Par
Sarah Coulet
Publié le
8 janv. 2026 à 18h32
« Un homme sait profondément en lui quand il est condamné ». Trois ans après la pose puis le retrait d’un implant anti-hernie, Arnaud Denis, comédien et metteur en scène né à Paris, souffre à un point tel que la mort lui semble être la seule solution. Mardi 6 janvier 2026, il confiait dans un entretien au groupe EBRA, avoir entamé des démarches pour se faire euthanasier en Belgique. Il annonce aussi vouloir porter plainte contre X pour « blessures involontaires ».
« On m’a dit que c’était dans ma tête »
En juillet 2023, alors qu’il vient de mettre en scène Une vie et prépare Les Liaisons dangereuses, pièce pour laquelle il sera nommé en 2025 au Molière du metteur en scène d’un spectacle de théâtre privé, Arnaud Denis souffre d’une hernie inguinale. Opéré à la clinique Ambroise Paré, à Paris, il se fait poser une prothèse Medtronic en polypropylène. Inquiet quant à de possibles complications et effets secondaires, le chirurgien se montre rassurant. « Il m’a simplement averti du risque de douleurs chroniques », déplore le comédien dans les colonnes du Dauphiné Libéré (un des journaux d’EBRA).
Si l’opération se passe bien, le post-opératoire s’avère difficile. Une semaine après, l’un de ses testicules devient noir et du sang apparaît dans ses urines et ses selles. La liste des autres douleurs qui apparaissent est longue : acouphènes, perte d’audition, troubles de la vision, perte d’appétit, insomnies… Des souffrances dont les médecins ne semblent pas prendre toute la mesure. « On m’a dit que c’était dans ma tête, que je faisais une dépression », retrace-t-il.
En octobre, il interrompt les répétitions et est hospitalisé. Mais rien n’y fait. Depuis la pose de l’implant, il n’a plus de mobilité intestinale, peine à manger et perd 17 kilos. Face à lui, les médecins réfutent l’idée que la prothèse soit à l’origine de la dégradation générale de sa santé.
40 000 euros et un premier diagnostic
Quelques semaines plus tard, un urologue consulté en raison de la diminution de la taille d’un de ses testicules, lui recommande de faire retirer l’implant. « Vous allez perdre votre testicule et vous risquez de devoir être en supplémentation de testostérone à vie », le met en garde le professionnel.
Problème : les chirurgiens français ne sont pas formés pour retirer les implants. Alors en avril 2024, Arnaud Denis débourse 40 000 euros et se rend aux États-Unis. Le bilan est en demi-teinte : si les douleurs liées à la prothèse ont disparu, son état global ne s’améliore pas.
À force de consultations et de recherches, un diagnostic est envisagé : le syndrome ASIA (« Autoimmune syndrome induced by adjuvants »), une pathologie qui n’est pas reconnue comme maladie et qui divise les médecins, mais qui coche toutes les cases. Déclenché par l’exposition à un vaccin ou à un implant, ce syndrome se caractérise par une fatigue intense, des troubles cognitifs et des douleurs chroniques. La prothèse aurait donc pu déclencher chez Arnaud Denis une inflammation ayant déréglé son système immunitaire.
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Une hypothèse que réfutent la Société française de chirurgie pariétale – Club Hernie et la société Medtronic. La première assure qu’« aucune démonstration de l’existence d’un syndrome d’intolérance au matériau prothétique impliquant le système immunitaire » n’existe aujourd’hui dans la littérature médicale. La seconde, dans un courrier adressé à l’artiste que Le Dauphiné Libéré a pu consulter, garantit « la conformité du modèle de prothèse ».
« Je ne peux plus sortir de chez moi »
En 2023, il crée le groupe Facebook « Victimes Françaises de prothèses de hernie », qui compte pas moins de 1 700 membres. Au fil des années, il explique avoir recueilli 200 témoignages de personnes dans des situations similaires à la sienne. C’est aussi pour eux qu’il s’apprête à porter plainte contre X pour « blessures involontaires ».
À 42 ans, Arnaud Denis n’a « plus de vie sociale, plus de vie du tout. Je ne peux plus sortir de chez moi. Je n’ai plus rien de ce qui constitue la dignité d’une vie d’homme. Et c’est de pire en pire », confie-t-il au quotidien. « Je ne veux pas me retrouver à l’hôpital avec des tuyaux partout, avec une sonde gastrique pour me nourrir. » Il a rendez-vous fin janvier en Belgique pour un entretien préliminaire.
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