’il] loue coûterait trois fois plus cher à Londres”. Le phénomène dépasse le Japon. À Bali, Sol Hyde, 25 ans, a quitté un emploi salarié qu’il jugeait invivable : “Je me réveillais dans l’obscurité et le froid. C’était une existence assez solitaire, parce que tous mes amis travaillaient énormément.” À l’étranger, dit-il, la réussite n’est plus vécue comme une faute alors qu’elle “est accueillie par la critique et les rumeurs au Royaume-Uni”.
Ce malaise n’épargne pas les familles. Le quotidien The Telegraph raconte le choix de Joy et Simon Clark de quitter l’Angleterre pour s’installer à Adélaïde avec leurs trois enfants. Joy Clark résume l’épuisement qui a précédé le départ :
“Nous essayions d’offrir les meilleures opportunités à nos enfants, mais cela devenait un numéro d’équilibriste impossible, surtout avec l’augmentation du coût de la vie.”
En Australie, le quotidien s’est transformé :
“Le vendredi soir, on va au pub, et un vignoble est à vingt minutes de route. Nous avons des festivals au coin de la rue, et nous nous sentons tous beaucoup plus détendus.”
L’expatriation n’est pourtant pas sans heurts. “Il y a eu des moments difficiles, et il reste encore quelques obstacles, mais cela en valait vraiment la peine”, reconnaît Joy Clark, rappelant les contraintes liées aux visas, à l’âge et à la reconnaissance des diplômes. “Quarante-cinq ans est l’âge limite pour la plupart des visas permanents qualifiés”, précise-t-elle, soulignant l’importance d’une préparation minutieuse.
Pris ensemble, ces deux articles esquissent le portrait d’un Royaume-Uni qui voit partir une partie de ses forces vives. Pour les expatriés, le départ apparaît moins comme un choix d’aventure que comme une tentative de rééquilibrage, entre travail, aspirations personnelles et qualité de vie, dans un contexte où rester semble parfois plus risqué que partir.