Les gynécologues des cliniques privées rejoignent la grève nationale des médecins. À Toulouse, plusieurs maternités redirigeront les accouchements vers l’hôpital public, les praticiens dénonçant le manque de moyens et l’absence de dialogue avec la Sécurité sociale sur la revalorisation des tarifs.
Plusieurs maternités privées toulousaines n’assureront pas les accouchements de leurs patientes ces prochains jours. Les gynécologues obstétriciens et médicaux rejoignent le mouvement de grève nationale lancé en début de semaine par les médecins libéraux pour dénoncer le manque de moyens accordés à la santé et l’absence de dialogue avec l’Assurance maladie sur les tarifs des consultations et des actes médicaux.
Pas d’accouchement entre le 10 et le 14 janvier
À Toulouse, la mobilisation est massive à la clinique Rive Gauche. Les dix-huit gynécologues de l’établissement, obstétriciens et médicaux, ont décidé de cesser le travail à partir de ce samedi et jusqu’au 14 janvier. Une décision lourde de conséquences pour cette maternité majeure de la Ville rose, où naissent près de 3 800 bébés chaque année.
Concrètement, les rendez-vous déjà programmés les 8 et 9 janvier sont maintenus, mais aucun nouveau créneau n’est proposé. Dès le 10 janvier, l’activité sera totalement interrompue, hors urgences vitales. Les patientes ont été informées par mail et via la plateforme de prise de rendez-vous Doctolib. Les femmes arrivant en travail seront, sauf situation critique, redirigées vers le CHU de Purpan.
Pression sur l’hôpital public
« On ne se met pas en grève de gaieté de cœur. On pénalise d’abord nos patientes, et nos confrères du public, mais c’est le seul moyen d’être entendus », explique le Dr Olivier Thiebaugeorges, gynécologue obstétricien à Rive Gauche. Les médecins dénoncent des tarifs « figés depuis des années », incompatibles avec l’inflation et les coûts réels de leur activité.
« Aujourd’hui, une consultation de base est rémunérée 23 euros par la Sécurité sociale, une somme qui doit couvrir le matériel, les locaux, le personnel et les investissements médicaux », détaille le praticien.
Le gynécologue rappelle que « le secteur privé assure aujourd’hui une part importante du service public de santé », une spécificité française. « Si nous augmentons massivement nos honoraires, on bascule vers un privé très cher, réservé à une minorité, comme en Angleterre, par exemple, ce que nous refusons. »
« C’est rassurant d’accoucher avec l’équipe qu’on connaît »
Dans la salle d’attente de la clinique Rive Gauche, alors que se profile cette grève, Lola s’inquiète. Elle est à terme, enceinte de 37 semaines, elle pourrait donc accoucher d’un jour à l’autre, mais cette habitante de Cintegabelle, à 50 kilomètres de Toulouse, espère que ce sera là où elle a été suivie pendant toute sa grossesse. « Je comprends leur mouvement, mais c’est rassurant d’accoucher avec l’équipe qu’on connaît. Je n’ai rien contre l’hôpital public, mais c’est un choix personnel, c’est ici que j’ai donné naissance à mes deux premiers garçons », confie-t-elle.
L’appel à la grève pourrait « être très suivi selon les professionnels », également dans les maternités privées de l’Union et de la Croix du Sud. Le groupe Ramsay Santé assure toutefois que la continuité des soins urgents sera maintenue.
Le mouvement risque de mettre sous forte tension l’hôpital public, déjà fragilisé par les épidémies hivernales. Le CHU de Toulouse a commencé à réorganiser ses services, et un plan blanc n’est pas exclu. De son côté, l’Agence régionale de santé est restée injoignable.