À l’issue d’une journée de mobilisation des agriculteurs pour dénoncer trop de normes et de contrôles, un manque de vision au niveau de l’Union européenne ou tout simplement leurs difficultés à vivre de leur métier, Emmanuel Macron a annoncé jeudi 8 janvier 2026 que la France ne signera pas l’accord entre l’UE et le Mercosur (marché commun d’Amérique du Sud). Une position pas nouvelle et qui ne devrait pas éviter le paraphe final à Bruxelles vendredi entre les deux espaces économiques.
« La France est favorable au commerce international, mais l’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes », a justifié le président de la République dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. « Il ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire », écrit-il en expliquant que malgré tout Paris avait fait trois demandes et obtenu gain de cause. Il s’agit d’abord « d’une clause de sauvegarde spécifique, un “ frein d’urgence ” sur les importations agricoles des pays du Mercosur en cas de déstabilisations de marché en Europe », de mesures « de réciprocité sur les conditions de production (mesures miroir) » ensuite et « un renforcement des contrôles sanitaires en Europe et des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers ».
« Le combat sera dur et long », prévient la CR
Ce ne sera pas suffisant pour la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole de France, qui avait mobilisé ses troupes pour « monter » à Paris jeudi et y porter ses doléances, jusqu’aux deux chambres du Parlement. « Je n’ai vu aucune déclaration comme quoi les paysans étaient essentiels pour la France, c’est une honte », a déclaré Bertrand Venteau, président national de la CR, juché sur un tracteur à la sortie de son rendez-vous avec la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. « Le combat sera dur et long », a-t-il ajouté, en précisant que ses troupes étaient prêtes à « revenir ».
Ce n’est pas suffisant non plus pour le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui a annoncé jeudi que son parti déposerait une motion de censure contre le gouvernement Lecornu y voyant une « mise en scène ». « En prétendant aujourd’hui s’y opposer, après des années de négociations sans jamais défendre les intérêts français, il (Emmanuel Macron) tente une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite », a-t-il écrit sur X, en dénonçant une « trahison des agriculteurs français ». « Le Rassemblement National engagera donc deux motions de censure : à l’Assemblée nationale contre le gouvernement, au Parlement européen contre la Commission von der Leyen ».
La FNSEA, premier syndicat agricole, a dit attendre du premier ministre un « signal très fort » ce vendredi, appelant à des « mesures d’urgence » avant même le vote du budget, lors d’une conférence de presse jeudi à Paris. Le syndicat, comme son allié des Jeunes Agriculteurs, a appelé à manifester le 20 janvier à Strasbourg, siège du Parlement européen, si le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur était signé d’ici là. La FNSEA, qui affirme se battre sur tous les fronts pendant que d’autres viennent « mettre trois tracteurs devant un monument pour faire causer », veut « interpeller les eurodéputés qui auront encore la possibilité de saisir la Cour de justice européenne pour repousser cet accord du Mercosur », a expliqué son président Arnaud Rousseau.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a elle aussi tenté de défendre son action reconnaissant les « inquiétudes et revendications » de la profession comme « légitimes ». Dans un communiqué, elle explique : « Le dialogue est constant et il se poursuit. Le combat que je mène pour protéger nos agriculteurs continue. Des avancées importantes ont été obtenues cette semaine au niveau européen, mais le travail n’est pas terminé. »
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fait état de 67 actions dans 39 départements notamment en Indre-et-Loire et Loir-et-Cher, lors d’une conférence de presse. Au total, 2.200 personnes et 625 tracteurs ont été recensés par ses services au cours de cette journée.