Dans l’après-guerre, le Vieux Lyon est loin d’être le joyau touristique que l’on connaît aujourd’hui. Immeubles délabrés, rues mal famées, patrimoine à l’abandon : le quartier est alors perçu comme un frein à la modernité. À l’époque, Lyon veut aller vite, large et droit. Quitte à effacer des siècles d’histoire sous le béton, au nom du progrès.
Le Vieux Lyon est une verrue dans le paysage lyonnais à tel point que, dans les années 1950, le quartier est clairement sur la liste des zones à raser. Le maire Louis Pradel imagine un axe routier monumental reliant Fourvière au pont Maréchal Juin. Bulldozers en embuscade, traboules condamnées, façades promises à la poussière. Le décor est planté : soit le quartier disparaît, soit quelqu’un dit non.
Annie et Régis Neyret, résistants du patrimoine
Ce “non” viendra d’un couple ordinaire au courage extraordinaire. Annie et Régis Neyret rejoignent l’association Renaissance du Vieux Lyon et s’engagent corps et âme pour défendre ce patrimoine unique. Leur obsession : prouver que ces ruelles, ces cours cachées et ces immeubles Renaissance méritent mieux qu’un périphérique urbain.

Année après année, leur combat finit par faire basculer l’histoire. Grâce à la mobilisation, aux restaurations, à la pédagogie et à une détermination sans relâche, le projet de destruction est abandonné. Le Vieux Lyon est sauvé, rénové, revalorisé. Ce qui devait disparaître devient peu à peu un symbole.
De quartier menacé à trésor mondial
En 1998, le combat trouve sa consécration avec l’inscription du Vieux Lyon à l’UNESCO. Régis Neyret participe directement au comité qui permettra de faire reconnaître le quartier comme “Valeur universelle exceptionnelle”. Une reconnaissance mondiale pour un combat local mené loin des projecteurs.

Après leur disparition en 2019, Lyon rend hommage à ceux qui l’ont protégée. En 2023, une statue est inaugurée quai Romain-Rolland, près de la maison Thomassin où le couple vécut 35 ans. Sur la plaque, ces mots simples et puissants : “Annie et Régis Neyret, passeurs de patrimoine”. Sans eux, Lyon n’aurait clairement pas la même gueule aujourd’hui.