Proche de signer l’accord commercial avec le Mercosur, l’Union européenne veut tenter de répondre à la colère agricole et s’assurer du soutien de l’Italie, lors d’une réunion ministérielle mercredi à Bruxelles. En pleine mobilisation en France, les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept sont arrivés en début d’après-midi au Berlaymont, siège de la Commission européenne, pour plancher sur les revendications agricoles.
Décisive sur ce traité de libre-échange avec les pays latino-américains du Mercosur, l’Italie n’a pas encore donné officiellement son aval, mais un feu vert semble à portée de main. A son arrivée à Bruxelles, le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, a énuméré les doléances de Rome en matière agricole.
Comme la France, l’Italie veut des garanties sur le respect des normes européennes dans les produits sud-américains, notamment au sujet des pesticides interdits en Europe. Et hors de ce dossier du Mercosur, elle attend un geste pour limiter le coût des engrais, via une révision du mécanisme européen de taxe carbone aux frontières.
La France pas en mesure d’empêcher l’Accord
Si ces garanties sont « certifiées », « nous approuverons évidemment à ce stade la signature de l’accord » avec le Mercosur, a dit Francesco Lollobrigida. De son côté, le gouvernement allemand s’est dit « très confiant » sur le feu vert de Rome.
Pour la France en revanche, le « compte n’y est toujours pas », a répété Paris mercredi matin. Mais sans autres alliées que la Pologne et la Hongrie, la France ne sera pas en mesure de bloquer l’accord avec le Mercosur, que plébiscitent l’Allemagne et l’Espagne pour relancer l’économie européenne.
L’horizon semble donc se dégager pour Ursula von der Leyen, qui espère parapher dès le 12 janvier cet accord de libre-échange avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, après plus de vingt-cinq ans de négociations. Avant cette signature, la présidente de la Commission a besoin de l’aval des États européens à la majorité qualifiée, lors d’un vote attendu dès ce vendredi.
Pour faire passer la pilule du traité avec le Mercosur, la cheffe de l’exécutif européen a annoncé mardi un geste sur un autre volet, la politique agricole commune (PAC). Ursula von der Leyen propose une rallonge budgétaire dans la future PAC 2028-2034 de l’Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d’euros dès 2028.
Macron face à un risque de censure ?
Mais le Mercosur reste un « chiffon rouge » qui pourrait entraîner des « mobilisations plus importantes » encore, ne cesse de marteler le premier syndicat agricole français, la FNSEA. La contestation agricole est repartie de plus belle en France, entre convois vers Paris et rassemblements locaux.
Les agriculteurs dénoncent à la fois la concurrence accrue des pays latino-américains et la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.
Et la tempête politique couve en France. Si Emmanuel Macron soutient le Mercosur, « il prend le risque d’une censure » du gouvernement, a lancé le chef de la droite Bruno Retailleau. Après la signature du traité, il devra encore être ratifié par le Parlement européen, où le scrutin pourrait être serré.