Certains talents mettent plus de temps que d’autres à se révéler. Tomás Albornoz, qui a dû attendre ses 27 printemps avant de se faire un vrai nom sur la scène internationale, est clairement de ceux-là.

Longtemps barré en sélection, l’actuel numéro 10 des Pumas (28 ans, 21 sélections) a continué de travailler dans l’ombre pour devenir le joueur qu’il est. Un ouvreur racé et explosif, apte à faire trembler les meilleures défenses de la planète ovale.

Ce caractère de travailleur, l’Argentin l’a forgé au Tucumán rugby club, l’équipe de son cœur et de sa province natale, où il débute dès l’âge de 7 ans. « Mon père a toujours joué au rugby. C’est lui qui m’y a emmené pour la première fois. J’ai donc commencé avec mes amis et mon frère. Rapidement, je me suis mis à passer mes journées au club, à courir après le ballon. C’était le bon temps », se remémore “Tomi”, dit “El Cepillo” (« la brosse à cheveux »).

« Un jour, le coach m’a fait passer deuxième ligne… »

Dans le nord du pays, ce fils d’un père avocat et d’une mère comptable apprend le rugby à la dure : « Jouer là-bas, ce n’était pas facile. Il fallait énormément plaquer. On mettait l’accent sur le contact et le fait d’être physique. […] Un jour, j’avais 14 ou 15 ans, et le coach s’était énervé contre moi. Du coup, il m’a fait passer deuxième ligne en plein match ! Et ce, pendant dix minutes. C’était à la fois horrible et drôle (rires). Il était fou ! »

Le jeune fan du Racing Club (1), lui, était brillant. Logiquement, un destin professionnel commence à se dessiner… Mais il s’avère semé d’embûches. « En 2017, j’avais joué la Coupe du monde U20 avec les Pumitas. Sauf qu’au vu de nos résultats, ça n’avait pas été une très bonne expérience… »

Deux ans plus tard, le gaucher quitte le cocon pour rejoindre les Jaguares, la franchise argentine aujourd’hui disparue, alors engagée en Super Rugby. Une nouvelle occasion de briller… À moins que : « J’ai été extrêmement malchanceux. Je fais la pré-saison, je joue deux matchs… et le Covid arrive. » Retour maison. Ensuite ? Deux rencontres de Súperliga Americana avec l’équipe de Ceibos, basée à Córdoba, et une poignée d’autres avec les Jaguares XV, avant de s’en aller vivre le rêve européen.

Le « processus » argentin

Arrivé à Trévise pour remplacer un certain Paolo Garbisi, Albornoz ne tarde pas à s’y imposer. Mais la sélection argentine, elle, rechigne à le titulariser. Jusqu’à l’été 2024, de simples miettes lui sont accordées. « C’était vraiment dur, concède le natif de San Miguel de Tucumán. J’ai intégré le groupe en 2020 mais, au final, je regardais les matchs de Rugby Championship sans jouer. Quand tu t’entraînes beaucoup, c’est forcément frustrant. Pour le coach, je devais suivre ce processus pour m’améliorer. Avec le recul, je me dis que ça a été un mal pour un bien. Ça a fait celui que je suis aujourd’hui. Désormais, je peux jouer mon meilleur rugby. »

Et, déjà, être à son sommet ? Le petit ouvreur (1,77 m, 85 kg) se marre et lâche dans un sourire : « Non ! Le meilleur reste à venir. » S’il dit vrai, Toulon peut bien se frotter les mains.

1. Club de football de la banlieue de Buenos Aires.

Contepomi, le mentor

Au pied du Faron, l’Argentin Tomás Albornoz a un bel héritage à honorer. Avant lui, plusieurs de ses idoles sont passées par le club frappé du muguet. Juan Martín Fernandez Lobbe, Felipe Contepomi et Juan Martín Hernández l’ont notamment inspiré. Le deuxième cité, actuel sélectionneur des Pumas, a d’ailleurs été un vrai mentor durant sa carrière : « Quand je jouais peu, il m’a soutenu et m’a poussé à toujours plus travailler. Lui savait comment continuer de grandir à l’ouverture. Felipe m’a beaucoup aidé à évoluer dans mon jeu. »

Varois de 2009 à 2011, l’ancien ouvreur et centre lui a également, comme Facundo Isa ou “Corcho” Fernandez Lobbe, recommandé le RCT : « Ils m’ont tous parlé en bien de ce club. Ils m’ont évoqué Mayol, les Toulonnais et l’ambiance. J’ai ressenti cette folie lors de mon premier match. Ils m’ont aussi vendu la ville et la météo (rires). Au final, le fait de les consulter m’a aidé à prendre ma décision. »