Le patron de LR, qui prépare sa candidature présidentielle, a dévoilé ce mercredi de premières propositions, d’inspiration libéral tempéré, sur le travail et le pouvoir d’achat.
Haro sur la France du canapé ! Dans l’un des visuels projetés durant sa conférence de presse figurait un jeune diplômé oisif, paisiblement vautré dans un moelleux fauteuil, percevant le chômage après avoir travaillé juste ce qu’il faut pour toucher des indemnités. Bruno Retailleau le revendique : c’est à la France qui travaille, celle des « Nicolas qui paient », et certainement pas à celle des « assistés », qu’il entend s’adresser en vue de l’élection présidentielle de 2027, à laquelle il compte postuler prochainement.
Pressé par des proches d’occuper le terrain face aux favoris de la compétition que sont Jordan Bardella et Édouard Philippe et d’accélérer sans attendre les municipales, le président des Républicains, affaibli par sa sortie chaotique du gouvernement, a entamé ce mercredi une série de rendez-vous pour dévoiler ses propositions. À commencer par la valeur travail et le pouvoir d’achat sur lesquels il a avancé cinq propositions concrètes, un brin techniques, pour offrir aux salariés « un 13e, presque un 14e mois » et réduire le coût du travail pour les chefs d’entreprise.
« Marine Le Pen est social-étatiste »
Bruno Retailleau
« Notre modèle est à bout de souffle, je le nomme par son vrai nom : le social-étatisme », tance l’élu de Vendée, qui prévient que « la fête est finie ». « Il va falloir renverser la table, tout ça ne peut plus supporter de Rustine », promet-il. Las, il a beau expliquer que la France se retrouve dans la même situation qu’en 1958 et en appeler à un projet aussi puissant que le plan Pinay-Rueff qui dopa l’économie, ceux qui espéraient un solide coup de tronçonneuse à la Javier Milei resteront sur leur faim.
Travailler… quatre minutes de plus par jour
Bruno Retailleau ne reprend pas davantage à son compte la doxa libérale de son ancien mentor François Fillon, qui promettait en 2017 de mettre à bas les 35 heures. Mais précisons qu’il ne s’agit que d’un petit bout du canevas qu’il compte déployer les prochains mois et que ses propositions restent à venir sur des sujets aussi massifs que la fonction publique, les retraites ou un plan de 120 milliards d’économies pour « débureaucratiser » un État « devenu obèse ». Encore un peu de patience, donc.
Non, c’est un projet libéral d’inspiration gaulliste que revendique l’ex-villiériste, qui a mis en garde contre « une vision doloriste du travail, le sang et les larmes ». « Ce que je veux, dit-il, c’est déverrouiller les choses intelligemment ». Pas à coups de masse ou de promesses incantatoires, donc. « C’est du Aurélien Pradié dans le texte ! » s’amuse un cadre du parti. « On assume de mettre le paquet sur ceux qui travaillent et tant pis pour ceux qui ne travaillent pas ! » corrige Pierre-Henri Dumont, secrétaire général adjoint de LR qui plaide depuis des mois pour un projet qui « renverse la table ». « On veut redonner du pouvoir d’achat par le travail, soutenir ceux qui se retroussent les manches ».
Pour en finir avec les lois Aubry honnies par la droite, Bruno Retailleau préconise donc de travailler… quatre minutes de plus par jour, soit deux jours par an – 16 heures au total – afin de porter la durée annuelle du travail de 1 607 à 1 623 heures. « Les Français ne sont pas des fainéants, a-t-il pris soin de préciser. C’est le travail qui est mal payé ». Là où réside la vraie nouveauté, c’est qu’au-delà de ce seuil, les salariés comme les patrons seraient totalement exonérés de taxes et de cotisations (hors CSG et CRDS) avec, pour l’employé, l’équivalent d’un « 13e mois, presque plus proche d’un 14e mois ». Concrètement, selon ses calculs, un employé au salaire médian percevrait 2 800 euros nets de plus par an s’il accepte de réaliser deux heures sup’par semaine, soit 37,5 heures hebdomadaires en tout.
Laurent Wauquiez taclé
Loin des deux jours fériés supprimés et non rémunérés que proposait l’ex-Premier ministre François Bayrou, le Vendéen ressuscite le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy, qu’il s’est bien gardé de revendiquer pour modèle – leurs relations se sont tendues. Surtout, Retailleau vient chercher le RN sur un terrain qu’il préempte de longue date, le pouvoir d’achat. « Marine Le Pen est social-étatiste », accuse-t-il, sans mentionner Jordan Bardella dont la ligne plus libérale se veut davantage « patrons-compatible ».
De même les bénéficiaires de « l’assistanat » sont-ils dans le collimateur. « La France des Nicolas n’en peut plus et la France des honnêtes gens non plus ! » proclame Retailleau, qui veut que la reprise du travail soit plus intéressante que le maintien dans l’inactivité. Pour en finir avec le « maquis » intraçable des aides sociales, le patron de LR propose donc un « compte social unique » où seraient versées toutes les prestations, dont le montant global serait plafonné à 70 % du smic sous la forme d’un « revenu d’incitation à l’activité » (le « RIA »). Les quinze heures d’activité en contrepartie deviendraient obligatoires et plus « au petit bonheur la chance ». « Le compte social unique, c’est l’arme massive antifraude », parie-t-il. Une solution qu’il préfère à l’aide sociale unique, « infaisable ». Son grand rival en interne, Laurent Wauquiez, qui défend cette idée, appréciera.
L’assurance-chômage serait en outre durcie pour interrompre toute indemnisation après trois refus d’emploi et les ruptures conventionnelles plafonnées en montant comme en durée. Les contraintes sur le cumul emploi retraites seraient aussi levées pour permettre aux séniors d’arrondir leur bas de laine. Cerise sur le gâteau, le candidat putatif des Républicains à l’Élysée évalue les gains potentiels de ses cinq premières propositions à pas moins de « 30 milliards » par an. Lesquels seraient redistribués pour moitié aux entreprises et aux salariés sous la forme, pour ces derniers, d’un bonus supplémentaire de 500 euros par an.
Menace de censure sur le Mercosur
À ce stade, ses propositions sont loin de claquer comme un slogan de nature à renverser la table dans une campagne. Des élus à droite conviennent en « off » que le sénateur de Vendée, habitué au travail aride en commission, pèche par un petit côté « techno ». Mais lui tient à avancer des pistes crédibles et chiffrées, élaborées avec la cinquantaine de groupes techniques qu’il a mis en place au sein du parti pour réfléchir à son futur projet. « L’idée, c’est le travail, le travail, le travail », résume Bruno Retailleau, qui espère se relancer politiquement par le fond des dossiers.
Reste à savoir si l’on ne retiendra pas de sa conférence de presse que sa menace sur l’accord en instance sur le Mercosur : si Emmanuel Macron ne s’y opposait pas, les LR seraient tout disposés à censurer son gouvernement…