Pourquoi la capitale bretonne ne s’est-elle pas mise en conformité avec l’interdiction, depuis un an, d’utiliser des contenants en plastique pour réchauffer les plats ? Les élus pointent des difficultés techniques mais assurent abandonner le plastique d’ici trois ans et demi. Un collectif de parents d’élèves juge ce retard excessif, invoquant les risques pour la santé des enfants.
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A demi-mot, Ludovic Brossard, le conseiller municipal en charge de la restauration collective pour la ville de Rennes, reconnait un raté, « on n’a pas été bon ». La Ville, qui ne ménage pas ses efforts pour servir davantage d’aliments bio, dans les 12 500 repas qu’elle prépare chaque jour, reste dépendante du plastique jetable.
Une fois cuits dans la cuisine centrale de la ville, dans le quartier Beauregard, les aliments sont versés, encore chauds, dans des barquettes en plastique blanc, puis recouverts d’un film plastique. Ils sont ensuite placés dans des cellules de refroidissement puis des réfrigérateurs. Après avoir été livrées dans les cantines, deux à trois jours plus tard, ces mêmes barquettes en plastique sont réchauffées avant d’être servies aux écoliers.
Problème : dès 2018, la loi Egalim annonçait que les plats en plastique seraient proscrits après un délai d’adaptation laissé aux collectivités.
« Au plus tard le 1er janvier 2025, il est mis fin à l’utilisation de contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en matière plastique dans les services de restauration collective des établissements scolaires et universitaires, ainsi que des établissements d’accueil des enfants de moins de six ans. »
Ludovic Brossard, le conseiller municipal délégué à l’alimentation durable, souligne les difficultés qui n’ont pas été surmontées. Premier échec : la municipalité a d’abord tenté de continuer à utiliser du jetable, en 2021, en faisant des « tests avec des contenants [en partie] bio sourcés, mais qui contenaient encore du plastique. Un coup d’épée dans l’eau : « l’ANSES nous a dit que ces contenants comportaient [aussi] des risques de transferts de polluants vers les repas. »
La ville se résout alors à chercher des bacs en inox, seule matière, avec le verre, qui peut être chauffée sans risque.
Elle doit, par conséquent, organiser une chaîne de lavage et de retour de ces bacs non jetables, depuis les cantines jusqu’à la cuisine centrale.
Mais d’après l’élu rennais en charge des cantines, la principale embûche a été de se procurer des modèles de bacs en inox moins lourds que ce que les fabricants d’outillage de cuisine proposaient jusqu’alors.
C’est désormais chose faite, de nouveaux bacs en inox, malgré tout plus lourds que ceux en plastique, sont utilisés dans quelques écoles qui expérimentent la fin du plastique jetable.
« On fait cette transition en prenant en compte la santé des enfants et les enjeux environnementaux, mais aussi la santé des agents [de la Ville], qui vont manipuler des bacs inox qui sont 20 fois plus lourds que des bacs plastique », justifie Ludovic Brossard. La Ville s’est engagée à passer au tout inox d’ici 2029, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle cuisine centrale, à Noyal-Châtillon-Sur-Seiche, à côté de Rennes.
Pas de quoi rassurer certains parents d’élèves, réunis dans un collectif : Cantines sans plastique Rennes. Ces Rennais s’inquiètent des risques sanitaires pour leurs enfants. « Une fois chauffées, les barquettes en plastique libèrent des polluants qui migrent dans la nourriture : bisphénols, phtalates, antimoine, microplastiques », liste Alinoë Lavillaureix, mère d’une élève de 9 ans.

Le collectif de parents d’élèves Cantines sans plastique Rennes
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© FTV
En attendant l’ouverture de la nouvelle cuisine centrale, annoncée pour la rentrée 2029, les parents d’élèves réclament la mise en place d’une « liaison chaude », où les grands bacs de nourriture, ceux-là en inox, utilisés dans les fours, sont livrés, encore chauds, dans un délai de deux heures dans les écoles, chaque jour.
Ce délai de deux heures ne peut être tenu, répond la municipalité, qui assure que les choses avancent plus vite que ce qui était initialement envisagé : « à partir de juin cette année, on commence le tout inox dans les centres de loisirs », pointe Ludovic Brossard, « en septembre, dans 7 écoles, et si ce test est concluant, dès qu’on le pourra, on fera la même chose dans la totalité des écoles, j’espère avant 2029. »