« L’excrément du diable » : voilà comment le Vénézuélien Juan Pablo Perez Alfonzo, cofondateur de l’OPEP [l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, en 1960], surnommait le pétrole. En offrant à l’industrie pétrolière américaine sa revanche sur le régime d’Hugo Chavez et ses nationalisations des années 2000, Donald Trump revendique haut et fort le sale petit secret au cœur de la géostratégie américaine depuis un demi-siècle : il n’y a pas de puissance sans contrôle de l’accès à l’énergie.
Ce secret de Polichinelle, l’Europe doit le regarder à nouveau bien en face. En récession depuis la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine, l’industrie du Vieux Continent meurt du pacte faustien qu’elle a passé avec Gazprom et Vladimir Poutine, lorsque les sources d’hydrocarbures de la mer du Nord ont commencé à se tarir il y a un quart de siècle. Désormais tributaire des exportations américaines de gaz de schiste, l’Union européenne (UE) survivrait-elle à une pression du président Trump sur cette carotide, si elle cherchait, par exemple, demain à lui tenir tête au Groenland ?
Pour échapper à la tenaille des deux « superpuissances » énergétiques que sont la Russie et les Etats-Unis, l’UE doit miser avec lucidité sur ses faibles sources domestiques d’énergie, renouvelables et nucléaire, qui sont largement décarbonées, mais qui resteront contraintes par les lois de la physique.
Le chemin le plus probable est celui de la vassalisation. Mais l’Europe peut aussi montrer la voie de la sauvegarde du climat, tout en conquérant son autonomie stratégique face à un allié américain prêt à tout pour imposer sa « domination énergétique », nom officiel de la doctrine Trump en la matière. Ce combat existentiel demande audace et cohésion, à la mesure de celles des pionniers qui fondèrent l’Europe sur l’énergie – charbon et acier, atome, abondance agricole – à l’issue de la seconde guerre mondiale.
Déclin du brut conventionnel
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