« On va continuer à faire pression ». Alors que les sept tracteurs et la vingtaine d’agriculteurs de la coordination paysanne s’apprêtaient à quitter le parvis de la Direction départementale des territoires (DDT) à Grenoble, qu’ils avaient rejoint en milieu d’après-midi, Pierre Berthet donnait le ton : ce sera une lutte au long cours. Agriculteur à Velanne, il avait longuement échangé avec François Gorieu, directeur de la DDT, et caressait l’espoir d’être entendu : « Le directeur est une courroie de transmission qui va aller dire à madame la préfète ce qu’on lui a dit et qui, elle, devrait le faire remonter au ministère. Mais enfin, ça fait bientôt six mois qu’on fait remonter les choses au ministère sur la crise de la dermatose et rien ne change… »
La crainte du printemps prochain
Dans le froid glacial du boulevard Joseph-Vallier, les agriculteurs ont donc exposé à François Gorieu d’une part un souhait, « l’arrêt des abattages totaux pour cette maladie-là » et leur crainte principale : le printemps prochain. « Avec la mise à l’herbe, le risque est énorme que la maladie réapparaisse, reprenait une agricultrice. Et la stratégie actuelle est inefficace ». François Gorieu tempérait, s’appuyant sur les décisions ministérielles et les données scientifiques : « On a beaucoup vacciné en Isère sur les zones réglementées ; quasiment 100 % des bovins dans la zone périmétrique des foyers en Savoie. Mais derrière la vaccination, il y a aussi un enjeu : la France a toujours un statut indemne vis-à-vis de cette maladie, elle a fait la démonstration qu’elle était en train de la contenir. »
Pas suffisant pour éteindre l’appréhension des éleveurs : « On s’aperçoit qu’on a toujours un temps de retard sur la maladie, notait Pierre Berthet ; notamment en raison des transports (d’animaux) qui sont une composante aujourd’hui de l’agriculture et de l’économie française. »
Avant de quitter les lieux, un agriculteur interpellait François Gorieu : « Vous savez, on aimerait bien ne pas avoir à vous revoir. Mais il y a un risque que ça soit le cas… »