Depuis deux siècles, « Le Figaro » s’affirme là où on ne l’attend pas toujours : libre dans le ton, parfois à contre-courant, voire en avance sur son époque. À l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais du 14 au 16 janvier 2026, ce film dévoile une aventure bien différente de l’image sage et conservatrice que l’on en a parfois. À découvrir lundi 12 janvier à 22.55 sur France 2 et sur france.tv.
Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur.
Figaro, dans Le Mariage de Figaro, de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
C’est le plus ancien quotidien français toujours publié. Pour fêter son bicentenaire, Le Figaro ouvre ses archives inédites, parfois inattendues et souvent savoureuses. Dans ce film où interviennent celles et ceux qui l’ont dirigé, y ont écrit et y travaillent encore, se dessine l’histoire d’un journal qui a su évoluer au fil des époques tout en restant fidèle à ses valeurs.
Le 15 janvier 1826 paraît pour la première fois une feuille satirique, imaginée par deux vaudevillistes, Maurice Alhoy et Étienne Arago, dans une France, sous le règne de Charles X, où la presse est étroitement surveillée. Pour continuer à paraître, le journal choisit l’ironie. « Il fonctionne uniquement par allusions, explique l’historienne des médias Claire Blandin. C’est vraiment un journal qui est dans l’invective, la moquerie. » Ses armes sont « littéraires, rhétoriques » et son nom est « un hommage aux pièces de Beaumarchais : dans Le Mariage de Figaro, le valet Figaro fait un plaidoyer pour la liberté de la presse ». Dans Le Figaro, la liberté s’écrit entre les lignes.
Au milieu du XIXᵉ siècle, Le Figaro invente une presse nouvelle, sous l’impulsion d’Hippolyte de Villemessant. « Il va être le fondateur du Figaro tel qu’on le connaît aujourd’hui, raconte Alexis Brézet, le directeur des rédactions, puisqu’il va transformer cette petite feuille hebdomadaire et littéraire en journal quotidien. » Celui-ci va connaître alors un essor considérable. Pour Franz-Olivier Giesbert, le journaliste et patron de presse est « une sorte d’ancêtre de Robert Hersant : ils se ressemblaient beaucoup ». Son obsession : travailler avec « les meilleurs », écrivains, poètes… « C’est un prospecteur de talents de génie, rappelle la journaliste Eugénie Bastié : il va attirer tous les plus grands talents de l’époque : Alphonse Daudet, Baudelaire, Jules Vallès… »
Ce dernier – « écrivain anarchiste, socialiste, pas du tout le style du lecteur bourgeois ou de l’aristocrate qui lit Le Figaro de la Belle Époque », précise Étienne de Montety, l’actuel directeur du Figaro littéraire – défendra le journal face aux Communards en leur déclarant : « Laissez au Figaro la liberté que Villemessant m’a laissée ! ». Un homme « qui voulait un journal qui ressemble à la vie et qui n’avait pas d’œillères ». Et qui va innover : « Il va tout inventer dans l’histoire de la presse, Villemessant, souligne Alexis Brézet, les interviews, les reportages, la réclame… » Et aussi les suppléments thématiques, le carnet du jour et les petites annonces.

Etienne de Montety, directeur du Figaro littéraire
© SEP
À l’automne 1897, Le Figaro lance une campagne de presse en faveur de Dreyfus, arrêté et condamné pour traîtrise, et fait appel à Zola. C’est « le seul journal important de l’époque à défendre Dreyfus », rappelle Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire du Figaro. Mais l’affaire divise l’opinion, et s’ensuit une vague de désabonnements. Villemessant fait marche arrière dans un édito embarrassé, et Zola publie finalement son « J’accuse », lettre destinée à Félix Faure, dans le journal L’Aurore. « Ce qui est un peu injuste, c’est qu’on a oublié toute la campagne de presse du Figaro qui a précédé le “J’accuse” et qui l’a rendue possible ».
À la veille de la Première Guerre mondiale, c’est une campagne très virulente contre Joseph Caillaud – ex-ministre des Finances et président du Parti radical, qui veut établir l’impôt sur le revenu – auquel s’attaque Gaston Calmettes, le nouveau directeur du Figaro. Celui à qui « Proust doit ses débuts » publie la correspondance privée de la première femme de Caillaud. La seconde, Henriette, craignant pour elle-même, se rend le 16 mars 1914 à la rédaction du Figaro, demande à voir Calmettes et vide le chargeur de son revolver sur lui. Il aura droit à des funérailles presque nationales. Son assassinat entraîne un cataclysme politique, et au début de l’été, le procès de la meurtrière est au centre de toutes les discussions. « On s’intéresse beaucoup plus au procès de Madame Caillaud à l’époque qu’à l’assassinat d’un certain archiduc en Autriche-Hongrie à Sarajevo fin juin 1914. » De manière très surprenante, la femme du ministre est acquittée.
Les deux guerres mondiales vont inscrire le journal dans le « grand reportage à la française », très littéraire, personnel, par opposition au « reportage à l’anglo-saxonne », très factuel. Au total, leurs récits de guerre vaudront à des journalistes du Figaro dix-sept prix Albert-Londres.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Figaro subit la censure, se replie en zone libre, puis cesse de paraître sous Vichy. Un choix radical : s’arrêter plutôt que se soumettre. Le journal reparaît à la Libération, retrouvant sa place dans le débat public.
Dans l’après-guerre, Le Figaro renforce son influence intellectuelle avec Le Figaro littéraire, devenu un lieu de débats, de polémiques et de combats d’idées. Puis viennent de nouvelles mutations. Racheté par Robert Hersant, développé ensuite sous l’impulsion de la famille Dassault, le journal multiplie les suppléments, investit le numérique et élargit ses formats. Il est même le premier journal à lancer sa propre chaîne de télévision, prolongeant l’information bien au-delà du papier.
Aujourd’hui encore, des écrivains et penseurs contemporains comme Michel Houellebecq, Frédéric Beigbeder, Alain Finkielkraut ou Marcel Gauchet interviennent dans ses pages.
Les supports changent, le goût du débat demeure toujours — fidèle à l’esprit de Beaumarchais.
« Le Figaro » incarne la culture française.
Franz-Olivier Giesbert, directeur des rédactions du « Figaro » (1988-2000)
Avec la participation de
Frantz-Olivier Giesbert, Alexis Brezet, Guillaume Roquette, Eugénie Bastié, Guillaume Perrault, Marc Feuillé, Anne-Sophie Von Claer, Claire Blandin, Anne Fulda, Jean-Marie Rouart, Étienne de Montety
Une histoire qui sera célébrée avec l’exposition « Le Figaro, 200 ans de liberté », au Grand Palais du 14 au 16 janvier 2026.
200 ans du Figaro : « Sans la liberté de blâmer… »
Le Figaro fête ses 200 ans
© Le Figaro
Documentaire (52 min – inédit – 2026) – Un film de Laurent Menec – Production Société Européenne de Production, avec la participation de France Télévisions, en partenariat avec Le Figaro
200 ans du Figaro : « Sans la liberté de blâmer… » est diffusé lundi 12 janvier à 22.55 sur France 2
À (re-)voir sur france.tv