Manifestation de la Coordination rurale contre l’accord de commerce entre l’UE et le Mercosur, devant l’Assemblée nationale, à Paris, le 8 janvier 2026. LUDOVIC MARIN/AFP
Emmanuel Macron a tranché : malgré les concessions « incontestables » de Bruxelles, la France votera « contre » l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et quatre pays du Mercosur, vendredi 9 janvier.
« Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord », a déclaré, jeudi soir, le chef de l’Etat, dans un communiqué, après un appel pour informer Ursula von der Leyen de sa décision. La présidente de la Commission européenne doit s’envoler en début de semaine vers l’Amérique du Sud avec la bénédiction des Etats européens pour parapher la signature de l’UE.
La Pologne, la Hongrie, l’Irlande et l’Autriche devraient également s’opposer au traité, sans parvenir à le bloquer pour autant. L’Italie, qui avait demandé un délai supplémentaire en décembre 2025, semble cette fois prête à donner son aval, potentiellement décisif.
Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l’UE touche du doigt cet accord commercial avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, qui vise à créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Pour ses détracteurs, le traité va bousculer l’agriculture européenne à coups de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants.
Calcul politique
Avec des responsables politiques de tous bords hostiles et des manifestations d’agriculteurs venus en tracteurs à Paris, la pression était forte en France. Emmanuel Macron, qui évoque un traité « d’un autre âge » à l’impact limité, a fait le calcul politique qu’il valait mieux aller dans le sens des opposants, pour préserver son premier ministre, Sébastien Lecornu, et lui éviter de chuter avant même d’avoir réussi à faire adopter un budget pour l’année en cours. Quand bien même, au fond, et contrairement aux manifestants, il ne juge pas cet accord commercial si néfaste.
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Début novembre, depuis le Brésil, le président français avait insisté sur les bienfaits du texte pour « notre filière viticole qui est heurtée par les tarifs américains » et pour « beaucoup de secteurs industriels » en quête de « diversification ». Il avait également salué le « paquet » de mesures « tout à fait acceptable » proposé par Bruxelles, notamment sur une « clause de sauvegarde » pour protéger les filières agricoles en cas de perturbation du marché. « Je suis plutôt positif mais je reste vigilant », avait-il lâché, laissant entrevoir un possible feu vert français à terme, si d’autres exigences étaient satisfaites.
Ses déclarations avaient mis le feu aux poudres en France. Le président de la République était donc revenu sur la position des mois précédents : un « non très ferme de la France » à l’accord « en l’état ». Et il avait redoublé d’efforts dans son bras de fer pour obtenir plus de garanties de la Commission européenne.
Motion de censure
Avant Noël, à Bruxelles, grâce au soutien de l’Italie, il avait même réussi à arracher un bref report de la signature qui semblait imminente. Depuis, l’exécutif français se targue d’avoir engrangé des victoires pour ses agriculteurs, sur le coût des engrais comme sur le futur budget de la politique agricole commune (PAC) pour sécuriser les aides européennes à leur revenu.
Mais Paris n’a pas réussi, a priori, à réunir une minorité de blocage, et l’accord devrait donc être entériné par l’UE à la majorité qualifiée. De quoi nourrir les accusations d’impuissance envers le chef de l’Etat, voire d’une entente tacite avec les instances européennes, très favorables au Mercosur qui est aussi plébiscité par l’Allemagne et l’Espagne.
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Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a estimé que ce « non » était « une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite », une mise en scène « et donc » une trahison des agriculteurs. Il a annoncé que le parti d’extrême droite déposerait une motion de censure contre le gouvernement Lecornu, qui a peu de chances d’aboutir. Le patron du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, avait lui aussi fait planer le « risque d’une censure » mais uniquement si Emmanuel Macron avait choisi de voter en faveur du texte.
« Emmanuel Macron a une responsabilité directe si ce traité passe » puisque, « depuis huit ans, il aurait pu et il aurait dû bloquer cet accord », a affirmé, de son côté, la cheffe des députés de La France insoumise, Mathilde Panot, à l’issue d’une réunion à l’Elysée.