l’essentiel
Avant la rencontre cruciale à Londres, face aux Saracens, ce dimanche 11 janvier à l’occasion de la troisième journée de Champions Cup, le manager des « rouge et noir » a réfuté le terme de « pression » sur son équipe, mais a également évoqué le souvenir du titre de 1996.
Comment abordez-vous cette quinzaine décisive ?
Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation qu’on n’a pas connue depuis maintenant trois, quatre saisons, quasiment 2022, à savoir d’être en échec sur un match de poule. Cela nous donne aussi le niveau de la compétition, malgré qu’on veuille parfois la décrier. Et surtout le niveau de notre poule qui, avec Glasgow, Saracens et Sale, restait une poule plutôt costaud(e). On pensait s’éviter le plus dur en évitant le voyage en Afrique du Sud, et au final c’est le voyage à Glasgow (21-28, NDLR). Et on aura peut-être des éléments concordants, notamment au niveau de l’intensité et de la qualité de l’équipe. Il y a un nombre de joueurs Lions britanniques monstrueux, internationaux, c’est une équipe qui a passé son temps de tempête en baissant la tête et en se restructurant. Et aujourd’hui, elle redevient compétitive sur la scène européenne donc ils (ses joueurs, NDLR) sont prévenus.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Saracens-Stade Toulousain : « Plus le droit à l’erreur si on ambitionne d’aller loin », prévient Antoine Dupont
Sentez-vous les joueurs sous pression ?
(Sourire) Je veux bien que vous cherchiez toujours des trucs incroyables. Non, non, il n’y a pas de pression. Il y a juste un match de Champions Cup contre une très, très bonne équipe. Le championnat anglais s’est remis les idées en place, je crois que ça ne vous a pas échappé. Le rugby anglais est en train de remettre du potentiel, beaucoup de joueurs, beaucoup d’équipes performantes à l’image de Northampton, Sale, Exeter, Saracens, Bath évidemment… Je crois qu’ils ont connu, suite au Covid et au Brexit, pas mal d’aléas qu’ils sont en train de compenser. Et nous, la pression, elle est toujours sur la qualité du rugby et des résultats qu’on souhaite avoir. Donc, elle n’est pas, conjoncturellement, sur ce qui a pu se passer. C’est derrière nous, on ne peut plus rien y faire. Par contre, on a un match qui peut ressembler à celui de Glasgow, avec des conditions qui ne vont pas être loin d’être identiques. À la seule différence près, c’est que la semaine de Glasgow, on s’était entraînés à 20 degrés. Là, on s’est entraînés à – 6. Donc au moins, on ne pourra pas dire qu’on n’était pas préparés. Il y a des joueurs que vous connaissez peu mais, malgré les Itoje, Earl, Farrell et autres, il y a un joueur à l’aile qui est incroyable, Caluori, qui est le meilleur joueur dans les airs en ce moment sur la scène européenne. Et donc, évidemment, face à ce rugby pragmatique et ce rugby que, chez eux, les Saracens maîtrisent fortement, on s’attend à ce que ce soit un gros rendez-vous pour nous. Donc c’est de ça dont on a envie. La pression éventuelle de ne pas se qualifier, de ne pas jouer un 8e, de ne pas ci, de ne pas là… Je ne dis pas que c’est anecdotique mais c’est accessoire ou secondaire. Le plus important pour nous, ça reste la performance du week-end et on se prépare, je l’espère, en conséquence. En tout cas, on s’est bien préparés et puis on va voir. Mais il nous tarde d’y être.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Stade Toulousain : « La défaite de Glasgow, on l’a encore en travers… » révèle Thibaud Flament
Où placez-vous le niveau de danger ?
Similaire, comme je l’ai dit auparavant. À domicile, ils maîtrisent vraiment leur sujet et leur terrain. C’est un petit stade, avec une grosse prise au vent, avec un terrain assez étroit en termes de synthétique. Des éléments qu’ils maîtrisent depuis des années puisqu’ils y jouent depuis longtemps. Et nous, ce synthétique nous a posé des problèmes à Glasgow. Un synthétique un peu abîmé, où en tout cas pas de dernière génération, et c’est un peu le même terrain. Donc j’ose espérer que la leçon de Glasgow nous servira. Mais prévenir n’est pas suffisant. Il faudra s’adapter aux circonstances. Au moment où on pense qu’on a marqué 28-0 à Glasgow, il y a eu une forme de décontraction qu’on n’a pas su endiguer. Par notre apport du banc, par notre coaching et par notre alerte malgré tout de la semaine. Donc on est prévenus, mais chaque match a son histoire, son déroulé et son scénario.
À lire aussi :
Stade Toulousain : « On s’appelle tous les jours… » Jack Willis va retrouver son frère Tom en Champions Cup
Antoine Dupont disait après La Rochelle qu’il avait envie de tout gagner. On met souvent le collectif en avant au rugby mais est-ce qu’un joueur peut tout changer ?
(Il souffle) Je n’ai pas trop d’avis sur votre question en fait. C’est bien que lui ait envie de gagner des choses, mais on a tous envie de gagner des choses. Si vous allez interroger les leaders de jeu de pas mal d’équipes, ils ont tous envie de gagner. Oui, c’est individuel parce qu’il attire la lumière mais ce n’est évidemment pas si important que ça si ce n’est qu’ici, on essaie de jouer les premiers rôles et d’être en mesure de pouvoir gagner. Et être en mesure de pouvoir gagner, ce n’est pas en perdant deux matchs de poules en Champions Cup sur la phase régulière.
À lire aussi :
Stade Toulousain : échauffement rallongé, pelouse bâchée et tour de cou… Comment les joueurs s’adaptent aux températures glaciales
Vous parliez de Caluori, l’avez-vous ciblé ?
Ce n’est pas trop notre habitude d’identifier un joueur plus qu’un autre. Mais en tout cas, ce qui est évident, c’est que tu es obligé de prendre en compte la qualité de ce joueur-là et la qualité de l’organisation autour de ce joueur-là. C’est-à-dire qu’il est souvent mis sur orbite sur des jeux au pied de la part de Farrell ou Burke, qui sont deux excellents joueurs au pied, qui ont le temps le plus souvent et l’organisation et la stratégie pour aller mettre de la pression sur l’équipe adverse par l’intermédiaire de leurs ailiers. Mais il n’y a pas que lui, il y a (Max) Malins et Eliott Daly qui sont très performants sur le sujet. Mais lui, honnêtement, il y a longtemps que je n’avais pas vu un garçon prendre des ballons à plus de 3,50 de haut. Donc c’est une caractéristique et une force, et c’est un peu ce que le rugby moderne est en train de laisser paraître. Il y a pas mal d’endroits, vous l’avez vu en championnat aussi, où on se rend compte que le jeu au pied de pression est important. On va en avoir à peu près une grosse vingtaine à vivre ce week-end, et il faudra qu’on réponde à ces 20 jeux au pied, je l’espère de la meilleure des manières. Il y a ce que tu prends en haut, et puis il faut espérer que si tu n’as pas réussi à prendre en haut, tu puisses récupérer le coup en bas. Mais on s’attend à une lutte aérienne assez élevée.
À lire aussi :
Stade Toulousain : Ntamack incertain, Cros et Lebel de retour, Thomas apte et Barassi en salle d’attente avant d’aller aux Saracens
Quel regard portez-vous sur le duel des frères Willis ?
Évidemment que c’est un moment particulier quand deux frères, qui sont très proches, se jouent. Jack a pris une importance évidente chez nous. Tom Willis va bouger de nouveau sur carrière en venant en France (à Bordeaux-Bègles, NDLR). On sent que Jack a évidemment envie de bien faire, mais j’ai l’impression qu’il a envie de bien faire autant contre son frère que contre ses compatriotes.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Stade Toulousain : « Ce qui s’est passé à Glasgow, ce n’est pas possible ! » Jack Willis ne décolère pas
Il y a eu le clin d’œil des 30 ans d’un titre que vous aviez remporté…
Oui, ils m’ont gâté sur les photos, j’ai vu.
À lire aussi :
« Antoine Dupont n’est pas le joueur le plus important du Stade Toulousain ces dernières années » : l’avis tranché de Gérard Cholley
Cela vous inspire quelque chose de particulier ?
C’est assez marrant parce que 30 ans après, on pourrait s’amuser à lire les commentaires qui paraissent identiques. On ne savait pas trop ce qu’on faisait, quelle compétition on allait explorer. Aujourd’hui, cette compétition est un peu bouleversée, bousculée, dans le format, la manière dont elle se fait. Nous, c’était un peu un bout d’inconnu quand on a été amenés à jouer à Constanza, à recevoir Trévise, à jouer des équipes qui étaient à l’époque une vraie bouffée d’oxygène sur notre quotidien et notre rugby. Évidemment, notre génération est très attachée à ça. On se retrouve en direction ou en management du club aujourd’hui donc on est attachés à cette compétition. Mais on n’a pas attendu les 30 ans pour être attachés et avoir envie de l’emporter. Mais oui, c’est un moment chouette, ça rappelle de bons souvenirs. À l’époque, tu ne te déplaçais pas à autant. Il y avait un groupe de 23-24 joueurs, deux coachs, un kiné, un médecin et roule. Aujourd’hui, c’est une armée d’Indiens. Le rugby a évolué, le rugby a changé, mais ce sont des chouettes souvenirs.
À lire aussi :
Saracens – Stade Toulousain : « Ça fait un peu beaucoup »… Romain Ntamack ne jouera pas, on en sait plus sur sa durée d’indisponibilité
Si on comprend bien, dans la perception, ça a à la fois changé et à la fois pas du tout ?
C’est la perception de la compétition qui m’interpelle. Je n’ai pas trop de jugement, mais c’est vrai que ces derniers temps, je trouve que c’est une compétition où des joueurs internationaux sont mis au repos. C’est une compétition où les équipes ne se déplacent pas. Quand on voit l’acharnement dans les championnats nationaux pour se qualifier dans cette fameuse compétition, et le peu d’intérêt parfois que ça représente, c’est un peu gênant. Mais après, à la limite, chacun fait comme il a envie. Et nous, c’est quelque chose, au regard des 30 ans, au regard des compétitions glanées et gagnées, au regard parfois aussi des moments compliqués dans cette compétition, je crois qu’on a toujours eu envie de bien figurer. Et cette semaine, et ces derniers temps, avec pas mal de soucis à gérer en interne sur la partie des blessures, sur l’extrasportif, etc., c’est aussi un moment pour nous important de pouvoir s’exprimer sur le terrain.
À lire aussi :
« En Roumanie, ils parlaient du Rugby Toulouse Football Club » : il y a 30 ans, le Stade Toulousain remportait la 1ère Coupe d’Europe
Avez-vous eu le temps de parler de 1996 avec vos anciens partenaires ?
On a un petit groupe assez actif, comme c’est à la mode aussi. On s’est un peu branchés sur les têtes de certains, et certains pas que les têtes. J’étais très jeune à l’époque, mais c’est une génération avec laquelle j’ai découvert tout le haut niveau, tout ce qui pouvait être réalisé à ce moment-là et dans nos proportions. Donc on est restés tous plus ou moins proches, voire très proches pour certains. Et puis de rappeler que des Christophe Deylaud, des Jérôme Cazalbou, des Thomas Castaignède, des Patrick Soula, des joueurs assez incroyables à cette époque-là, dominaient autant de la tête et des épaules leur compétition, rétrospectivement, tu te dis : j’ai eu la chance de jouer avec des joueurs assez incroyables.