Peu importe que le Groenland ne soit pas à vendre : Donald Trump étudie «activement» la question d’un «achat» de l’île arctique sous tutelle administrative du Danemark, a déclaré ce mercredi 7 janvier lors d’une conférence de presse la porte-parole de la Maison Blanche, confirmant une information du Wall Street Journal et du New York Times. Selon ces médias, le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, a déclaré aux législateurs américains que l’option privilégiée par Trump était d’acheter l’île. «C’est quelque chose dont le président et son équipe de sécurité nationale discutent activement», a affirmé Karoline Leavitt pendant une conférence de presse, en réponse à une question sur une possible acquisition du territoire, affirmant que cette idée n’était pas «nouvelle» pour les Etats-Unis.

Alors qu’elle avait affirmé la veille que Donald Trump envisageait d’«utiliser l’armée», Karoline Leavitt a réitéré ce mercredi ses propos, qui ont provoqué l’indignation en Europe. «Toutes les options sont toujours sur la table pour le président Trump», a-t-elle répondu à un journaliste qui demandait pourquoi la Maison Blanche n’écartait pas une option militaire. «Mais je dirai simplement que le premier choix du président a toujours été la diplomatie», a-t-elle précisé.

«Utiliser l’armée»

Plus tôt dans la journée, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a annoncé qu’il rencontrerait la semaine prochaine des responsables du Danemark, réunion à laquelle participera également le gouvernement groenlandais, a affirmé mercredi la cheffe de la diplomatie de l’île, Vivian Motzfeldt. Devant la presse au Capitole, le secrétaire d’Etat a également réitéré les déclarations de la Maison Blanche la veille, qui avait affirmé que Donald Trump envisageait plusieurs options pour acquérir le Groenland, y compris «utiliser l’armée». «S’il identifie une menace à la sécurité nationale des Etats-Unis, chaque président conserve l’option d’y faire face à travers des moyens militaires», a déclaré le secrétaire d’Etat américain.

Le président républicain de la Chambre américaine des représentants, Mike Johnson, a affirmé mercredi que les Etats-Unis n’envisageaient pas d’utiliser la force militaire pour s’emparer du Groenland, à rebours des déclarations la veille de la Maison Blanche. «Ils étudient les canaux diplomatiques», a assuré le speaker face à la presse. Les déclarations de la veille selon lesquelles Donald Trump étudie plusieurs options, dont militaire, pour acquérir ce territoire semi-autonome du Danemark, ne représentaient que des «propos généraux», a-t-il ajouté.

Pas de quoi rassurer le Groenland et le Danemark, qui ont appelé à des pourparlers rapides avec Marco Rubio, espérant dissiper des «malentendus». Nuuk et Copenhague contestent notamment l’argument de Donald Trump, qui répète que la sécurité du Groenland a été délaissée par Copenhague et que les Etats-Unis ont besoin de ce territoire situé entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique pour assurer leur sécurité face à la Chine et à la Russie.

«La fin de tout»

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a averti que, le Danemark – Groenland compris – étant membre de l’Otan, une attaque américaine contre l’un des membres de l’Alliance signifierait «la fin de tout», notamment de l’ordre de sécurité international établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Mais quel intérêt auraient les Etats-Unis à acquérir le Groenland ? Un accord signé en 1951 avec le Danemark permet déjà un accès militaire privilégié des Etats-Unis à l’île, puisqu’ils peuvent y «construire, installer, entretenir et exploiter» des bases militaires, «héberger du personnel» et «contrôler les atterrissages, les décollages, les mouillages, les amarrages, les mouvements et l’exploitation des navires, des aéronefs et des embarcations».

«Les Etats-Unis ont tellement les mains libres au Groenland qu’ils peuvent pratiquement faire ce qu’ils veulent», a expliqué au New York Times un chercheur du Danish Institute for International Studies, Mikkel Runge Olesen. Interrogée sur le sujet lors de sa conférence de presse, Karoline Leavitt a répondu que l’acquisition permettrait au pays d’avoir «plus de contrôle sur la région arctique», et de gagner en force de dissuasion face à l’influence de la Chine et de la Russie dans la région. «Il y aurait d’autres bénéfices également, dont le Président et son équipe de sécurité nationale discutent actuellement.»

Les intentions américaines suscitent l’inquiétude des alliés européens, qui se préparent à «riposter» à toute forme d’intimidation, selon le ministre français des Affaires étrangères mercredi. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni ont apporté leur soutien à Copenhague. Le vice-chancelier autrichien, Andreas Babler, a exhorté mercredi l’Union européenne à élaborer un «catalogue» de mesures pour dissuader toute tentative américaine d’annexer le Groenland, dont la menace de sanctions «sévères» contre des géants technologiques américains et des droits de douane «punitifs» sur certains produits agricoles.