Vos doigts congelés en témoignent : la neige et le froid recouvrent une partie de la France depuis plusieurs jours. Mais sous ce beau manteau blanc se cachent quelques problèmes logistiques. Ce mercredi matin, plus de 1.600 kilomètres d’embouteillages étaient enregistrés sur les routes de l’Hexagone. Un problème visible notamment en ville. Même la RATP, pourtant rompue à l’exercice, a décidé de suspendre l’exploitation de toutes ses lignes de bus à Paris et en région francilienne, transformées en patinoire, avant de reprendre progressivement dans l’après-midi.

« Ils attendent quoi pour saler les rues de (insérez le nom de la ville de votre choix) ? » peut-on lire sur les réseaux sociaux. Des messages accompagnés de noms d’oiseaux à l’adresse des maires et services techniques des villes touchées par le froid. Ces mêmes administrations tentent de communiquer sur leur action par les mêmes canaux.

Trop de voiries pour tout saler

« C’est parfois difficile de faire comprendre aux administrés qu’on n’a pas priorisé leur rue ou leur itinéraire pour se rendre au travail », souffle, dépité, le directeur de cabinet d’une ville de l’Ouest. Limitées par les moyens, le temps et la circulation, les villes doivent donc faire des choix, tant vis-à-vis des rues qui seront salées que dans l’ordre.

« Sur la métropole, nous avons environ 2.000 kilomètres de route. Il y en a 10 % que nous traitons en viabilité hivernale prioritaire », explique Laurent Chapelle, directeur général adjoint Proximité et Espace Public à Tours Métropole Val de Loire, admettant implicitement qu’il y a forcément des déçus.

Idem à Paris, où la ville a en charge 1.700 kilomètres de voies publiques en plus des 35 kilomètres de périphérique. Antoine Guillou, adjoint d’Anne Hidalgo en charge de la propreté de l’espace public, fait le même constat : « Nous salons 700 kilomètres de voies prioritaires depuis vendredi, sur lesquelles il faut repasser régulièrement. Alors bien sûr, ça veut dire qu’il y a des voies plutôt secondaires sur lesquelles le salage n’est pas aussi fréquent. Et potentiellement, s’il y a vraiment très peu de fréquentation, il n’y a pas de salage. »

Les axes les plus fréquentés priorisés

Pour choisir les voies prioritaires, un élément fondamental est pris en compte. « Ce sont les moyens humains et matériels qui définissent d’abord notre capacité de salage », explique Laurent Chapelle.

Ensuite vient « la hiérarchisation du réseau ». « Nous avons un réseau prioritaire 1 et un réseau prioritaire 2 définis sur deux critères : la fréquentation habituelle de ces voies et la notion de circuit. C’est pour cela que certaines petites voies vont être salées : elles permettent de joindre les différentes “grandes voies” afin de fluidifier au maximum la circulation », ajoute le Tourangeau.

Une fois le réseau prioritaire 1 salé (les grandes voies) puis le réseau prioritaire 2 (les jonctions), viennent les rues « ordinaires ». « Mais on a une dose maximale de sel par camion et il faut quatre heures pour faire deux tours du circuit. En principe, on part à 4 heures du matin pour que celui-ci soit terminé à 8 heures, heure de pointe. Ensuite ces équipes sont relayées par d’autres qui continuent sur les voies ordinaires en fonction des capacités qu’il reste. »

À Paris, le principe reste le même, mais avec une configuration et des moyens différents. Là aussi, ce sont les axes les plus fréquentés qui sont priorisés, que soit pour la voiture, les véhicules motorisés, les bus mais aussi les vélos. « Par chance, les voies les plus empruntées par les vélos sont souvent les grands axes », commente Antoine Guillou.

À Paris, penser aux buttes et ponts

Outre le périphérique et les Maréchaux, la mairie concentre aussi ses efforts sur « les points les plus froids de la capitale » : ceux qui ont une altitude plus élevée et qui vont donc geler plus vite (la Butte Montmartre, Belleville, la Butte aux Cailles…). Mais également… les ponts. « Ce sont souvent de forts axes de circulation qui sont plus froids que le reste de la voirie, étant au-dessus de la Seine », commente l’adjoint à la maire de Paris.

Et les autres rues ? « Qui dit priorisation dit qu’il faut repasser plusieurs fois sur ces voies. Surtout avec un épisode aussi froid et aussi long. Donc même avec une trentaine de saleuses qui tournent en permanence jour et nuit, il est difficile de passer partout. »

« On ne va pas s’équiper comme Montréal »

D’autant qu’une partie du sel est réservée aux pistes cyclables, salées par les machines habituellement dédiées au nettoyage des trottoirs et modifiées pour l’occasion et surtout aux grands axes… piétons. « Là par définition, ce sont des agents à pied qui le font depuis plusieurs jours. Ils visent les endroits qui sont les plus stratégiques comme les entrées et sorties de métro, des escaliers, les lieux où se tiennent les marchés. »

Pour les trottoirs, justement, toutes les municipalités rappellent qu’il en va de la responsabilité des immeubles et commerces de les saler et de les déneiger. « Tout le monde nous demande toujours d’en faire plus. Mais des épisodes aussi froids n’arrivent que tous les huit ou dix ans, et ça dure 3 ou 4 jours maximum. On ne va pas s’équiper comme Montréal qui a six mois de neige par an ! Notre dispositif coûte déjà extrêmement cher, on ne va pas se ruiner pour cela. Tout le monde doit prendre sur soi. Après tout, c’est l’hiver. »