Par

Laurent Fortin

Publié le

8 janv. 2026 à 8h46

Le dimanche 5 octobre 2025, un automobiliste de 36 ans avait « zigzagué », roulé « à vive allure » et pris des ronds-points « à contresens » dans l’agglomération nantaise : deux gendarmes « en véhicule sérigraphié » l’avaient pris en chasse « après l’avoir vu franchir une ligne blanche continue ». Des faits relatés par la présidente du tribunal correctionnel de Nantes en début d’audience au palais de justice de Nantes. Il avait alors terminé sa course dans « une clôture » et s’était « immobilisé contre un bloc EDF » dans une impasse d’un « quartier résidentiel », le lotissement des Azalées à La Chapelle-sur-Erdre.

L’un des deux gendarmes lancés à sa poursuite avait alors ouvert la portière de la Peugeot 308 du prévenu… mais ce dernier avait engagé, juste après une marche arrière, « pour se dégager de la clôture », renversant le militaire de 32 ans au passage. La seconde gendarme avait alors tiré à deux reprises en direction de « la roue arrière droite » du véhicule du prévenu mais sans le toucher. Il était ainsi parvenu à s’enfuir en passant juste à côté du gendarme toujours au sol.

Hébergée chez une amie

La gendarmerie avait alors très vite identifié la propriétaire de la Peugeot 308, une habitante du centre-bourg à Haute-Goulaine : elle était la nouvelle compagne de ce « conducteur de chargeuse » et « mécanicien poids lourds » et elle l’hébergeait depuis sa sortie de prison, en mars 2025, après « dix-sept mois » de détention. Elle leur avait d’ailleurs « fait signe » quand les gendarmes s’approchaient de son domicile : elle leur avait tout de suite expliqué qu’il lui avait pris sa voiture « sans son accord ».

Les militaires dépêchés à Haute-Goulaine avaient alors retrouvé « une bouteille de bière 1664 » dans l’habitacle de la Peugeot 308 et « quatre capsules dans les poches » de l’accusé. Un couteau « particulièrement incisif » avait aussi été retrouvé lors de sa fouille, a relevé la présidente du tribunal correctionnel de Nantes à la lecture des pièces du dossier.

La petite amie avait, par la suite, raconté que le prévenu était parti de chez elle « à 5 h du matin » le jour-même, quand elle dormait encore, pour emmener ses deux fils jumeaux de 10 ans, qu’il avait en garde pour le week-end, chez leur mère à La Chapelle-sur-Erdre. À son retour à Haute-Goulaine dans la soirée, son compagnon s’était « garé à sa place habituelle » sur le parking de la rue des Epinettes mais la voiture faisait alors « un bruit énorme de frottement ». Surtout, le prévenu était « défoncé de la vie », avec « les yeux tout rouges » et en « sentant l’alcool ».

Il était néanmoins rentré « très calmement », « le plus calmement possible », dans la maison selon le témoignage de la sœur de sa copine qui était alors présente.

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J’ai fait un délit de fuite et j’ai tamponné un gendarme.

Le prévenu à la sœur de sa petite amie

« Si ma collègue n’avait pas fait feu… »

La suite des investigations avait permis d’établir que l’automobiliste avait en fait demandé à son ex-compagne de récupérer leurs deux fils pour qu’elle les ramène ensuite chez son père à Nort-sur-Erdre. Mais, une fois à La Chapelle-sur-Erdre, il avait « consommé de la cocaïne » et s’était « alcoolisé » avec « le nouveau compagnon » de la mère des jumeaux et de sa fille aînée de 12 ans… Il avait d’ailleurs encore 1,8 gramme d’alcool par litre de sang quand les gendarmes l’avaient contrôlé à 20 h 37 le dimanche soir.

Son ex-compagne lui avait pourtant « proposé de dormir » mais il avait préféré reprendre le volant bien que son permis de conduire ait été annulé depuis qu’il avait commis plusieurs « excès de vitesse » et un « usage de téléphone au volant ».

Vous imaginez si vous aviez eu un accident avec vos enfants ? Les conséquences auraient pu être dramatiques.

La présidente du tribunal correctionnel

Un de ses assesseurs était tout aussi étonné :

Donc, à 5 h du matin, cocaïné et sans permis, on embarque les petits. Ça ne vous pose pas de problème ? C’est clairement une mise en danger de la vie de vos enfants.

Le gendarme qui s’est retrouvé au sol, ce jour-là, a aussi témoigné :

Il est passé à une trentaine de centimètres de mes pieds… Si ma collègue n’avait pas fait feu, je me retrouvais sous ses roues : il a changé de trajectoire après les tirs.

L’enquête, d’ailleurs ouverte pour « tentative d’homicide », avait finalement été réorientée en « violences volontaires avec arme ».

Accusé aussi de violences conjugales

Au passage, il a été condamné début décembre 2025 pour le « vol » de la voiture de sa nouvelle compagne à Haute-Goulaine. Cette dernière a révélé au passage aux gendarmes avoir été victime de « violences physiques » de sa part et une « procédure incidente » a été ouverte pour cela, a fait savoir la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.

Cette mère célibataire de cinq enfants qui vit à la campagne s’est retrouvée en difficulté.

L’avocate de la nouvelle amie du prévenu pour étayer sa constitution de partie civile.

La procureure de la République avait dans ces conditions réclamé cinq ans d’emprisonnement pour le prévenu, des réquisitions « qu’on ne voit pas tous les jours » en comparution immédiate, avait d’ailleurs relevé l’avocat de l’automobiliste.

S’il vous plaît, n’oubliez pas cet objectif de prévention de la récidive qui nous anime tous.

L’avocat de la défense en direction des juges avant qu’ils ne partent délibérer.

Il leur avait fait une « proposition » de « quatre ans d’emprisonnement dont un avec sursis probatoire », ce qui était déjà une « peine conséquente » à ses yeux.

Cet homme a également vu trois mois de prison avec sursis révoqués après ces « violences avec arme » par destination ; ils avaient été initialement prononcés avec sursis le 23 février 2022, lors de l’une de ses 28 précédentes « mentions » à son casier judiciaire.

Outre ses 30 mois d’emprisonnement et son maintien en détention, le prévenu a été déclaré inéligible pendant cinq ans et sera interdit de détenir une arme pendant la même période. L’automobiliste sera également « interdit » de solliciter le permis de conduire pendant les trois prochaines années.

Sur le plan civil, il devra verser 2 000 € au gendarme qu’il a failli écraser, 1 000 € à sa collègue qui avait tiré et 1 080 € de frais de justice. Il devra aussi verser 1 500 € à sa compagne de Haute-Goulaine pour son « préjudice moral » et 500 € supplémentaires de frais de justice. Enfin, il devra payer près de 600 € aux copropriétaires du lotissement de La Chapelle-sur-Erdre pour avoir détruit le panneau de leur rue.

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