Donald Trump a visé large pour son énième charge contre le multilatéralisme et ses valeurs. Le décret qu’il a signé mercredi ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont environ une moitié liées à l’Organisation des Nations unies (ONU). Le secrétaire d’État américain (l’équivalent de notre ministre des affaires étrangères), Marco Rubio, a accusé les organisations visées de promouvoir une «idéologie progressiste», dénonçant notamment «les campagnes pour l’égalité de genre et l’orthodoxie climatique».
Parmi les retraits les plus marquants figure celui de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC), traité fondateur de tous les autres accords climatiques internationaux, conclu en 1992 lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro (Brésil). C’est aussi celui qui sous-tend l’organisation annuelle des conférences mondiales sur le climat : les fameuses COP. C’est la première fois qu’un pays décide d’en sortir.
«Il est illégal de sortir d’un traité qui requiert un vote des deux tiers du Sénat»
Lors de son premier mandat, Donald Trump avait uniquement quitté l’Accord de Paris, scellé en 2015, mais pas la CNUCC, permettant aux États-Unis de continuer à participer aux COP. «Sortir de la CNUCC est radicalement différent», estime Jean Su, avocate pour le Centre de la diversité biologique. «Nous estimons qu’il est illégal pour le président de sortir unilatéralement d’un traité qui requiert un vote des deux tiers du Sénat», a-t-elle indiqué à l’Agence France-Presse, évoquant des «options légales» pour le prouver.

«C’est une nouvelle blessure que les États-Unis s’infligent eux-mêmes sur la scène mondiale», a réagi John Kerry, ex-secrétaire d’État des États-Unis et ancien envoyé spécial pour le climat. «Le recul fédéral est, espérons-le, temporaire. Et je partage l’avis de juristes spécialistes des traités, selon lesquels les États-Unis pourraient réadhérer de manière relativement fluide à la CCNUCC», a indiqué de son côté Sue Biniaz, ancienne principale adjointe de l’envoyé spécial pour le climat au département d’État américain (jusqu’au 17 janvier 2025).
Le décret ordonne également le retrait des États-Unis du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), la référence en matière de science climatique, ainsi que d’autres organisations liées à la protection de la planète, comme l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ou encore ONU-Eau.
OMS, Unesco… Trump ne s’en prend pas qu’au climat
Le climat n’est pas la seule cible de l’administration Trump, qui s’en prend à d’autres principes défendus par les Objectifs de développement durable de l’ONU, destinés à améliorer l’avenir de l’humanité, comme l’égalité femme-homme. Le décret publié mercredi exige ainsi la sortie des États-Unis du Fonds des Nations unies pour la population, spécialisé dans la santé de la mère et de l’enfant, et d’ONU-Femmes.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump met en œuvre sa vision de «l’Amérique d’abord». Il a déjà décidé de retirer de nouveau les États-Unis de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Il a en outre claqué la porte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il a aussi largement coupé l’aide américaine à l’étranger, amputant les budgets de nombreuses agences onusiennes, forcées de réduire leurs activités sur le terrain, comme le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) ou le Programme alimentaire mondial. Plus généralement, il a lancé des attaques contre l’ONU, selon lui «très loin de réaliser son potentiel».