Il ne serait pas inintéressant, ces jours-ci, de réécouter ce que disaient les commentateurs bien informés, aux premiers mois du premier mandat de Donald Trump. Stupide, incapable, incompétent, le 45e président des Etats-Unis avait tous les défauts. On a vu, sous la présidence de Biden, que Trump avait peut-être beaucoup de défauts, mais qu’au moins, il n’était pas sénile – ce qu’ont fini par reconnaître les membres de l’administration démocrate, une fois qu’il avait quitté la Maison-Blanche. Et voilà, Donald Trump est devenu le 47e président des Etats-Unis et il est fidèle à sa ligne : rendre sa grandeur à l’Amérique. Dernière réforme en date, face à l’immigration qui, sous son prédécesseur, était presque aussi incontrôlée que chez nous, (pour vous dire) : les Etats-Unis vont demander aux ressortissants de 23 pays d’Afrique de verser une caution pour pouvoir prétendre à un visa américain. Cette caution pourra atteindre 15.000 euros. Elle concerne notamment notre plus cher ennemi du moment, l’Algérie.
Entendons-nous bien : Donald Trump n’est pas du tout exempt de défauts. Qui pourrait prétendre l’être, d’ailleurs ? Il ne s’agit pas d’être aussi bêtement idolâtre de sa politique que certains « patriotes » français le sont vis-à-vis de Vladimir Poutine. Trump et Poutine sont des patriotes, mais ce sont respectivement un patriote américain et un patriote russe, et nous, Français, nous ne sommes par définition ni l’un ni l’autre. Ne tombons pas dans cette fascination malsaine pour la force des autres, qui nous empêche de voir ce qu’il y a à faire chez nous.
Trump sans complexe
Cette remarque liminaire étant formulée, on est cependant obligé de se dire que tout cela n’a pas l’air si compliqué à mettre en place… et fonctionne. Les Américains n’ont pas, face à l’argent, ce rapport complexé que nous, vieux pays catholiques, entretenons depuis le Moyen Age. Verser une somme en dollars, voilà un moyen comme un autre de prouver que l’on est déjà suffisamment riche pour apporter quelque chose au pays qui vous accueille. C’était ce que nos ancêtres les Romains avaient décidé pour quiconque voulait accéder à une carrière politique : être suffisamment riche pour ne pas être corruptible. Nos migrants, eux, n’apportent pas d’argent quand ils arrivent : c’est nous qui leur en donnons. Et pas seulement de l’argent, mais aussi un logement, de la nourriture, des vêtements, un téléphone, un conseiller juridique venu d’une quelconque « assoce ». Et quand les repas ne sont pas bons, ou pas halal, dans les centres d’hébergement, nos hôtes mettent le feu aux bâtiments. Tout simplement. Quand ils trouvent un travail, une bonne partie de leur salaire n’est pas réinvestie dans l’économie française, mais part « au bled » via Western Union. Cela représente chaque année plusieurs milliards d’euros de perte pour notre produit intérieur brut. Et on ne parle pas de l’aide médicale d’Etat et autres joyeusetés.
Face à Trump, l’Algérie n’a pas d’arguments. Pas de diaspora pour tout brûler « en marge des festivités » de la coupe d’Afrique des Nations, pas de risque de soulèvement en cas de durcissement diplomatique, pas de rente mémorielle, qui consiste tout bonnement à nous reprocher les routes, les écoles et les hôpitaux que nous avons laissés à un pays qui n’en a rien fait. Alors forcément, c’est plus facile.
Pourtant, même en faisant abstraction de cette relation particulière qui nous unit à l’Algérie (et à beaucoup d’autres pays d’Afrique), nous serions peut-être bien inspirés de décliner cette mesure à notre niveau. L’Amérique de Trump n’a aucun égard pour les autres pays, qu’elle écrase de sa puissance et de son mépris. Nous, nous sommes le pays des droits de l’Homme, nous nous piquons de multiculturalisme et nous sommes « riches de nos différences ». Et on verra bien lequel de nos deux pays se transformera le premier en une vaste poubelle qui brûle…
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