Pour nous emmener sur les traces de Fernand Léger aux Etats-Unis, nous recevons Elisabeth Magotteaux, doctorante ATER en histoire de l’art contemporain à Sorbonne Université et elle s’apprête à soutenir votre thèse intitulée : “Fernand Léger et les Etats-Unis ».
Fernand Léger, un exil américain décisif
Fernand Léger se rend aux États-Unis bien avant son exil de 1940. Dès 1931, il effectue plusieurs voyages qui lui permettent de découvrir la modernité américaine, entre New York et Chicago. Elisabeth Magotteaux rappelle que ces séjours précèdent la guerre et comptent déjà beaucoup : « Il effectue trois voyages aux États-Unis durant la décennie et cela lui permet de voir la modernité américaine. » Lorsque la guerre éclate, Léger choisit l’exil pour pouvoir continuer à peindre, après un long périple qui le mène jusqu’à Lisbonne avant de rejoindre l’Amérique.
Déjà célèbre dans les années 1930, il est très bien accueilli outre-Atlantique. Mais son départ n’est pas sans ambivalence : « C’est un choix qu’il regrettera, notamment en 1941, quand il apprend que Picasso est encore à Paris. » Classé comme artiste « dégénéré » par le régime nazi, Léger quitte la France contraint, tout en éprouvant le sentiment douloureux d’avoir abandonné son pays en guerre.
Une œuvre transformée par l’expérience transatlantique
L’enjeu central de la thèse d’Elisabeth Magotteaux est de combler un angle mort de l’histoire de l’art : « On connaît très bien Fernand Léger, mais pas sa période américaine, qui constitue encore une période d’ombre de sa carrière. » Elle montre comment cette expérience transforme profondément son œuvre, révélant un artiste non seulement d’avant-garde, mais aussi voyageur et transatlantique, pour qui les déplacements constituent un moment décisif de création.
Aux États-Unis, Léger s’intègre à des réseaux artistiques et intellectuels riches. Il collabore avec des mécènes, des architectes et de jeunes artistes américains, et certaines images découvertes alors réapparaissent plus tard dans sa peinture. Elisabeth Magotteaux souligne ce travail de maturation lente : « Il voit des choses au milieu des années 1930 qui vont ressurgir beaucoup plus tard, par exemple dans la série des plongeurs. » Ces séries portent durablement la marque de son exil.