Goldman Sachs anticipe pour 2026 une croissance française plus élevée que le consensus (1,2% contre environ 0,9%), portée par la relance budgétaire allemande et un contexte européen plus favorable, malgré des freins internes liés à la rigueur budgétaire et aux incertitudes politiques.
La croissance économique de la France devrait rester modérée en 2026 mais Goldman Sachs est cependant plutôt optimiste. Dans une note publiée ce mercredi, les économistes de la plus grande banque d’affaires américaine visent une progression du produit intérieur brut (PIB) de 1,2% cette année, après +0,9% attendu pour 2025.
C’est plus que la totalité des prévisions publiées à ce jour. La Banque de France prévoit que le PIB de la France croîtra d’environ 1% en 2026, dans ses projections macroéconomiques les plus récentes. Idem pour l’OCDE, le FMI et la Commission européenne. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) n’anticipait même qu’un modeste 0,7% pour cette année. Globalement, le consensus tourne autour de 0,9% pour la France.
Mais pour Goldman Sachs, l’économie française devrait profiter de la politique budgétaire expansionniste de l’Allemagne et d’un impact moindre des droits de douane imposés par l’administration de Donald Trump.
« Malgré les incertitudes, l’économie française est bel et bien montée à bord de la reprise européenne », résumait en décembre Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’Insee.
La politique budgétaire expansionniste allemande pourrait donner un petit coup de pouce à la France en 2026. Pour rappel, le gouvernement allemand a l’intention d’émettre environ 512 milliards d’euros de dette en 2026 pour relancer l’économie du pays, moderniser les infrastructures et financer des dépenses militaires. Or, en augmentant ses dépenses publiques et en soutenant la consommation, l’Allemagne stimule sa demande intérieure, ce qui profite directement aux exportations françaises.
Avec près de 11% du PIB français constitué par les exportations vers l’Allemagne, chaque point de croissance supplémentaire outre-Rhin pourrait générer 0,1 à 0,2 point de PIB supplémentaire pour la France, selon les estimations de la Banque de France et de l’OCDE. Autrement dit, une impulsion budgétaire notable à Berlin pourrait contribuer à maintenir la croissance française autour de 1%, dans un contexte où l’économie hexagonale reste modérée. Voire davantage selon les prévisions de Goldman Sachs.
Une demande interne encore limitée
Cependant, l’effet reste limité et dépend de plusieurs facteurs. Si la demande allemande se concentre sur des biens produits localement ou hors France, ou si l’inflation importée augmente, l’impact sur l’Hexagone pourrait être partiellement neutralisé. De plus, la politique budgétaire française jouera un rôle clé: une discipline budgétaire stricte pourrait réduire l’effet positif venu d’Allemagne. Concrètement, même dans le meilleur scénario, le « bonus allemand » ne dépasserait pas quelques dixièmes de point de croissance, mais il pourrait suffire à soutenir légèrement le marché de l’emploi et la consommation en France.
La demande interne sera toutefois freinée par la réduction supplémentaire du déficit public et les incertitudes politiques persistantes alors que la France ne dispose toujours pas d’un budget pour 2026. Après l’échec des travaux de la Commission paritaire composée de députés et de sénateurs sur le projet de loi de finances (PLF) 2026, une loi spéciale a été adoptée fin décembre pour permettre la continuité du fonctionnement de l’Etat, le prélèvement des impôts en particulier. Le PLF, dans sa version amendée par le Sénat, doit être examiné jeudi et vendredi par la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, avant un retour dans l’hémicycle le 13 janvier.
Plus d’élections législatives
« Nous prévoyons que le Parlement finalisera les négociations budgétaires dans les prochains mois et ouvrira la voie à une nouvelle légère réduction du déficit public, qui le ramènerait de 5,4% du PIB à 5,1% en 2026« , estiment les économistes de Goldman Sachs.
Selon eux, les incertitudes politiques devraient rester contenues au cours du premier semestre, avec le maintien probable du Premier ministre Sébastien Lecornu à Matignon.
« De plus, la possibilité pour le président Macron de convoquer des élections législatives anticipées devrait se refermer en avril, laissant ainsi au futur président la possibilité de constituer une majorité parlementaire, notent-ils. Par la suite, l’incertitude politique pourrait ressurgir à l’automne, lors des négociations budgétaires. »
Dans ce contexte, les économistes de Goldman Sachs estiment que les actifs français présentent des opportunités en raison de leur faible valorisation. Sur le marché obligataire, le rendement de l’OAT française à dix ans devrait rester 70 points de base au-delà du taux allemand de même échéance. La croissance continue de l’économie française devrait profiter aux valeurs exposées à l’activité domestique.