Après deux reports pour cause de Covid-19, le dernier opéra de Verdi est joué cette semaine et la suivante à Montpellier. Une mise en scène audacieuse qui réinvente le célèbre chevalier Falstaff, symbole d’une masculinité toxique.
La troisième fois est la bonne. Après deux annulations pour cause de crise sanitaire, Falstaff, dernier opéra de Verdi, est enfin joué devant le public cette semaine et la suivante à l’Opéra Comédie. Si le metteur en scène David Hermann a entre-temps quitté le projet, remplacé par son assistant Jean-Philippe Guilois, Bruno Taddia conserve le rôle-titre depuis 2020. « C’est une prise de rôle très longue, exercée, entraînée… J’ai eu la malchance et la chance d’avoir six années d’incubation », confie le baryton italien.
Une œuvre tardive et pétillante
Falstaff occupe une place singulière dans l’histoire de l’opéra : Verdi compose cette œuvre à 80 ans, quelques années avant sa mort. Pour cet ultime chef-d’œuvre, le compositeur italien imagine une comédie burlesque inspirée de Shakespeare (Les Joyeuses Commères de Windsor), portée par une vitalité et des dialogues incisifs, et conclue par une célèbre fugue affirmant que « le monde entier n’est qu’une farce. L’homme est né bouffon ».

Bruno Taddia a pris le rôle de Falstaff il y a six ans déjà.
Une machination qui se retourne contre son créateur
L’intrigue suit les mésaventures de Sir John Falstaff, chevalier ruiné qui tente de séduire simultanément deux riches femmes mariées de Windsor, Alice Ford et Meg Page, afin de renflouer ses finances. Il leur adresse des lettres d’amour identiques, sans se douter qu’elles ne sont pas dupes. De son côté, Ford, le mari d’Alice, découvre la manœuvre et décide lui aussi de le piéger.
Falstaff, dandy et séducteur
La mise en scène prend des libertés avec l’œuvre originale. David Hermann lit les agissements de Falstaff non comme de simples facéties de vieil homme, mais comme une satire de la masculinité toxique. Le personnage, au comportement prédateur et narcissique, n’est plus un vieillard bedonnant mais un dandy séducteur – un pari audacieux, alors que le livret décrit toujours un homme ventripotent. « On a voulu prendre le contre-pied du livret original : faire un Falstaff un peu plus Don Giovanni. Il fallait qu’il provoque vraiment quelque chose chez ces dames », souligne Jean-Philippe Guilois.
Des décors modernes et contrastés
L’auberge disparaît au profit d’un kebab installé au pied de barres HLM, tandis qu’un autre décor nous transporte dans une villa de luxe, avec bibliothèque, piscine et Porsche bien garée. Cette opposition met en scène la chute sociale du personnage et sa capacité à naviguer entre deux mondes. Le recours au mapping sur des façades blanchâtres révèle les tourments intérieurs de Ford : sa jalousie, loin d’un simple ressort comique, devient une force destructrice. De son côté, son épouse s’amuse autant à piéger Falstaff qu’à s’offrir une sensualité absente de son propre mariage. Dans le dernier acte, les déguisements libèrent les instincts, entre pardon et punition, et moquent l’ordre établi. Tout est farce, on vous dit.
Mercredi 7 et 8 janvier à 20 h, dimanche 11 janvier à 17 h et mardi 13 janvier à 19 h. Opéra Comédie, Montpellier. Tarif : 29 à 83 €.