Après l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela le 3 janvier dernier et la capture de Nicolás Maduro à son domicile, les réactions internationales se sont multipliées. En Alsace, et plus particulièrement à Strasbourg, la communauté vénézuélienne a accueilli la nouvelle avec une relative satisfaction. Rencontres. 

La consternation a frappé les observateurs internationaux après l’intervention militaire des États-Unis à Caracas, capitale du Venezuela, le samedi 3 janvier. L’armée américaine a procédé à la capture et à l’extradition du président Nicolás Maduro, actuellement jugé pour narcotrafic aux États-Unis. Une opération qui a fait au moins 55 morts, dont 23 militaires vénézuéliens et 32 Cubains membres des services de sécurité.

Nicolás Maduro a pris la tête du Venezuela en 2013, après la mort du dirigeant Hugo Chávez, en remportant de justesse les élections. Depuis son arrivée, le président en exercice s’est notamment maintenu au pouvoir en réprimant les oppositions. 

Nicolas Maduro © Federico Parra – AFP-Flickr / Photo d’illustration

En 13 ans, le pays sud-américain a perdu jusqu’à 75% de la valeur de son PIB et 7,71 millions d’habitant(e)s ont déménagé, soit le quart de sa population. Ces personnes ont quitté leur pays et son régime, régulièrement qualifié de « dictature ».

Un mouvement américain qui a « sapé » le droit international selon l’ONU

Si Donald Trump a redonné de l’espoir à des millions de Vénézuélien(ne)s en mettant un terme à la mandature Maduro, il a aussi « sapé un principe fondamental du droit international », selon l’Organisation des Nations unies. Celui selon lequel les États ne doivent pas menacer ou recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État !

En parallèle, la communauté vénézuélienne strasbourgeoise a accueilli la nouvelle avec un certain soulagement. « Je me suis réveillée en pleurant, j’ai fait un câlin à mon chéri et j’ai appelé tout le monde », raconte Maria, 28 ans. La jeune femme, arrivée en France il y a 10 ans, a fui son pays après des années passées à combattre le régime de Nicolás Maduro.

Neige, cathédrale

Venezuela

1. © Wilfried Rion / Pokaa ; 2. © Cristóbal Alvarado Minic – Flickr / Photo d’illustration

« Sur place, j’étais une militante active. Depuis mes 15 ans, je suis dans la rue, j’ai suivi tous les mouvements étudiants », explique Maria. Un militantisme qui a rapidement eu des conséquences dramatiques. « Des gens de ma fac ont été tués », rajoute celle qui n’a connu « que la dictature au Venezuela ».

Alors, en prenant son téléphone samedi matin, Maria n’a pas pu s’empêcher de se féliciter de la nouvelle. « Mon premier réflexe, ça a été de voir s’il y avait eu des morts. Ensuite, j’ai vu que Maduro avait été emmené aux États-Unis, ils ont juste pris le président et son épouse, puis ils sont partis. Merci, au revoir. Il y a de la joie, on ne peut rien faire d’autre que célébrer. »

Venezuela

Venezuela

1. © Maria Mafer Barrios Rodriguez / Document remis ; 2. © Jules Scheuer / Pokaa

« Il faut que des élections se tiennent »

Edwin, 39 ans, a vécu 28 ans au Venezuela avant de venir vivre en France. « J’ai encore de la famille sur place et une maison qui m’appartient, donc j’ai toujours un œil sur ce qu’il se passe là-bas », explique cet ingénieur mécanique. 

À peu de chose près, Edwin a vécu la même matinée que sa compatriote. « Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner, j’avais beaucoup de notifs, de messages… Je n’y croyais pas. Je me suis dit qu’on y était enfin arrivés. Maduro a quitté le pays. »

venezuela Photo prise au Venezuela avec son épouse Rossana Ochoa. © Edwin / Document remis

Après une première phase d’euphorie, place désormais à l’incertitude pour le peuple vénézuélien. « Le futur proche n’est pas clair. Nous avons encore beaucoup de choses à faire avant que le pays ne se stabilise. Il faut que des élections se tiennent », réclame Edwin.

Quand on voit que Trump s’est permis de faire ça, on se dit qu’il peut faire n’importe quoi.

Maria

Le trentenaire redoute une période d’instabilité dans son pays : « Je crains qu’il y ait encore des frappes et des confrontations. » Maria ressent aussi une part d’inquiétude. « On se dit que c’est beau, que Trump nous a sauvé… Mais on ne sait pas comment la suite va être gérée. »

« Quand on voit que Trump s’est permis de faire ça, on se dit qu’il peut faire n’importe quoi… Mais je pense que si ça n’avait pas été lui, ça n’aurait pas fait autant d’écho », lâche-t-elle. 

pétrole © Pxhere / Photo d’illustration

Le pétrole, objet de toutes les convoitises pour les États-Unis ?

Le potentiel intérêt des États-Unis pour le pétrole du pays sud-américain ne dupe personne au Venezuela. « On n’est pas naïfs, on sait que derrière il y a des intérêts financiers autour de notre pétrole. Mais ça fait très longtemps qu’on n’en profite plus », regrette Edwin. 

Même constat du côté de Maria. « Ça fait des années qu’on ne sait plus où est notre pétrole. Cet argent-là, on ne l’a jamais vu. Au Venezuela, tout n’est que ruines. »

venezuela © Google Maps / Capture d’écran

Par ailleurs, ce lundi 5 janvier, la nouvelle présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a été investie à Caracas, à la suite d’un discours prônant la collaboration avec les États-Unis.

Dans le même temps, la leader d’opposition María Corina Machado, prix Nobel de la paix en 2025, souhaite revenir « le plus vite possible » dans son pays. La femme politique a aussi profité de la situation pour louer les mérites du président américain sur la chaîne américaine Fox News ce lundi 5 janvier.

María Corina Machado María Corina Machado. © Kevin Payravi – Wikimedia Commons / Photo d’illustration

De son côté, l’administration Trump poursuit sur sa lancée et continue de faire peser une menace sur le Groenland. « Une priorité de sécurité nationale pour les États-Unis », selon la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, qui confie que l’option « d’utiliser l’armée » est envisagée.