Bonne pioche pour la police, le jeudi 6 novembre 2025. Après avoir reçu un renseignement anonyme, la Bac surveille depuis quelques jours les allées et venues d’un jeune homme, suspecté de dealer de la drogue. À plusieurs reprises, il se rend près de Rennes, dans un appartement de Chantepie, dont il ressort avec un sac à dos noir, remis au conducteur d’une voiture. Ce jour-là, les agents se décident à surprendre l’échange en flagrant délit. Les deux protagonistes sont interpellés. Dans la foulée, le logement est perquisitionné. La saisie est majeure.

Cannabis, cocaïne, ecstasy, kétamine… Près de quarante kilos de drogues en tous genres sont découverts. Valeur sur le marché : des centaines de milliers d’euros. Un butin complété par quatre armes – un AK47, un fusil-mitrailleur, une arme Colt et un pistolet semi-automatique. Des cartouches en grand nombre complètent l’arsenal. Tout indique que les enquêteurs viennent de faire tomber un « appartement nourrice », base arrière d’un trafic de grande ampleur.

« Ces armes, je les ai déjà eues pointées contre moi »

Des faits dont les deux jeunes interpellés doivent répondre deux mois plus tard, ce mercredi 7 janvier, devant le tribunal judiciaire de Rennes. Parmi eux, Rachid Abderaman, 19 ans, le principal prévenu. Celui que la procureure décrit comme le « logisticien » de la PME criminelle, chargé par la tête du réseau de gérer la marchandise et la remettre aux livreurs.

À la barre, le jeune reconnaît tout, en décrivant précisément son rôle d’une voix calme. Conditionner les stupéfiants et remplir les sacs avec les doses de chaque drogue, avant de les donner aux livreurs. Puis, le soir, récupérer l’argent et compter les billets, rangés dans un sachet plastique à destination de son « employeur ». Sans jamais s’étendre sur son ou ses patrons. « Je peux pas vous dire qui c’est, je mettrais ma vie en danger ». Relance du tribunal : « Il est si dangereux que ça ? – Oui. »

Une « dette » de plusieurs milliers d’euros

Rachid Abderaman revient sur l’engrenage qui l’a conduit dans le box. L’attrait de « l’argent facile » dit-il, qui l’amène d’abord à dealer sur le secteur de Beaulieu. Selon son récit, sa première interpellation en 2024 – il sera condamné à quatre mois de sursis – génère une dette de plusieurs milliers d’euros auprès du chef, en raison des saisies de la police.

« Comme j’avais pas parlé, il a dit que j’allais pas le rembourser tout de suite. Mais j’ai bien compris que je lui en devais une. » En septembre dernier, « il » le charge de trouver un appartement puis de gérer le business. Les armes apparaissent ensuite dans le local. À quoi servaient-elles ? « Il m’a pas dit. Je sais bien que ça sert à enlever la vie. Mais ces armes, je les ai déjà eues pointées contre moi. J’avais pas le choix. »

Prison ferme

La procureure note son « implication importante » dans ce trafic, mené pour le compte d’un réseau, certes, « sans doute dangereux ». Et rappelle que les armes découvertes lors de la perquisition sont utilisées à Rennes dans les guerres pour les points de deal, provoquant parfois des victimes collatérales. Elle réclame cinq ans de prison. Une sanction trop lourde, estime la défense, qui vaudrait sans doute pour le n° 1. La peine prononcée par le tribunal est légèrement inférieure : quatre ans de prison ferme, avec révocation du sursis probatoire. Rachid Abderaman est maintenu en détention.

Le rôle de l’autre prévenu*, âgé de 29 ans et résidant à Nantes, apparaît moins important dans le trafic. Un livreur amené à parcourir jusqu’à 100 km par jour pour répondre à des commandes de clients passées via les réseaux sociaux. Chez lui a tout de même été découvert près d’un kilo de cannabis dont il assure qu’il voulait « se débarrasser ». Sans casier judiciaire, il est condamné à 18 mois de prison, dont six fermes. Une peine qu’il pourra écouler sous bracelet électronique.

* Conformément à sa charte éditoriale, le Télégramme ne publie pas les identités des personnes condamnées à moins d’un an de prison ferme.