Vice versa, elle (Sofia Dias) raconte le général romain, lui (Vítor Roriz) la reine grecque d’Égypte, et la forme ressemble d’abord à une didascalie dansée, une répétition, une anaphore, comme un jeu sans « je », où chaque amant dit ou joue la geste de l’autre.
Ballet scandé
La scène est une toile qui prend les couleurs du temps, du gris à l’ocre, de l’aube au crépuscule. On y a posé ce qui ressemble à un mobile de Calder, dont les lentilles viennent parfois refléter les corps, au mouvement fragile et perpétuel, comme le mythe qui se rejoue là. Et aussi une chaîne hi-fi d’où résonne parfois, en contrepoint, la musique emphatique du péplum. Mais côté référence cinéma, l’ensemble – du jeu distancié à l’accent léger des interprètes – rappellerait plus la Nouvelle Vague et Godard, Bébel et Anna Karina plutôt que Richard Burton et Liz Taylor.
Tout ça est un peu formel sans doute, et il faut accepter de se laisser embarquer dans ce ballet scandé, avant de goûter les variations plus ludiques. Les meilleurs moments sont d’ailleurs ceux où les deux semblent se moquer de la forme et du drame inéluctable, pour en faire une comptine, un jeu d’amants.

« Antoine et Cléopâtre », un peu du texte de Shakespeare, de l’esprit de Godard, de la BO du péplum de Mankiewicz.
Magda Bizarro