Publié le
7 janv. 2026 à 11h33
Il y a des entrepreneurs qui naviguent à vue, d’autres qui suivent des plans millimétrés. Benjamin Tastu-Casadio, lui, avance avec une boussole bien particulière : l’envie. À la tête d’ABC Immobilier d’entreprise depuis huit ans maintenant, cet autodidacte revendique une liberté d’esprit qui détonne dans le monde parfois très codifié de l’immobilier professionnel. Dans un secteur secoué par les turbulences économiques, les variations des taux bancaires et les incertitudes diverses et variées, il maintient le cap avec un optimisme qu’il assume pleinement, presque comme une provocation. « Qui veut peut, qui peut doit », martèle-t-il en guise de devise. Derrière cette formule, une philosophie de vie autant qu’une stratégie d’entreprise : croire en la force de la volonté, miser sur les talents, cultiver l’humain. Quatorze collaborateurs aujourd’hui, une entreprise familiale en pleine croissance et des ambitions qui regardent du côté de Nîmes… Rencontre avec un chef d’entreprise qui refuse de subir et choisit, en toutes circonstances, de construire. Même – et surtout – quand la conjoncture inviterait à l’immobilisme.
Interview
Huit ans déjà pour ABC Immobilier d’entreprise. Comment résumeriez-vous ce chemin parcouru ?
Huit ans, oui, en tant que chef d’entreprise. Mais vingt ans de métier au compteur, déjà, en réalité ! Je pense que la première chose à rappeler, au moment de regarder dans le rétroviseur, c’est qu’ABC Immobilier d’entreprise, c’est avant tout une histoire de famille. C’est littéralement le A d’Andréa (son fils, NDLR.), le B de Benjamin et le C de Caroline, mon ex-compagne. Mais c’est aussi le A de locaux d’activité, le B de bureaux et le C de commerces. Cette double lecture n’est pas un hasard. Elle reflète notre ADN : une entreprise familiale qui s’est totalement construite autour de l’humain et qui s’est spécialisée dans l’immobilier d’entreprise avec une vraie expertise sur chaque segment qui le constitue, des bureaux aux entrepôts en passant par les locaux commerciaux. Aujourd’hui, nous sommes quatorze collaborateurs, et je prends un plaisir immense à les voir grandir, à les voir développer leurs talents. C’est ça aussi, la réussite d’une entreprise, je pense : voir les gens s’épanouir.
Le contexte économique actuel n’est pas simple pour l’immobilier. Comment vivez-vous cette période ?
On ne va pas se mentir, la période n’est pas facile. Mais nous évoluons, par nature, dans un secteur instable, soumis aux aléas des taux bancaires, de la politique générale comme des politiques locales, de l’économie… Alors bon, une fois qu’on s’est dit ça, on fait quoi ? Je ne suis pas de nature à me lamenter. Je suis d’ailleurs un éternel optimiste. Cela signifie que j’essaie de tirer le positif de toute chose, en toutes circonstances. Et vingt ans de métier m’auront appris que j’ai raison de raisonner ainsi. Les crises, j’en ai connu plusieurs. Elles passent. Ce qui reste, c’est la manière dont on les traverse, les décisions qu’on prend, la façon dont on se positionne. L’immobilier d’entreprise est un marathon, pas un sprint. Il faut savoir prendre du recul, observer, anticiper.
« Je ne suis pas de nature à me lamenter. Je suis d’ailleurs un éternel optimiste. Cela signifie que j’essaie de tirer le positif de toute chose, en toutes circonstances. Et vingt ans de métier m’auront appris que j’ai raison de raisonner ainsi »
Vous parlez de recul. Vous avez traversé une période personnelle difficile ces derniers temps. Comment cela a-t-il influencé votre façon de diriger l’entreprise ?
Je vais être sans filtre. Je me suis séparé, il y a dix-huit mois, de Caroline, qui n’est autre que la mère de mon fils. Le fameux « C » dans « ABC ». Mais elle est toujours à mes côtés dans cette aventure professionnelle, et on avance ensemble, en bonne intelligence. Caroline développe même plus spécifiquement la ligne de produits bureaux. Et elle le fait, je tiens à le souligner, avec beaucoup de talent. Maintenant, pour achever de répondre à votre question, je dirai que cette période, je l’ai traversée à ma manière, en prenant beaucoup de recul sur les choses, en observant, en me remettant en question… Aussi en me consacrant davantage, sur la partie professionnelle, à la gestion et à la prospective qu’à l’ « opérationnel pur ». J’ai pris du recul, on m’a moins entendu, moins vu au bureau. Mais cela a été salvateur, finalement. Cela m’a permis de donner la place aux talents qui travaillent chez moi. Les équipes sont devenues encore plus autonomes, plus libres. Et moi aussi, je me sens plus libre finalement. Je revendique un côté un peu fou, un peu hors circuit, une générosité un peu débordante. Mais c’est ce qui me définit moi, Benjamin Tastu-Casadio. Et c’est comme ça, on me pardonne parce que tout ce que je fais, je le fais dans l’intérêt commun : celui des clients – dont nous sommes devenus de vrais partenaires conseils dans la durée- et celui de mes collaborateurs, bien entendu.
« Je revendique un côté un peu fou, un peu hors circuit, une générosité un peu débordante. Mais c’est ce qui me définit moi, Benjamin Tastu-Casadio. Et c’est comme ça, on me pardonne parce que tout ce que je fais, je le fais dans l’intérêt commun »
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Vous vous définissez comme un « artisan ». Qu’est-ce que cela peut vouloir signifier dans votre métier ?
Je précise que je réponds de la sorte pour souligner que je suis un autodidacte. Je n’ai pas fait d’école de commerce, pas de cursus classique. J’ai appris – et tiré les plus belles leçons de vie – sur le terrain. Et je reste un artisan parce que j’aime le contact avec les gens, le terrain, toutes les étapes qui font ce métier. C’est un travail de proximité, de contact, d’écoute.

« Ce métier est magique, il ne s’arrête jamais » ©Mario Sinistaj
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Au sein d’ABC Immobilier d’entreprise, je me dédie en particulier aux locaux d’activités et aux entrepôts. On ne vend pas ce type de biens immobiliers comme on vendrait un produit standardisé. Chaque transaction est unique, chaque client a des besoins spécifiques, des projets d’entreprise différents. Il faut comprendre, accompagner, conseiller… C’est ça, être un artisan : ne jamais perdre le contact avec la réalité du métier, avec les gens. D’ailleurs, je m’excuse auprès de celles et ceux que je tarde à rappeler, mais le téléphone ne cesse jamais de sonner ! Ce métier est magique, il ne s’arrête jamais. Surtout quand, comme moi, on veut le vivre bien, le vivre à fond.
« Il ne faut jamais perdre le contact avec la réalité du métier, avec les gens »
Vous parlez de votre équipe avec beaucoup d’affection. Quelle est votre philosophie managériale ?
J’aime les gens et ils me le rendent bien. C’est aussi simple que cela. Ma philosophie, c’est la confiance et l’autonomie. Je ne crois pas au management vertical, autoritaire. Je crois aux talents, à l’envie, à la liberté. Mes collaborateurs ont la liberté d’agir, de prendre des initiatives, de se tromper aussi. C’est comme ça qu’on apprend, qu’on progresse. Mon rôle, c’est de donner une vision, une direction, et ensuite de les laisser exprimer leur potentiel. Je ne suis pas là pour tout contrôler. Je suis là pour créer les conditions de la réussite collective. Et ça marche ! Les résultats sont là, l’ambiance est là, la fidélité aussi. Quand les gens se sentent respectés, écoutés, valorisés, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.
Vous avez des ambitions de développement, notamment sur Nîmes.
Oui, j’ai l’ambition depuis plusieurs années de me développer à Nîmes de la même façon que j’ai pu développer ABC Immobilier d’entreprise à Perpignan. Nîmes est une ville dynamique, avec un vrai potentiel économique. Je garde en mémoire que l’offre crée la demande, et que d’une certaine façon, ce sera toujours aussi simple que cela. Je veux donc étoffer la typologie de nos produits, structurer ce territoire-là aussi. Mais cela demande du temps, de l’investissement, de la patience. Il faut connaître le marché, tisser des relations, construire une légitimité. C’est un vrai engagement de vie, ce métier. Alors je vais persévérer dans cette direction avec toujours à l’esprit que quand on propose des produits de qualité, adaptés aux besoins des entreprises, on génère de l’activité.

« L’offre crée la demande et la demande génère l’offre… » ©MS
Vous dites que « l’offre crée la demande ». C’est une vision assez volontariste dans un contexte difficile…
Absolument. Je crois profondément à cette approche. Quand on regarde notre marché, on constate qu’il y a parfois deux cents demandes pour une offre sur certains produits bien spécifiques. Cela signifie qu’il y a un besoin réel, une demande latente. C’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf. L’offre crée la demande et la demande génère l’offre… Les deux affirmations sont fondées. Notre rôle, finalement, c’est de répondre aux besoins des clients et des partenaires.
Et sur les produits « rares » ?
La logique est encore plus marquée sur les produits spécifiques. Avec ceux-là, je peux même dire très clairement que c’est nous qui « choisissons » l’acheteur. On connaît par cœur les volontés du vendeur comme celles de l’acquéreur, on est parfaitement capables de s’assurer que ça matche avec leurs projets respectifs. Le crédo d’ABC Immobilier d’entreprise, c’est d’offrir du conseil et de l’expertise sur-mesure, un accompagnement VRAIMENT personnalisé. On ne fait pas du volume pour faire du volume. On fait de la qualité, de la durabilité.
« On connaît par cœur les volontés du vendeur comme celles de l’acquéreur, on est parfaitement capables de s’assurer que ça matche avec leurs projets respectifs. Le crédo d’ABC Immobilier d’entreprise, c’est d’offrir du conseil et de l’expertise sur-mesure, un accompagnement VRAIMENT personnalisé. On ne fait pas du volume pour faire du volume. On fait de la qualité, de la durabilité »
Comment expliquez-vous cette tension entre l’offre et la demande sur certains produits ?
C’est le reflet d’un marché en mutation. Les entreprises ont des besoins qui évoluent : des espaces plus flexibles, mieux situés, plus modernes, plus écologiques aussi. L’immobilier d’entreprise doit s’adapter à ces nouvelles exigences. Il y a une vraie pénurie, en particulier à la vente, sur certains segments, notamment les locaux d’activités de qualité. Les bâtiments anciens ne correspondent plus toujours aux normes actuelles, et la construction neuve ne suit pas forcément le rythme de la demande. D’où cette tension. C’est là que notre expertise prend tout son sens : on connaît le marché, on connaît les produits, on connaît les acteurs. On est capables de faire le lien, de créer la rencontre.
Vous commercialisez des volumes importants. Quels sont vos chiffres clés ?
Nous commercialisons plus de 60 000 mètres carrés chaque année. Je ne peux pas vous donner de chiffre précis aujourd’hui, mais ce qui compte, c’est la constance, la régularité. On ne cherche pas à faire le coup de l’année. On cherche à construire dans la durée, à fidéliser nos clients, à être là quand ils ont besoin de nous. C’est ça, notre vraie valeur ajoutée : être des partenaires de confiance, sur le long terme. Nos clients reviennent, nous recommandent. C’est le meilleur indicateur de notre réussite.
Vous avez évoqué votre optimisme. Mais concrètement, quelles sont les raisons d’être optimiste dans le contexte actuel ?
Il y en a plusieurs. D’abord, les fondamentaux restent solides. Les entreprises ont besoin de locaux, elles continuent à se développer, à se déplacer, à investir. C’est un besoin structurel qui ne disparaîtra pas. Ensuite, notre région, le sud de la France, reste attractive. Le climat, la qualité de vie, les infrastructures de transport, tout cela joue en notre faveur. Enfin, et c’est peut-être le plus important, nous avons une équipe motivée, compétente, qui a envie. L’envie, c’est la base. Qui veut peut, qui peut doit. C’est ma devise. Avec de l’envie, de la stratégie, les bonnes personnes, on peut s’en sortir, même dans les périodes difficiles. Je crois à la volonté, à la détermination. Je crois qu’on peut déplacer des montagnes quand on a la bonne énergie, la bonne équipe, la bonne vision. Bien sûr, il faut être lucide, réaliste. Il ne s’agit pas d’être naïf. Mais l’optimisme, ce n’est pas de la naïveté. C’est une force. C’est ce qui nous permet de continuer à avancer, à innover, à prendre des risques calculés. C’est ce qui fait la différence entre ceux qui subissent et ceux qui agissent. Nous, on a choisi d’agir.

« J’ai appris à relativiser, à prendre du recul, à ne pas paniquer dans les moments difficiles. » ©MS
Quel regard portez-vous sur les vingt années passées dans ce métier ?
Vingt ans, c’est une belle expérience. J’en ai vu des cycles, des hauts, des bas. J’ai appris à relativiser, à prendre du recul, à ne pas paniquer dans les moments difficiles. J’ai appris aussi que ce métier est avant tout une affaire de relations humaines. On ne réussit pas seul. On réussit avec les autres : les clients, les collaborateurs, les partenaires. C’est un écosystème. Et dans cet écosystème, il faut savoir cultiver la confiance, la bienveillance, l’exigence aussi. Vingt ans, c’est juste le début. J’ai encore plein de projets, plein d’envies.
… Comme ?
Consolider notre position sur Perpignan, par exemple. Développer Nîmes en parallèle, comme je vous l’ai dit. Mais aussi continuer à faire grandir mes équipes, à leur donner les moyens de s’épanouir. Je veux que la société ABC Immobilier d’entreprise soit connue et reconnue comme un acteur incontournable de l’immobilier d’entreprise dans notre région. Pas le plus gros, nécessairement, mais le plus qualitatif, le plus fiable, le plus humain. Je veux qu’on continue à être ce partenaire de confiance, sur le long terme. Et je veux continuer à prendre du plaisir dans ce métier. Parce que sans plaisir, rien n’est possible. Je ne conçois d’ailleurs pas de faire ce travail sans y prendre du plaisir. Ce métier est exigeant, chronophage et parfois stressant. Clairement : si on n’y prend pas de plaisir, on ne tient pas. Le plaisir, c’est ce qui nous fait nous lever le matin avec le sourire, c’est ce qui nous donne l’énergie de répondre au deux centième appel de la journée, c’est ce qui nous permet de rester positif, optimiste.
Même quand tout semble aller mal.
Surtout quand tout semble aller mal.

« Tout est question d’état d’esprit » ©MS
Un mot pour conclure ?
Oui, un message simple : dans ce métier comme dans la vie, tout est question d’état d’esprit. On peut choisir de subir ou alors se battre et construire. Nous, nous avons choisi de construire. Avec de l’envie, de la stratégie, et les bonnes personnes, je crois pouvoir affirmer sans me tromper que tout est possible. La période est comme elle est, on ne peut pas la changer. Mais on peut changer notre façon de l’aborder, de la vivre. C’est ça, l’optimisme réaliste : accepter les contraintes et ne jamais renoncer. C’est aussi simple qu’A, B, C.
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