Six mois jour pour jour après l’incendie dévastateur qui a ravagé 750 hectares au nord de Marseille, les plaies sont loin d’être refermées à l’Estaque. Face à l’inertie des procédures, les habitants se sont constitués en association le 15 décembre dernier. Mathilde Favier, sa présidente, dénonce au micro de Maritima une « opacité totale » des assurances et soulève des questions troublantes sur l’intervention des secours.
Pour les centaines de sinistrés de l’incendie du 8 juillet, le combat ne fait que commencer, et il est administratif. « On est très frustrés par le temps que mettent les assurances à expertiser les dossiers », explique Mathilde Favier au micro de Cassandre Amouroux.
Le problème est systémique : la multiplicité des acteurs (assurance habitation, voiture, Pennes-Mirabeau, Département, Ville de Marseille) crée un mille-feuille bureaucratique qui paralyse tout.
Le piège des « 12 mois » de relogement
L’inquiétude majeure concerne le calendrier. La plupart des contrats prévoient une prise en charge du relogement pour 12 mois maximum. Or, six mois après le drame, aucun chiffrage n’a été validé.
« Sans chiffrage, on ne peut pas commencer les travaux. Il y a quelque chose de juste incohérent », s’indigne Mathilde Favier.
La conséquence est brutale : certains sinistrés arrivent déjà en fin de droits et doivent payer leur relogement sur leurs fonds propres, alors même que leur maison reste inhabitable. Une « double peine » financière insupportable.
« Pourquoi les pompiers ne sont pas intervenus plus tôt ? »
Au-delà des indemnisations, l’association demande des comptes sur le déroulé des opérations le jour J. Selon les témoignages recueillis, le feu a démarré vers 14h-15h à l’Estaque, mais les secours ne seraient arrivés massivement que vers 18h sur certains secteurs du quartier.
« Il y a eu 3 à 4 heures pendant lesquelles il n’y avait aucun secours, ni terrestre ni aérien », affirme Mathilde Favier.
Pour l’association, ce retard a eu des conséquences lourdes : « Si les pompiers avaient été là plus tôt, beaucoup de dégâts auraient pu être évités ». Les sinistrés réclament désormais des protocoles clairs pour que, à l’avenir, des moyens soient postés en prévention dès les premières alertes sécheresse, comme ce fut le cas lors de l’été 2021 (pas de dégât malgré des conditions similaires).
La crainte de l’été prochain
Alors que l’hiver s’installe, l’angoisse de l’été 2026 monte déjà. « Beaucoup de personnes sont psychologiquement marquées », confie la présidente.
Si son objectif premier reste de « réemménager dans sa maison », l’incertitude pèse. « On espérait rentrer cet été… mais je vois cette échéance reculer », avoue-t-elle avec lassitude.
L’association espère désormais que sa voix pèsera pour accélérer les dossiers et obtenir, enfin, des réponses claires.