Le 5 août dernier, le ministère américain de la Santé et des Services sociaux (Department of Health and Human Services) annonçait des coupes drastiques (500 millions de dollars) dans les financements de recherches sur les vaccins à ARNm.
Raison invoquée : « Les données disponibles montrent que ces vaccins ne protègent pas efficacement contre les infections des voies respiratoires supérieures telles que la Covid et la grippe (sic) » – justification soit dit en passant en totale contradiction avec les données actuelles qui montrent que ces vaccins ont permis d’éviter des millions de décès pendant la pandémie.
Un traitement particulièrement prometteur contre le cancer
Problème : la technologie à ARNm fait l’objet de nombreuses recherches qui vont bien au-delà des maladies infectieuses comme la Covid-19. Plusieurs essais cliniques ont en effet montré que les vaccins à ARNm pourraient bénéficier grandement à la lutte contre le cancer. C’est le cas notamment du cancer du poumon, de celui de la peau, du pancréas ou de l’estomac pour lesquels des études ont montré que l’utilisation de l’ARNm améliorait significativement la survie et diminuait les récidives.
L’action des vaccins à ARN consiste à aider le système immunitaire à reconnaître précisément certaines protéines portées par les cellules cancéreuses et à lui permettre de procéder à la destruction de ces dernières. Il s’agit donc d’un traitement ciblé qui n’endommage pas les cellules saines. Grâce aux connaissances acquises lors de la pandémie, ces vaccins anti-cancer pourraient être créés sur mesure, en fonction du type de cancer touchant un individu, et développés très rapidement.

La technologie à ARNm, une approche très prometteuse pour lutter contre le cancer. © nobeastsofierce, Adobe Stock
Estimer les bénéfices financiers de la technologie à ARNm
Pour répondre à la décision du ministère de la Santé américain, des chercheurs de l’École de santé publique de l’Université de Yale aux États-Unis ont décidé de procéder à l’estimation des avantages que pourraient représenter les vaccins à ARNm contre le cancer.
Ils ont examiné 32 essais cliniques de vaccins à ARNm contre le cancer en cours aux États-Unis. Ils ont ensuite identifié les 11 essais les plus prometteurs, puis ont estimé le nombre d’années de vie supplémentaires qui pourraient être gagnées sur une période de trois ans si ces vaccins tenaient leurs promesses et étaient administrés à toutes les personnes aux États-Unis qui pourraient en bénéficier au cours d’une année donnée.
L’équipe a ensuite calculé la valeur de ces années de vie supplémentaires à l’aide d’une mesure statistique de la valeur d’une année de vie basée sur le montant que les individus seraient prêts à payer pour l’obtenir.
Leurs résultats, actuellement en préprint, montrent que les avantages potentiels des vaccins à ARNm pourraient être colossaux.
Des dizaines de milliers de morts évitées
« Les progrès thérapeutiques démontrés par chacun des essais cliniques de notre analyse pourraient permettre d’éviter près de 50 000 décès, pour une valeur économique de 75 milliards de dollars, expliquent les chercheurs dans leur article. Ces estimations ne représentent qu’une seule cohorte annuelle de patients traités pour leur cancer respectif. »
Si plusieurs cohortes annuelles bénéficiant de traitements contre le cancer avaient été prises en compte dans les calculs et si les avantages avaient été examinés sur une période plus longue, le chiffre serait probablement beaucoup plus élevé.
Les chercheurs avertissent que la réduction des investissements fédéraux dans la technologie des vaccins à ARNm risque de compromettre ces bénéfices.
Cet avertissement suffira-t-il pour convaincre le ministère de la Santé américain de revenir sur sa décision ? Rien n’est moins sûr, à en croire les actions entreprises en dépit de la science depuis l’avènement de Donald Trump. Mais rien n’empêche d’espérer !