LUDOVIC MARIN / AFP
Emmanuel Macron photographié à l’Elysée le 6 janvier 2026 avant la réunion de la coalition des volontaires
EN BREF • Emmanuel Macron doute d’une annexion militaire du Groenland par les États-Unis, malgré les menaces de Donald Trump.
• Les Européens, unis, soutiennent la souveraineté danoise et préparent une réponse aux pressions américaines.
• Certains élus français critiquent la position de Macron, soulignant l’importance de rester vigilants face à Trump.
À quel point faut-il prendre au sérieux les ambitions affichées par Donald Trump concernant le Groenland ? Ce mardi 6 janvier, la Maison Blanche se montrait particulièrement déterminée alors que le président américain, selon sa porte-parole Karoline Leavitt, n’excluait pas l’option militaire pour s’emparer de ce territoire, appartenant au royaume du Danemark. « Nous nous en occuperons dans environ deux mois », avait même lancé le milliardaire au lendemain de la capture (spectaculaire) du président du Venezuela Nicolás Maduro.
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump louche sur le territoire sous pavillon danois, il l’avait déjà menacé d’annexion après son élection. Derrière les questions de sécurité face à la Russie et la Chine qui justifieraient un tel coup de force aux yeux du locataire de la Maison Blanche, l’île cache surtout des trésors de minerais précieux.
Alors vrai compte à rebours ou simple esbroufe pour bousculer les Européens ? Quoi qu’il en soit, ces derniers n’ont pas traîné pour réagir, publiant dès mardi un communiqué réaffirmant leur unité et leur soutien à la souveraineté danoise sur ce territoire. Quant à Emmanuel Macron, il ne semble pas croire à l’hypothèse d’une annexion par la force. « Il n’y a pas pour moi de scénario où les États-Unis d’Amérique seraient mis dans une situation de violer la souveraineté danoise, cela n’existe pas », a assuré le président au micro du JT de France 2, se disant par ailleurs confiant dans l’attitude des Américains qui « continueront d’avancer avec nous pour la paix et la sécurité en Europe ».
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Lire la Vidéo « Nous sommes des élus, pas des bookmakers »
Un commentaire jugé naïf pour certains élus, dont Aurore Lalucq, eurodéputée Place publique. « Quels sont les signaux qui nous permettent d’imaginer qu’il ne va pas le faire ? Aucun. Nous sommes des élus, pas des bookmakers », écrit-elle sur X. Si le député insoumis Jean-François Coulomme y voit une preuve supplémentaire de la « corruption » du président, son collège Éric Coquerel juge, lui, ce mercredi matin « contraires aux intérêts du peuple français » les réactions de l’exécutif français depuis l’opération vénézuélienne.
Il en veut pour preuve la stratégie nationale dévoilée par l’administration américaine en novembre 2025 et dans laquelle les États-Unis assument notamment de vouloir soutenir les partis patriotes sur le vieux continent. « L’Europe n’est plus un allié des États-Unis mais une cible idéologique et tributaire visée par une relation d’emprise au service des seuls intérêts nationaux de l’empire US », cingle le député LFI.
Sollicité, l’entourage du président renvoie lui aussi aux déclarations d’Emmanuel Macron et à sa confiance dans le respect des alliances au regard du droit international. Une confiance qui est aussi à chercher du côté du Quai d’Orsay. Invité de la matinale de France inter ce mercredi, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot assure avoir échangé à ce sujet avec son homologue américain, Marco Rubio.
« Il a écarté qu’on puisse imaginer que puisse se produire au Groenland ce qu’il s’est produit au Venezuela », détaille le ministre qui, comme son confrère Benjamin Haddad, ministre délégué à l’Europe, voit dans l’agitation de certains sur une hypothétique intervention armée américaine de la « politique-fiction ». « Une éventuelle attaque n’aurait absolument aucun sens ; pour un pays de l’Otan de s’en prendre à un autre pays de l’Otan, ça n’aurait aucun sens », a encore insisté Jean-Noël Barrot rappelant l’attachement des États-Unis à l’Otan.
Les Européens ont un « plan »
Si Emmanuel Macron s’affiche confiant, les services diplomatiques français et européens n’entendent pas pour autant rester complètement passifs face à ces affichages et les prennent même très aux sérieux. D’autant que Donald Trump multiplie les points de pression à leur endroit : Washington a récemment pris des sanctions économiques contre des personnalités européennes engagées pour une stricte régulation de la tech, dont Thierry Breton.
Par ailleurs, l’opération sidérante menée à Caracas a prouvé que le droit international demeurait le cadet des soucis de l’administration Trump. « Quelle que soit la forme des intimidations et quelle que soit leur provenance, nous avons engagé un travail (…) au Quai d’Orsay, pour nous préparer à riposter, à répondre et à ne pas répondre seul », a promis Jean-Noël Barrot. Selon lui, ce travail aboutira « dans les prochains jours » à un plan qui sera partagé avec les principaux partenaires de la France, dont particulièrement l’Allemagne et la Pologne.
Même chez les députés macronistes l’enjeu est pris très au sérieux. Le député Renaissance de la 3e circonscription des Français d’Europe du Nord, Vincent Caure a déposé avec son collège Écologiste, Damien Girard une proposition de résolution transpartisane pour appeler le gouvernement à « affirmer clairement » sa solidarité avec le Groenland et le Danemark. Le texte réclame également un renforcement de la coopération sécuritaire en déployant une mission militaire européenne. Un signe peut-être que tout le monde n’affiche pas autant d’optimistes quant à la loyauté de Donald Trump, envers le droit international ou les Européens.