Face à l’Union Bordeaux-Bègles dimanche, le jeune troisième-ligne de Northampton sera forcément sous le feu des projecteurs. L’accueil du public girondin à son égard s’annonce bouillant.
«Je me huerais également». Signé Henry Pollock, en légende d’une publication Instagram postée sur son compte courant décembre. Quelques jours après la victoire de Northampton sur la pelouse de la Section Paloise en Champions Cup (23-27), au cours de laquelle le joueur des Saints avait reçu un accueil particulièrement hostile de la part du public béarnais. Un message sarcastique qui met en exergue le caractère clivant du personnage. Une manière de rétorquer à ses détracteurs. Et de bousculer les codes d’un sport encore trop rigide.
Depuis plusieurs mois, Pollock navigue dans toutes les têtes. Merveilleux lors de la dernière saison de Champions Cup – finaliste après une performance majuscule face au Leinster en demi-finale -, le jeune homme de 20 ans s’est ouvert les portes du XV de la Rose durant le dernier Tournoi des six nations, avant de prendre part à la prestigieuse tournée des Lions britanniques et irlandais en Australie. Des accomplissements qui forcent le respect, réalisés dès sa première saison complète chez les professionnels. Le bilan donne la mesure du phénomène.
Champions Cup : brillant et agaçant, Henry Pollock, le nouveau joyau du rugby anglais
Une explosion au plus haut niveau confirmée
Une ascension tonitruante qui n’a rien de surprenant. «Au sein du club, les entraîneurs savent depuis longtemps qu’il est un joueur à très haut potentiel. Sur les quinze derniers mois, il a pris une nouvelle dimension», confirme Stuart Logier au Figaro, préparateur physique pour le centre de formation de Northampton et qui côtoie au quotidien la jeune pépite du rugby anglais. Et d’ajouter : «Déjà, à l’époque, il était très travailleur. De la façon dont il se comporte, il en ressort un air de simplicité. Mais c’est un féru de travail. Il était toujours à la salle de musculation du lycée (les deux hommes se connaissent depuis cette époque, NDLR). Toujours le premier à l’entraînement, à travailler la technique, à se perfectionner.»
Au sortir d’un cru 2024-2025 de très grande qualité (12 essais en 27 matches), les observateurs espéraient une certaine continuité dans la forme du troisième-ligne de Northampton. Ce dernier n’a pas manqué au rendez-vous. Artisan de l’excellente première moitié de saison de son club – les Saints pointent en tête de la Premiership et de leur poule en Champions Cup -, Henry Pollock s’est également montré précieux sous le maillot de l’Angleterre lors de la dernière tournée d’automne, bouclée avec quatre victoires. Très souvent décisif en sortie de banc, il avait notamment inscrit un essai tout en vitesse face à l’Australie, faisant rugir Twickenham.
Il a toujours été un petit peu chambreur
Stuart Logier, préparateur physique du centre de formation
Une constance et des performances qu’il doit forcément à un talent hors du commun. Passé par le triathlon dans sa jeunesse, Pollock a acquis un volume de jeu qui s’aperçoit à chaque sortie. Entre rapidité, activité et coups d’éclat. «Athlétiquement, il est vif, explosif. Il va plus vite que certains de nos trois-quarts et possède un cardio à toute épreuve». Sans oublier une palette impressionnante. «Sa technique est remarquable pour un troisième-ligne. Il est capable de gestes qui sont inhabituels pour le poste». À l’image de son sublime essai face à Sale en avril dernier, sur une course de cinquante mètres ponctuée d’un petit coup de pied par-dessus.
Une maîtrise qui subjugue tout autant que son personnage parfois évoqué comme arrogant. Hyperactif sur le terrain, démonstratif au possible, l’Anglais, qui a grandi en admirant les figures de LeBron James, Stephen Curry ou encore Cristiano Ronaldo, semble par moments en transe et ne laisse personne indifférent (son attitude face au Haka des All Blacks en novembre dernier en est un exemple frappant).
Sa dernière action ayant fait le tour des réseaux sociaux ? Une nouvelle célébration après un essai inscrit à toute allure face à Bath, le 27 décembre dernier. «Il ne faut pas oublier qu’il a seulement 20 ans. Dans l’ensemble en Angleterre, il est vu comme une plus-value pour le sport, pour le rugby en particulier. Il a toujours été un petit peu chambreur, celui qui fait rire ses camarades. On en rigole en interne, c’est le type de joueur avec qui tu vas prendre beaucoup de plaisir à évoluer. Par contre, c’est vrai que jouer contre lui, c’est pénible», sourit Stuart Logier.
Retrouvailles scrutées avec l’UBB
Au sein d’une journée de Champions Cup particulièrement animée, la revanche de la dernière finale fait saliver tout le rugby européen. Le passif construit la saison dernière entre les deux formations – défaite de Northampton suivi d’une polémique autour d’un accrochage en fin de rencontre – en fait un événement particulièrement attendu de ce début d’année. Qui plus est entre deux des écuries les plus séduisantes du continent.
Au milieu de la bataille pour la première place de cette poule 4 et pour son troisième match sur le sol français en professionnel, Henry Pollock devrait encore jouer les premiers rôles. Un bon point de passage. Avant de retrouver quelques-uns de ses adversaires du week-end au Stade de France, en mars, pour le premier Crunch de sa jeune carrière. «Une bonne tête d’Anglais comme on aime les détester», tranchait le Bordelo-Béglais Matthieu Jalibert dans un entretien pour le journal L’Équipe en début de saison . Pas meilleur éloge, pour un joueur qui amène avec lui un savoureux vent de fraîcheur, en plus de performer.