À Rennes, ville écologique par sa majorité, un projet immobilier pourtant bien avancé est aujourd’hui à l’arrêt pour une raison aussi simple que symbolique : un arbre manquant. Le 23 décembre 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a décidé de suspendre un permis de construire autorisant la réalisation d’une résidence pour seniors de 58 logements, accompagnée de locaux d’activités et de bureaux, au 311 rue de Nantes. En cause, non pas l’architecture ou la destination du bâtiment, mais une végétalisation jugée insuffisamment expliquée et potentiellement non conforme aux règles d’urbanisme locales.
Ce programme prévoyait la démolition de constructions existantes sur cet axe passant et l’édification d’un immeuble de grande hauteur, culminant à plus de 26 mètres. Comme souvent dans ce type d’opération urbaine dense, plusieurs arbres devaient être supprimés. En l’occurrence, quatre arbres devaient être abattus par le promoteur, pour trois arbres replantés sur la parcelle, laissant donc un arbre “en moins” dans le bilan final.
C’est ce décalage d’un seul arbre qui a finalement fait basculer le dossier. Pourtant, les règles locales d’urbanisme sont simples : lorsqu’un terrain offre suffisamment de surface en pleine terre, les arbres abattus doivent être remplacés. Dans ce cas précis, la parcelle concernée dispose de plus de 170 m² de sol non artificialisé, une superficie jugée suffisante pour replanter autant d’arbres que ceux supprimés. Ce point a d’ailleurs été rappelé à l’audience, sans véritable contradiction de la part de la Ville ou du promoteur.
un arbre de moins peut désormais peser lourd face à des milliers de mètres carrés de béton.
Mais au-delà du simple calcul, c’est surtout le manque de justification qui a posé problème au magistrat. Le dossier de permis se contentait d’indiquer que des arbres seraient coupés et que trois nouveaux seraient plantés, sans décrire précisément la végétation existante ni expliquer pourquoi le quatrième arbre ne pouvait pas être remplacé. Cette présentation a été jugée trop vague pour permettre un réel contrôle du respect des règles par le tribunal lui-même.
Dans l’ordonnance du juge, cette absence d’explications n’est pas un détail technique. Elle empêche tout simplement de vérifier si le projet respecte les obligations de végétalisation imposées par le plan local d’urbanisme. Résultat : le non-remplacement d’un arbre, alors que la surface semblait le permettre, suffit à créer un doute sérieux sur la légalité du permis. C’est sur ce point précis, et sur lui seul, que le projet est aujourd’hui suspendu. Les autres critiques avancées (réseau, architecture…) contre l’opération n’ont en revanche pas convaincu le tribunal à ce stade.
Mais cet épisode envoie un signal clair : en matière d’urbanisme. Il illustre l’évolution concrète du droit de l’urbanisme : la végétalisation n’est plus un simple habillage paysager, mais une obligation encadrée, mesurable et contrôlable. Un arbre supprimé sans justification claire peut désormais suffire à bloquer un projet de plusieurs dizaines de logements. En attendant que le tribunal statue sur le fond de l’affaire, le permis est suspendu. En ville, chaque arbre compte. Même un seul.