Par

Léa Pippinato

Publié le

8 janv. 2026 à 19h41

La question n’a rien d’anecdotique : chaque mois, selon l’Arcom, 2,3 millions de mineurs accèdent à des sites pornographiques. Certains ont à peine dix ans. La loi impose désormais aux plateformes pour adultes de vérifier l’âge de leurs utilisateurs. Le défi reste entier : comment bloquer l’accès aux mineurs sans exposer les données personnelles des adultes ?

À Montpellier, une jeune entreprise avance une réponse inattendue. Needemand a mis au point BorderAge, un outil de vérification d’âge fondé sur le mouvement de la main. Pas de selfie, pas de carte d’identité, pas d’adresse mail : juste quelques gestes devant une caméra.

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Une démonstration en quelques secondes

Dans les locaux de la start-up, le test commence aussitôt. L’écran affiche un pop-up. Deux gestes sont demandés et changent à chaque connexion. Ouvrir la main. Fermer le poing. Lever l’index. Replier le pouce. La manipulation dure moins de dix secondes. Le verdict tombe : « Vous avez plus de 18 ans. » Pour éviter de recommencer à chaque visite, un code PIN à six chiffres est généré. Il sert de preuve temporaire de majorité. « Un seul mouvement de la main suffit. Le second renforce la certitude. Le verdict est fiable à plus de 98 %« , explique Driss Benchakroune, PDG et concepteur de la solution. Il insiste : « C’est à ce jour la seule vérification d’âge sans aucune donnée personnelle. »

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BorderAge ne relève ni de la magie ni du gadget. La technologie s’appuie sur des travaux scientifiques anciens. « Dès les années 1990, des études ont montré un lien direct entre l’âge et certains mouvements de la main », rappelle Driss Benchakroune. La période clé se situe entre 10 et 25 ans. Les variations hormonales modifient le système nerveux et musculaire. Avec l’âge, les gestes changent et deviennent plus économes, moins erratiques. « Plus on vieillit, plus on optimise ses mouvements et sa gestion de l’énergie », résume le dirigeant. Ces micro-variations échappent à l’œil humain. Les algorithmes, eux, les détectent avec précision. BorderAge estime l’âge à quelques mois près sur certaines tranches.

« Dès les années 1990, des études ont montré un lien direct entre l’âge et certains mouvements de la main »

Driss Benchakroune
PDG de l’entreprise Needemand

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La start-up assume sa rupture avec les méthodes classiques. Les selfies et la reconnaissance faciale posent plusieurs problèmes. « Ces outils sont biaisés », tranche Driss Benchakroune. Le teint de la peau, la morphologie ou la génétique influencent les résultats. Un visage juvénile peut tromper l’algorithme. Un autre, plus marqué, peut être recalé à tort. Le risque ne s’arrête pas là. Les bases de données faciales attirent les pirates. « Il suffit aujourd’hui d’une photo pour créer un deepfake. » Les papiers d’identité exposent encore davantage. Avec la main, l’approche change radicalement. La résolution vidéo reste volontairement faible. Aucune empreinte digitale n’apparaît. « Nous ne savons pas qui vous êtes. Si un visage apparaît, l’application s’arrête. »

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La promesse d’anonymat ne repose pas sur des mots. Needemand ne conserve ni image, ni IP, ni information personnelle. Seuls des points de mesure anonymes transitent et les serveurs disposent de capacités de stockage minimales. Ce parti pris éthique guide l’entreprise depuis ses débuts. « Nous refusons les contrats non éthiques. Ce n’est pas du greenwashing. Nous avons toujours fait ce choix, même si cela nous a rendus invisibles », confie-t-il.

BorderAge ne se limite pas aux sites pour adultes. La technologie intéresse l’e-commerce, la vente d’alcool et de tabac, les jeux vidéo ou les plateformes de rencontres. Elle peut aussi servir dans les bars, les boîtes de nuit ou lors de contrôles policiers. Un autre usage suscite l’attention des pouvoirs publics. « Nous discutons avec le gouvernement français pour évaluer l’âge de certains mineurs isolés. » Aujourd’hui, ces jeunes subissent parfois des examens osseux. Les radiographies du fémur restent imprécises et exposent aussi à des rayons X.

Validée à l’international

La solution a déjà franchi les frontières. BorderAge est déployée dans 120 pays. Elle a été testée au Royaume-Uni par un organisme indépendant de référence. L’été dernier, le gouvernement australien a mené une évaluation à grande échelle. Les résultats ont fait du bruit, si bien que le Congrès américain et le Parlement canadien étudient la technologie. Des plateformes majeures l’ont adoptée. Des sites de rencontres pour adultes l’ont déployée ces derniers jours. Sur les réseaux sociaux, des joueurs appellent même certains éditeurs à abandonner le selfie au profit de BorderAge.

Peut-on tricher ? La question revient souvent. Les tests ont été nombreux : gants, résine, papier, scotch, ou encore main robotique. « Ils ont tout essayé », sourit Driss Benchakroune. Sans succès. Utiliser la main d’un tiers reste illégal et les autres tentatives échouent. Père de trois enfants, le PDG revendique une motivation personnelle. « Je veux protéger les mineurs. BorderAge doit être un bouclier. L’IA doit être utile. Elle a des conséquences sur nos vies. Nous refusons d’impacter celles des autres. » Une version 2 est déjà annoncée. Elle ira plus loin dans l’anonymat : La caméra disparaîtra et la fiabilité restera équivalente. « Le 100 % n’existe pas. Celui qui le promet ment », prévient-il. Trop de variables entrent en jeu : la lumière, le matériel, l’humain lui-même… 

Un poing fermé, un index levé, et le verdict tombe. Pour protéger les mineurs, la technologie n’a peut-être jamais été aussi discrète.

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