Le Paris Digital Park, immense centre de données situé en Seine–Saint-Denis
© Département de la Seine–Saint-Denis
Au fur et à mesure que nos vies se numérisent, les centres de données sont devenus « des infrastructures stratégiques comparables à des réseaux routiers ou électriques ». Mais ces indispensables fondations de l’Internet moderne ont aussi un impact sur l’environnement, nos ressources et sur notre consommation électrique.
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C’est précisément ce qu’a voulu chiffrer l’Ademe dans son imposant rapport de deux cents et quelques pages publié ce 6 janvier dernier. Après avoir fait un inventaire exhaustif du nombre de centres de données présent en France, l’agence fait ensuite des projections sur ce que ces géants de silicium pourraient bien consommer demain.
Une consommation multipliée par 4 d’ici 10 ans
En tout, l’Ademe a donc recensé 352 centres de données actifs sur le territoire. Ces derniers ont consommé, en 2024, un peu moins de dix térawattheures, soit l’équivalent de la consommation de 12 millions de foyers français et moins de 3 % de la consommation électrique annuelle totale du pays (situé autour de 440 TWh).
Mais ce chiffre n’intègre que les serveurs situés sur notre territoire et ne prend pas en compte la consommation « importé » due à l’utilisation de datacenters hors de nos frontières. Cette dernière représente pourtant une énorme part de nos usages avec presque 14 TWh consommés en 2024. Pour comparaison, ce chiffre correspond à peu près à la production annuelle d’une centrale nucléaire comme celle de Flamanville.
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Mais là où l’Ademe tire vraiment la sonnette d’alarme, c’est sur le futur de cette industrie. En continuant sur cette lancée, d’ici à 2035 « la consommation électrique des centres de données risque d’être multipliée par 3,7 rien que sur le territoire français, et multipliée par 4,4 si on tient compte de la consommation électrique des centres de données à l’étranger ». Or, le développement à tout crin de ce type d’infrastructure pose de nombreuses questions.
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L’Île-de-France, championne des datacenters
Les émissions de gaz à effet de serre du secteur pourraient ainsi être multipliées par 3,2 d’ici à 2035 (23,44 Mt CO2eq) et même par 7,6 en 2050 (55,63 Mt CO2eq). Des chiffres respectivement similaires aux émissions annuelles actuelles d’un pays comme la Jordanie ou l’Autriche. Une trajectoire « menaçant la tenue des engagements environnementaux » et « incompatibles avec l’Accord de Paris » synthétise l’Ademe. Mais ce n’est pas tout.
Les centres de données sont aussi très inégalement répartis sur le territoire avec « une très forte logique de concentration, exceptionnelle comparée à d’autres secteurs », détaille le rapport. L’Île-de-France collectionne 42 % des datacenters actifs dans le pays et compte pour 70 % de la consommation totale du secteur. De très nombreux autres projets sont d’ailleurs sur les rails, comme le pointe le journal Reporterre. De quoi créer des interrogations sur le futur fléchage des capacités énergétiques indispensable à la transition écologique.
Répartition des centres de données actuels sur le territoire
© Ademe
De plus, l’agence de la transition écologique note que ce phénomène de concentration crée des problématiques « en termes de congestion électrique, de spécialisation économique, de paysage monofonctionnel, de faible densité d’emplois… »
Et l’IA dans tout ça ?
Impossible, en 2025, de parler de centres de données sans parler d’IA, puisque c’est précisément ce secteur qui a donné un sérieux coup de fouet au déploiement des fermes de serveurs en France. Malheureusement, comme le souligne l’Ademe, « ce secteur en pleine expansion se caractérise par une opacité des données encore plus marquée que celle du numérique classique ». Difficile donc d’établir une évaluation objective sur l’impact des ChatGPT et consorts sur la consommation électrique du pays.
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Selon certaines études, aux États-Unis, les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle générative représenteraient « environ 40 % de la consommation totale des centres de données sur le territoire ». En partant du principe qu’une bonne partie de cette consommation électrique est due à l’usage d’internautes hors des frontières américaines, l’Ademe estime que « 3,3 TWh [sont] consommés par les centres de données dédiés à l’IA générative pour un usage français ». Un calcul nécessairement imparfait en raison de l’absence de transparence du secteur.
Ce secteur en pleine expansion se caractérise par une opacité des données encore plus marquée que celle du numérique classique
Ademe
À noter tout de même que le développement des centres de données dédiés à l’IA aura très probablement un impact sur l’artificialisation des sols, puisque de nouvelles structures devront être construites. En effet, il semblerait que « les bâtiments actuels ne soient capables que d’accueillir 10 à 15 % d’usages IA ». Les besoins en puissance, refroidissement et autres de ces nouveaux serveurs sont en effet beaucoup plus importants que pour les centres de données « classiques ».
Des compromis techniques bancales
Sans même parler d’IA, la tendance lourde à la numérisation de nos vies semble rendre la multiplication des centres de données inarrêtable. Le recours au cloud créé, selon l’Ademe, « une migration aux airs d’accumulation, plus que de transition ». Autrement dit, l’informatique « dématérialisé » s’additionne à nos appareils physiques, créant « une accumulation des infrastructures traditionnelles et des infrastructures cloud, loin de la migration nette qui permet de décommissionner massivement les équipements physiques ».
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Et l’optimisation des technologies et autres solutions de « recyclage » de la chaleur créé par les datacenter ne sont que des solutions d’appoint. La récupération de la « chaleur fatale » créée par les centres de données se heurte souvent à « la faisabilité économique » et aux « réalités locales propres à chaque centre de données ». Un constat qui amène l’Ademe à considérer que ces optimisations « ne suffiront pas à stabiliser la croissance des consommations électriques des centres de données en France » et pousse l’agence à militer pour un « la mise en place d’une politique active de sobriété pour les services numériques et les usages ». La messe est dite.
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