Outre la qualité de fabrication, la durabilité ou encore le prestige de leurs motorisations puissantes, les voitures allemandes ont forgé leur réputation précisément par leur production en Allemagne. Mais la « Deutsche Qualität », comme le « Made in Germany » ont pris tout deux du plomb dans l’aile. Pas moins de 36 modèles prennent vie en dehors de l’Allemagne et, d’ici le deuxième trimestre 2026, la Mercedes Classe A fera de même. Pour quelles raisons la berline compacte chic, rivales de Audi A3 et BMW Série 1, lancée en 2018 et qui restera au catalogue jusqu’en 2028 quittera sa terre natale ? Eléments de réponse.

L'actuelle Mercedes Classe A lancée en 2018 est passée par la case restylage en 2022 (photo). Elle poursuivra sa carrière jusqu'en 2028, mais dans quelques mois, elle sera fabriquée en Hongrie et non plus en Allemagne. © Alex Krassovsky

L’actuelle Mercedes Classe A lancée en 2018 est passée par la case restylage en 2022 (photo). Elle poursuivra sa carrière jusqu’en 2028, mais dans quelques mois, elle sera fabriquée en Hongrie et non plus en Allemagne. © Alex Krassovsky

Comme bon nombre de constructeurs automobiles, l’allemand Mercedes-Benz a dû revoir ses plans en matière de véhicules thermiques. La stratégie visant à tout miser sur l’électrique quitter à devancer l’échéance initiale de 2035 – qui est finalement reportée – n’a pas fonctionné. La clientèle n’a pas suivi, le marché du véhicule sur prise peine à trouver sa vitesse de croisière. Après avoir annoncé que la Classe A ne serait pas remplacée, sacrifiée sur l’autel d’une logique orientée en direction du luxe et des modèles à très fortes marge, changement de plan pour Mercedes, la marque à l’étoile a revu sa copie.

Mercedes a finalement compris qu’il serait fort dommage de se priver d’une entrée de gamme qui, au fil des générations et des mutations, a bel et bien trouvé son public et fait sa place au milieu des Audi A3 et BMW Série 1. Mais en attendant la relève qui a forcément pris du retard dans cette valse hésitation, l’actuelle Mercedes Classe A de quatrième génération celle de type 177 lancée en 2018 puis restylée en 2022 poursuivra sa route jusqu’en 2028. Mais pour cela des ajustements industriels deviennent nécessaires.

Quand les véhicules électriques chassent les modèles thermiques de leurs usines historiques

La production de la Volkswagen Polo a quitté le site industriel de Pampelune en Espagne pour se focaliser sur celui de Kariega en Afrique-du-Sud. © Volkswagen

La production de la Volkswagen Polo a quitté le site industriel de Pampelune en Espagne pour se focaliser sur celui de Kariega en Afrique-du-Sud. © Volkswagen

La berline compacte Mercedes Classe A perdra son label « Made in Germany » puisque sa production sera délocalisée en Hongrie. Fini l’usine de Rastatt implantée dans l’ouest de l’Allemagne non loin du Rhin et de la frontière avec la France, à compter du deuxième trimestre 2026, la fabrication aura lieu à Kecskemet, site industriel produisant les EQB et les anciennes générations de CLA. Le but de la manœuvre étant de libérer de la place à Rastatt pour la prochaine génération du petit SUV Mercedes GLA à compter de 2027. Pour mémoire, l’usine de Rastatt fabrique déjà les nouvelles moutures des CLA et CLA Shooting Brake bénéficiant de la plateforme technique MMA optimisant les prestations électriques sans pour autant tourner le dos au thermique par le biais de l’hybridation.

De la même manière, il y a déjà quelques mois, la Volkswagen Polo fut chassée de son usine historique de Pampelune en Espagne qui la fabriquait pourtant depuis 1984, pour investir le site industriel de Kariega en Afrique du Sud. Là encore, l’objectif était de laisser le champ libre aux nouveaux modèles électriques du groupe Volkswagen, les VW ID.Polo, Skoda Epiq et Cupra Raval qui ne peuvent se permettre de subir des droits de douanes élevés s’ils venaient de contrés hors Europe.

Des Audi, des Mercedes et maintenant des BMW fabriquées en Hongrie

Le BMW iX3 de seconde génération a inauguré la base technique Neue Klasse qui apporte des progrès indéniables dans l'univers des véhicules électriques. © BMW

Le BMW iX3 de seconde génération a inauguré la base technique Neue Klasse qui apporte des progrès indéniables dans l’univers des véhicules électriques. © BMW

Les voitures allemandes sont-elles toutes fabriquées en Allemagne ? C’était vrai dans le passé, où chaque marque d’outre Rhin mettait un point d’honneur à concevoir puis assembler chaque modèle sur ses terres, désormais ce n’est plus vraiment le cas, loin de là. Nous vous le disions plus haut d’ici quelques mois la Mercedes Classe A sera produite à Kecskemet en Hongrie. Une partie de la production des Mercedes Classe C et Classe E (100 000 berlines et breaks) sera délocalisée également à cet endroit.

La Hongrie séduit aussi Audi, où les TT et les SUV Q3 et Q3 Sportback sont fabriqués dans l’usine de Györ. BMW a massivement investi dans son site de Debrecen d’où sortiront prochainement le SUV 100% électrique BMW iX3 de seconde génération puis par la suite la nouvelle BMW i3. Le pays accueille aussi de longue date la production de la Suzuki Swift mais également celle du chinois BYD. Comparativement à l’Allemagne, la coût du travail est 70% plus faible en Hongrie et n’oublions pas que le pays dirigé par Viktor Orbán sait s’y prendre pour attirer les constructeur avec des subventions nombreuses.

Didier Ric

Rédacteur automobile et illustrateur

Souris à la main droite, stylet de la palette graphique à la main gauche, journaliste/designer tombé dans la marmite automobile depuis sa plus tendre enfance.

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