En 2025, les découvertes bibliques de l’archéologie nous ont révélé un vaste monde interconnecté dont l’écho résonne à travers les millénaires, que ce soit par l’étude des textes ou les campagnes de fouilles. Dans l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, érigée selon la bible sur le site de la crucifixion et la sépulture du Christ, les fouilles actuellement menées continuent de livrer leurs secrets sur la probable géographie du site avant la construction de l’église au 4e siècle. Ailleurs, les archéologues nous ont offert une fenêtre sur la propagation du christianisme à travers le monde, avec la découverte de vestiges monastiques datant du 7e siècle dans le golfe Persique. D’autres recherches nous ont révélé les routes que Saint Paul, l’apôtre qui a répandu le christianisme à travers l’Empire romain, aurait pu emprunter au cours de sa mission. Parallèlement, le recours aux nouvelles technologies a permis d’approfondir notre compréhension des manuscrits de la mer Morte et même d’éclairer d’un jour nouveau les routes commerciales tentaculaires qui pourraient expliquer les nombreuses mentions de l’ivoire dans l’Ancien Testament. 

Ensemble, ces découvertes et ces études apportent de solides arguments concernant la réalité matérielle des récits bibliques, allant même jusqu’à transformer notre perception de la Bible, du livre de foi au témoin de l’ancien monde.  

L’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem est un site chrétien de pèlerinage et de dévotion depuis sa construction ordonnée au 4e siècle par l’empereur romain Constantine. Depuis, l’édifice a bien entendu subi les affres du temps, si bien que l’essentiel de l’actuelle structure date des travaux réalisés par les croisés européens au 12e siècle, et le site connaît actuellement une importante campagne de restauration visant à consolider ses fondations instables afin de le préserver pour les générations à venir. Cette nouvelle vague de travaux présente pour les archéologues une occasion rare et précieuse, celle de percer les plus anciens secrets du sanctuaire. 

Dirigée par Francesca Romana Stasolla, professeure à l’université La Sapienza de Rome, une équipe sonde actuellement le sous-sol de la structure, en épluchant l’histoire, couche après couche, afin de retracer l’utilisation du site au fil des millénaires. Les archéologues ont ainsi découvert les traces d’une carrière datant de l’âge de la pierre, qui aurait progressivement évolué en lieu de culture. Plus précisément, l’analyse archéobotanique a révélé la présence de céréales, de raisins et de figues. Cela concorde avec la description faite dans l’évangile selon Saint-Jean, qui indique qu’il y avait un jardin à l’endroit où Jésus fut crucifié : « L’évangile mentionne un espace vert entre le Calvaire et le tombeau, et nous avons identifié ces champs cultivés », déclarait Stasolla au journal The Times of Israel.

Des trouvailles issues de diverses régions offrent une fenêtre sur le monde qui a vu naître le christianisme. Ensemble, elles peignent le portrait de la vitalité et du mouvement des idées, mais aussi celui de la diversité des communautés qui ont embrassé cette religion émergente. 

En bordure d’Abu Dhabi, les archéologues ont découvert une croix en plâtre vieille de 1 400 ans à proximité d’un complexe monastique des 7e et 8e siècle sur l’île de Sir Bani Yas, ce qui confirme que les habitations faisaient partie du monastère et témoigne de la propagation du christianisme dans la région avant l’avènement de l’Islam. D’autres découvertes notables mettent en lumière la propagation du christianisme. Ainsi, en Turquie, des archéologues travaillant dans la cité antique d’Olympos ont mis au jour une impressionnante mosaïque à l’entrée d’une église chrétienne datant du 5e siècle, sur laquelle on découvre le message solennel : « Seul peut franchir cette porte celui qui suit le droit chemin ». Dans le désert du Néguev à Israël, une autre équipe a annoncé la découverte de statuettes africaines en bois d’ébène dans des tombes chrétiennes datant des 4e et 7e siècles, soit à la période byzantine ; les propriétaires des statuettes auraient été originaires d’Éthiopie.

Les chercheurs ont également dévoilé une nouvelle façon de s’intéresser aux connexions entre les premières communautés chrétiennes : une carte des routes romaines en accès libre. Baptisé Itiner-e, le site offre un outil pratique pour visualiser les routes que l’apôtre Jean aurait pu emprunter durant sa mission à travers le vaste Empire romain. 

Ces nouvelles s’ajoutent à l’annonce, survenue fin 2024, de la découverte par des archéologues de la plus ancienne trace de la propagation du christianisme au nord des Alpes, à savoir une petite amulette en argent mise au jour à Francfort, en Allemagne, dans une tombe datant de 230 à 260. Gravées sur cet objet fragile, les chercheurs ont identifié 18 lignes de caractères latins, dont une partie a pu être traduite : « Au nom de Jésus-Christ, Fils de Dieu, le Seigneur du Monde ». 

Les manuscrits de la Mer morte font l’objet d’une fascination extrême depuis leur redécouverte en 1947, après plusieurs centaines d’années passées dans les grottes où ils avaient été entreposés. Généralement, les universitaires situent la création de ces anciens textes religieux entre le 3e siècle avant notre ère et le 2e siècle. Il est difficile de dater individuellement les manuscrits, car les textes en eux-mêmes livrent peu d’indices et la datation de chaque manuscrit au radiocarbone pose des problèmes d’ordre pratique.

Par chance, cette année, une équipe de chercheurs a annoncé la mise au point d’un outil révolutionnaire : Enoch, un modèle d’intelligence artificielle portant le nom du prophète éponyme de l’Ancien Testament et père de Mathusalem, entraîné à l’aide de manuscrits datés au radiocarbone et donc capable d’estimer la date d’un manuscrit non daté en analysant son style graphique. D’après les premières analyses d’Enoch, les parchemins de la mer Morte seraient bien plus âgés que prévu.

Autre application fascinante de la technologie, des chercheurs ont annoncé la redécouverte d’une hymne babylonienne perdue à la gloire de la divinité Marduk, patron de la cité et du royaume de Babylone. Les scientifiques ont identifié l’hymne en utilisant l’intelligence artificielle pour analyser des tablettes cunéiformes numérisées ; l’hymne apparaît dans plusieurs textes du 7e au 1er siècle avant notre ère, une période qui inclut notamment la conquête du royaume de Juda par l’empire néo-babylonien sous le règne du roi Nabuchodonosor II. 

L’ivoire apparaît à plusieurs reprises dans la Bible, comme signe de grandeur et de richesse avec le trône du roi Salomon, par exemple, ou même dans une dimension plus charnelle avec le Chant de Salomon : « Son ventre : un bloc d’ivoire, couvert de saphirs. » Mais alors, d’où pouvait bien provenir tout cet ivoire ? En 2025, une équipe pluridisciplinaire de chercheurs a publié une étude approfondie portant sur l’analyse de centaines d’objets en ivoire en provenance du Levant méridional et concluant que, pendant près d’un millénaire, entre 1600 et 600 avant notre ère, la réponse était l’Afrique subsaharienne, plus précisément par l’entremise de marchands venus de Nubie, connue sous le nom de royaume de Koush dans l’Ancien Testament. 

Vous connaissez peut-être la cité antique de Megiddo par le nom grec sous lequel elle apparaît dans le livre de l’Apocalypse : Armageddon. Pourtant, ce site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO possède une riche histoire qui remonte au troisième millénaire avant notre ère, à l’âge du Bronze, où Megiddo était une importante forteresse cananéenne, un peuple qui apparaît souvent dans l’Ancien Testament en tant qu’antagoniste des Israélites. 

L’année dernière, les archéologues opérant sur le site ont annoncé la découverte d’une vaste couche de poteries égyptiennes datant du 7e siècle avant notre ère. La trouvaille est intrigante car dans la Bible, Megiddo est le site d’une terrible bataille entre le roi Josias et le pharaon Nékao II, qui entraîna la mort de Josias, mais aucune preuve archéologique ne permettait de corroborer l’événement jusqu’à présent. Les poteries suggèrent qu’une armée égyptienne aurait pu être stationnée au bon endroit, au bon moment.

Une autre équipe travaillant sur un site voisin a également annoncé la découverte d’un ancien pressoir à vin, âgé de 5 000 ans, taillé directement dans la roche, ainsi que celle d’un ensemble d’objets soigneusement enterrés dont la fonction était probablement cérémonielle, notamment un récipient en forme de bélier intact, un état rare de conservation, et qui pourraient apporter de précieuses informations sur les pratiques religieuses des Cananéens. La trouvaille offre une nouvelle perspective sur une civilisation qui occupe une place majeure dans la Bible, mais reste pourtant entourée de mystère.  

Au sud des remparts de Jérusalem, le bassin de Siloé de la cité de David apparaît dans l’évangile selon Saint-Jean du Nouveau Testament. D’après cet extrait, il s’agirait du site de l’un des miracles de Jésus. Jean, chapitre 9, raconte que Jésus aurait dit à un homme aveugle de naissance d’aller « se laver dans le bassin de Siloé ». « Il y alla, se lava et s’en retourna voyant clair », poursuit l’évangile. 

En 2025, les chercheurs ont annoncé qu’ils avaient daté au carbone 14 le muret en pierre du bassin à 800 avant notre ère, ce qui suggère qu’il aurait été construit dans le cadre d’une réponse vigoureuse et soigneusement ordonnée au bouleversement climatique de l’époque. 

Des archéologues en poste dans l’actuelle ville de Mossoul, en Irak, ont annoncé la découverte de ce qui pourrait bien être le plus grand lamassu néo-assyrien jamais découvert, une immense statue de pierre de six mètres de hauteur représentant une créature hybride avec le corps d’un taureau ailé et une tête humaine. Les chercheurs ont mis au jour l’imposante sculpture dans ce qu’ils pensent être le palais d’Assarhaddon, un roi assyrien du 7e siècle avant notre ère qui apparaît plusieurs fois dans l’Ancien Testament. Comme le font remarquer les spécialistes de la Bible, l’histoire d’Assarhaddon s’apparente à celle de Joseph, le fils de Jacob, dans l’Ancien Testament. Tout comme Joseph, le roi assyrien était le fils favori de son père parmi les plus jeunes de sa fratrie, arraché à son foyer et plongé dans la misère avant de finalement devenir roi contre toute attente. La découverte du lamassu témoigne de l’incroyable richesse et de la toute-puissance à la disposition d’Assarhaddon, un élément majeur de sa biographie biblique. 

Le vaste et puissant Empire assyrien est évoqué à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament, allant même jusqu’à réduire le royaume de Juda au statut d’État vassal. Lors d’une campagne de fouille menée sur le mont du Temple de Jérusalem, l’actuel site du dôme du Rocher, les chercheurs ont découvert un fragment de poterie portant une inscription en cunéiforme vieille de 2 700 ans. Le fragment en question est en fait une bulla, un sceau royal apposé sur une lettre que le roi d’Assyrie aurait adressé à l’un des rois de Juda, probablement Ézéchias, Manassé ou Josias, et qui contenait un bref résumé du contenu de la lettre. L’inscription mentionne une échéance, le 1er Av, un mois estival du calendrier juif, ainsi que le nom d’un messager, ce qui pousse les archéologues à suggérer que le message invitait le roi de Juda à régler un retard de paiement dans les plus brefs délais, sous peine de subir de fâcheuses conséquences.