Lorsqu’un médecin légiste chinois a examiné une femme tuée par balles, il a réalisé une découverte à laquelle il ne s’attendait pas: le corps de la victime contenait des cellules génétiquement distinctes, comme si elles provenaient de deux individus différents. Plus précisément, la défunte non identifiée présentait des proportions variables de cellules mâles et femelles dans différents tissus.

New Scientist, qui s’intéresse à ce cas d’une grande rareté, a interrogé des biologistes pour tenter de mieux comprendre. Selon eux, l’explication la plus probable est qu’elle s’est développée à partir d’un seul ovule fécondé par deux spermatozoïdes, l’un porteur d’un chromosome X et l’autre d’un chromosome Y. «Il s’agit d’un cas fascinant, mais pas totalement inédit», spécifie David Haig, biologiste de l’Université de Harvard.

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Deux spermatozoïdes pour un ovule

Connue sous le nom de chimérisme, cette condition particulière s’accompagne parfois de signes visibles, comme chez la chanteuse Taylor Muhl, qui s’emploie à sensibiliser le public à la question. Sur son compte Instagram, elle montre par exemple qu’elle possède deux carnations différentes, dues à des cellules d’origines distinctes.

Cette affection ne peut être révélée que par l’intermédiaire de tests génétiques. Ce fut le cas pour la victime de meurtre, dont le sang a été prélevé sur la scène de crime afin d’être analysé. Les résultats ont montré la présence d’un chromosome Y dans son matériel génétique, ce qui a nécessité des examens complémentaires. Ceux-ci ont révélé des proportions variables de cellules féminines (XX) et masculines (XY) dans tout son organisme.

Étonnamment, la répartition entre les deux types de cellules n’était pas la même dans toutes les parties du corps. Par exemple, dans un échantillon de cheveux, la plupart des cellules étaient XY, tandis que le rein contenait un mélange équilibré. Les seize autres tissus testés étaient majoritairement XX, dans des proportions variables.

Dans la plupart des cas connus de chimérisme XX/XY, les personnes concernées présentaient des caractères sexuels ambigus, mais dans ce cas précis, l’anatomie de la femme ne laissait rien présager de sa condition. Elle avait même un fils biologique. Il est probable qu’elle ignorait être atteinte de chimérisme.

Selon Michael Gabbett, de l’Université technologique Queensland à Brisbane, en Australie, ce cas de chimérisme est né de la fécondation d’un ovule par deux spermatozoïdes. L’hypothèse selon laquelle c’est ce phénomène, connu sous le nom de chimérisme trigamétique (car il implique trois gamètes), est également privilégiée par David Haig.