Apparaissant en gros plan sur les trois écrans du tribunal correctionnel de Marseille, il a patiemment attendu le début de l’audience, regard concentré, cheveux ras, barbe finement taillée, épaules carrées, griffonnant quelques notes sur des bouts de papiers posés sur un bureau. Nom ? Bingui. Prénom ? Félix. Surnom ? « Le chat ». Un Marseillais 35 ans considéré par la police judiciaire comme le patron du clan « Yoda » – ce qu’il conteste – et un membre du haut du spectre de la criminalité organisée en France.

Félix Bingui, treize condamnations à ce jour au casier judiciaire, est actuellement incarcéré à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil, où sont regroupés les plus redoutables narcotrafiquants du pays.

Du 18 mai au 5 juin prochain, tous devront s’expliquer pour leur rôle dans le fonctionnement, entre 2021 et 2023, d’un point de deal considéré comme l’un des plus rentables de la cité phocéenne à cette époque : celui de « La Fontaine » au cœur de la cité La Paternelle (14e).

« Je n’ai rien à voir dans ce dossier »

Dans l’ordonnance de renvoi que nous avons pu consulter, Felix Bingui est décrit par la juge d’instruction comme « le chef incontestable, tenant les cités concernées [par le trafic] à qui il convient de rendre des comptes, les autres étant qualifiés de ses larbins. » Amateur de montres de luxe et d’hôtels étoilés, vivant comme ses proches entre le Maroc, l’Espagne et Dubaï, « Le chat » aurait drivé à distance mais avec poigne un réseau « extrêmement construit et organisé », notent les magistrats. Et qui suscitait des convoitises, beaucoup, jusqu’à l’explosion de violences entre Yoda la DZ Mafia.

Le conflit le plus sanglant de ces dernières décennies à Marseille, responsable de la très grande majorité des 48 narchomicides et des 123 blessés recensés en 2023. « Je n’ai rien à voir dans ce dossier. Je n’ai jamais participé au trafic de stupéfiants de la Paternelle « , s’est contenté de déclarer ce matin Félix Bingui, avant de plaider une demande de remise en liberté dans l’attente du procès. « Mon frère peut m’embaucher dans une société de distribution d’eau », argumente-t-il d’une voix rauque, toujours poli. Un projet de réinsertion qui ne convainc pas la procureure : « Il ressort du dossier que Mr Bingui occupe une place de chef de réseau et qu’il dispose d’une influence considérable sur les autres prévenus. Les risques de pression et de concertation sont manifestes. Comme celui d’une fuite à l’étranger » rétorque-t-elle, emportant sans surprise la décision du tribunal.