Donald Trump a récemment affirmé avoir contraint Emmanuel Macron à augmenter les prix des médicaments en Europe afin de permettre, par ricochet, une baisse des prix pour les consommateurs américains.
Mais il n’y a pas eu depuis en France d’annonce ou de décision présidentielle concernant le prix des médicaments, contrairement à ce que suggère le locataire de la Maison Blanche.
En quoi augmenter les prix en Europe va faire baisser la facture des Américains ?
Contrairement à ce que laisse entendre Donald Trump, les marchés du médicament ne fonctionnent pas comme des vases communicants. Ils sont au contraire profondément segmentés, structurés par des règles nationales spécifiques, sans transmission automatique des prix d’un pays à l’autre.
Aux États-Unis, le prix réel des médicaments dépend largement d’acteurs privés peu connus du grand public : les Pharmacy Benefit Managers (PBM). Ces intermédiaires puissants négocient les conditions d’accès aux médicaments entre laboratoires, assureurs et pharmacies. Leur fonctionnement repose sur des mécanismes complexes et opaques : ils obtiennent des rabais importants de la part des laboratoires, sans que ces réductions se traduisent nécessairement par une baisse du prix catalogue. Résultat : les patients américains continuent de payer des prix élevés, tandis que les marges se concentrent au niveau des intermédiaires.
À l’inverse, les pays européens disposent d’un arsenal juridique et institutionnel robuste pour encadrer les prix des médicaments. Chaque nouveau traitement fait l’objet d’une évaluation approfondie de son efficacité médicale et de son intérêt thérapeutique. Si le prix demandé par le laboratoire est jugé excessif au regard du bénéfice apporté, l’État peut refuser son remboursement ou exiger une renégociation à la baisse. Les gouvernements peuvent également imposer des prix plafonds, limitant ainsi les dérives tarifaires.
Par ailleurs, les systèmes de santé publics européens sont soumis à des contraintes budgétaires strictes. Ces limites obligent les autorités à arbitrer et à réguler fortement les dépenses, ce qui renforce leur pouvoir de négociation face aux industriels pharmaceutiques. Dans ce contexte, une hausse généralisée et forcée des prix en Europe serait non seulement politiquement sensible, mais aussi structurellement difficile à imposer.
La conclusion s’impose d’elle-même. En Europe, ce sont les États, la loi et l’intérêt collectif qui déterminent le prix des médicaments. Aux États-Unis, ce sont les logiques du marché privé et des intermédiaires qui dominent. Prétendre que l’un peut corriger mécaniquement les excès de l’autre relève davantage du discours politique que de la réalité économique.
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