C’est un vieux dossier qui revient hanter la commune de Bihorel, près de Rouen à quelques mois des élections municipales. En 1872, l’Abbé Flavigny léguait en effet à la commune (alors encore celle de Bois-Guillaume puisque Bihorel ne fut fondée qu’en 1892) un terrain de 8 000 m2 et une maison en brique et silex à quelques mètres de l’église.
La condition : maintenir l’école Notre-Dame des Anges et créer un presbytère. Aujourd’hui, l’établissement scolaire est séparé de l’ensemble et le logement du curé est devenu propriété de la commune en vertu de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.
Mais, avec le temps, le maire actuel, Pascal Houbron, a considéré que « la bâtisse avait mal vieilli, n’était plus aux normes et n’avait pas de véritable intérêt architectural, une vulgaire maison du XIXe siècle ». Dès 2019, il a donc pris langue avec le curé et le diocèse afin de céder la parcelle à un promoteur immobilier.
Immédiatement, riverains, élus d’opposition et l’équipe paroissiale ont exprimé leurs réticences, en tout cas émis le vœu de participer directement à la concertation afin de conserver sur place des activités religieuses et humanistes, notamment le presbytère.
Parallèlement, plusieurs promoteurs ont répondu à l’appel et, faisant la sourde oreille, la Ville a choisi la version de Kauffmann & Broad. Regroupés au sein de l’association Au cœur de Bihorel, près de 200 membres ont alors porté le dossier au tribunal administratif et aussi civil « qui ont gelé la délibération du Conseil Municipal, le cahier des charges et le choix du promoteur ».
Un projet concret pour une future municipalité
Alors que se profilent les élections municipales de mars, le statu quo est total. Mais l’association bihorellaise a bien l’intention de remettre le dossier sur le tapis. « Nous anticipons un changement de majorité. Une nouvelle équipe à la tête de la ville devra se poser la question. Et comme nous ne voulons pas que ce soit à partir de rien des gens travaillent sur ce dossier depuis trois ou quatre ans et nous avons fait appel à un architecte-urbaniste, avec l’idée d’être dans le concret, tout en conservant l’ancien presbytère », a déclaré Martine Laconde, la vice-présidente d’Au Cœur de Bihorel lors d’une réunion, le lundi 1er décembre, de présentation d’un projet imaginé par l’architecte rouennais Laurent Protois.
Le bureau de l’association a d’abord expliqué qu’il avait récolté assez de dons pour financer les services « d’un architecte urbaniste, enseignant à l’école nationale de Rouen et du Havre qui bénéficie d’une vraie expérience sur la réhabilitation de l’ancien. Il nous a fait un devis en deux phases. Nous présentons donc la première. Celle de la faisabilité en termes de m2 et d’usages sur un ensemble sur 1 338 m2 ».
Devant 80 personnes, Laurent Protois a démontré qu’il était possible de proposer onze logements sur la parcelle, « dont quatre dans le presbytère (deux T1, un T2 et un T3) au rez-de-chaussée et dans les combles aménageables. Le 1er étage serait maintenu en partie pour les activités paroissiales et le presbytère avec une extension qui viendrait au niveau de la rue afin que ce soit plus visible et accessible ».
« Nous n’avons pas le sentiment d’avoir été écoutés »
Les autres logements se répartiraient dans une ancienne remise et une nouvelle construction le long de la rue de la Libération. Question stationnement, des places seraient prévues à l’arrière du presbytère et en sous-sol : « Sur le terrain, l’architecte prévoit de faire tomber la salle des années 1980 pour intégrer des espaces multifonctionnels sur 170 m2 au sol et 110 m2 en étage, des potagers partagés, une serre d’agriculture urbaine et des jardins attribués », précise l’association.
« L’architecte a lancé pas mal d’idées, mais on ne peut pas encore dire ce qui pourrait être repris. L’intérêt est vraiment d’ouvrir le champ des possibles. Proposer un projet différent de la majorité des promoteurs immobiliers. Cela a très bien été compris par le public. Les gens ont été scotchés par la présentation d’un vrai professionnel », assure Martine Laconde.
Pour l’heure, la municipalité est toujours seule décisionnaire, « mais nous plaidons toujours pour une vision alternative et innovante. Là, on se rend compte que la parcelle peut intégrer les valeurs que nous prônons. Celles de la paroisse et des diversités. Nous voulons aussi parler de gouvernance, car ces dernières années, nous avons souffert d’un manque d’écoute, même si le maire dit encore et toujours qu’il n’a jamais autant consulté sur un projet. Oui, il nous a reçus plusieurs fois, mais nous n’avons pas le sentiment d’avoir été entendus. Nous souhaitons donc que l’on tienne compte un peu de ce que veulent les adhérents, les riverains et les Bihorellais plus globalement », a poursuivi la vice-présidente de l’association.
Au cœur de Bihorel compte sur la campagne électorale pour implanter ses idées, « grâce à un dossier solide qui va nous permettre de rencontrer toutes les listes qui se présentent aux municipales, peu importent leurs tendances politiques. Nous poserons les questions : que ferez-vous si vous êtes élus demain ? Est-ce qu’on se met autour d’une table et pouvons-nous travailler ensemble ? Nous allons voir comment ils vont réagir. Nous voulons en tout cas que l’avenir du presbytère soit dans leurs programmes. Ce peut être un engagement emblématique d’une nouvelle façon de travailler sur Bihorel. C’est notre volonté ! Après, pour la seconde phase, tout va dépendre de nos finances. Il faudra une analyse plus précise qui va demander un peu plus de temps ».